Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 24 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le bilan de santé très préoccupant de la démocratie en Europe

Une étude de la Fondapol montre une Europe divisée en trois, avec une Europe méditerranéenne en dépression démocratique, une transition démocratique en panne à l'Est, et une démocratie vigoureuse en Europe du Nord.

Quoi de neuf docteur ?

Publié le
Le bilan de santé très préoccupant de la démocratie en Europe

Atlantico : Vous venez de publier une grande enquête internationale pour la Fondapol, intitulée "Ou va la démocratie". Au sein de cet ouvrage, vous dressez le constat d'une Europe divisée en 3 blocs, entre une Europe méditerranéenne en dépression démocratique, une transition démocratique en panne à l'est, et une démocratie vigoureuse en Europe du Nord. Quelles sont les principales forces permettant d'expliquer une telle carte de l'Europe ? Comment placer la France au sein de celle-ci ? 

Dominique Reynié : L’étude de la Fondation pour l’innovation politique porte sur 26 pays, dont 25 européens.

Pour répondre à votre question, il est difficile de ne pas reprendre les éléments de l’enquête publiés dans le livre. Globalement, la majorité des 22.000 personnes interrogées estiment que, dans leur pays, la démocratie fonctionne mal qu’il s’agisse de pays de l’Union européenne (56%) ou qu’il s’agisse des Etats-Unis (54%). La Norvège est le pays où le sentiment que la démocratie fonctionne bien est le plus répandu (83%). A l’opposé, la Bulgarie est celui où l’on considère le plus massivement (82%) que la démocratie fonctionne mal.

La lecture des résultats pays par pays révèleun triptyque géographique. A l’Est, la transition démocratique semble en panne si l’on veut bien observer que parmi les pays où l’on estime majoritairement que la démocratie fonctionne mal, on trouve la quasi-totalité des pays de l’ancien bloc communiste. A part les Estoniens, tous estiment massivement que la démocratie fonctionne mal dans leur pays : les Bulgares (82%), les Hongrois et les Croates (80%), les Slovaques (74%), les Lettons (66%), les Roumains (67%), les Tchèques (60%), les Polonais (59%) et les Lituaniens (53%).

L’Europe méditerranéenne apparaît, en effet, en dépression démocratique. Parmi les pays où domine un jugement négatif sur le fonctionnement de la démocratie, on trouve l’Espagne (60%) et la Grèce (63%). Rappelons que ces deux pays ont rejoint l’Union européenne au terme d’une transition démocratique les ayant conduits des dictatures militaires à la démocratie pluraliste. Le Portugal fait exception, puisque l’opinion (53%) y estime que la démocratie fonctionne bien. Au total, il n’en demeure pas moins que la presque totalité des pays à dictature militaire ou à régime communistequi sont devenus démocratiques entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980, manifestent aujourd’hui une déception ou expriment un scepticisme vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie.

Il est important de noter que parmi les pays fondateurs de l’Union européenne, la France et l’Italie se distinguent par une opinion où domine la conviction que la démocratie fonctionne mal. Majoritaire en France (53%), le niveau de ce jugement négatif atteint des sommets impressionnants chez les Italiens (79%).

Au Nord, la démocratie semble plus vigoureuse, mais attention aux apparences. Certes, parmi les pays où l’on estime majoritairement que la démocratie fonctionne bien, on trouve deux pays européens qui ne sont pas membres de l’Union, la Norvège (83%) et la Suisse (79%), mais aussi, à des niveaux de satisfaction comparables, le Danemark (75%) et la Finlande (74%), membre de la zone euro. Si nous ajoutons la Belgique (52%), le Royaume Uni (60%), l’Allemagne (63%), la Suède (également 63%), l’Autriche (64%) et les Pays-Bas (67%), on voit se dessiner une Europe du Nord où le du fonctionnement de la démocratie suscite l’expression d’une plus grande satisfaction. Les Estoniens sont l’unique pays de l’ancien bloc communiste à répondre que la démocratie dans leur pays fonctionne bien (59%).

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par kelenborn - 12/11/2017 - 12:16 - Signaler un abus oui

    Il y aurait peut être des choses à rajouter: pourquoi les personnes interrogées adhèrent plus à l'euro qu'à l'UE ? Simplement parce que le haut niveau de l'euro ( grâce à l'excédent allemand) corrige ( avec l'endettement parfois) les effets de la crise en permettant de limiter la casse en terme de pouvoir d'achat! C'est bien ce qui explique-et l'auteur a raison- la débandade de MLP au second tour car son Philipot de service n'avait pas compris cela. Bon! au fait, puisque Atlantico peut donner la parole à des chroniqueurs politiques qui tiennent la route ( Husson Reynié...) pourquoi ne fait-il pas la même chose s'agissant des chroniqueurs économiques où les lecteurs doivent se taper la boite de Buitoni de chez Sylvestre et Jaquet , les rois de la pensée surgelée! MK

  • Par ajm - 12/11/2017 - 16:20 - Signaler un abus Vigueur démocratique.

    Je trouve que la démocratie ne fonctionne pas si mal en Europe. DR montre que le "populisme " découle directement de la poussée migratoire massive en Europe et de l'idéologie multiculturaliste qui l'accompagne. Cette poussée électorale du populisme démontre que le système immunitaire fonctionne même dans les pays où l'économie fonctionne le mieux et là où la religion droit de l'hommiste est la plus affirmée comme en Europe du nord. C'est la preuve que le système démocratique fonctionne encore malgré les barrages médiatiques des oligarchies médiatiques. Évidemment, ces poussées populistes naissent et se développent dans une certaine confusion et non sans certaines contradictions. Il appartient aux grands partis de droite classiques de répondre à ces défis et de prendre en compte ces inquiétudes légitimes sous peine de désagrégation ou disparition. L'après Merkel en Allemagne qui va se produire après l'échec inévitable de la coalition en tractation avec les verts et les liberaux, permettra de remettre les pendules à l'heure et de préparer la mise en oeuvre de mesures allant dans le bon sens tout en préservant les equilibres financiers auxquels les peuples européens sont attachés.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Dominique Reynié

Dominique Reynié est professeur des Universités en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris et directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol).

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Populismes : la pente fatale (Plon, 2011).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€