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Béquille mémorielle : comment la musique permet de retrouver des souvenirs enfouis

Écouter de la musique en dormant serait très efficace pour améliorer nos capacités de mémorisation. La musique est aussi "neurostimulante" : elle apaise ou stimule les neurones de celui qui l'écoute, en fonction de son style et des goûts.

Sous le soleil de Mexico

Publié le 20 septembre 2013
 
L’écoute musicale est neurostimulante, induisant la sécrétion de substances comme la dopamine, qui permettent de diminuer le stress.

L’écoute musicale est neurostimulante, induisant la sécrétion de substances comme la dopamine, qui permettent de diminuer le stress. Crédit Reuters

Atlantico : La musique adoucit les mœurs, mais visiblement elle améliore également la mémoire. Une étude menée par des chercheurs allemands, et parue dans la revue Neuron, révèle qu'écouter de la musique en dormant serait très efficace pour améliorer nos capacités de mémorisation. Quelle est l'action de la musique sur cette partie de notre cerveau ? Peut-elle aider des patients atteints d’Alzheimer ?

Hervé Platel : Les musiques de notre vie sont comme les photographies familiales de nos albums photos, elles sont des marqueurs d’évènements, elles nous aident à nous souvenir (la chanson de notre rencontre). De plus, de part ses propriétés perceptive, émotionnelle et motrice (la musique, ça donne envie de bouger), la mémoire musicale résiste particulièrement bien au vieillissement de notre cerveau et aux maladies de la mémoire.

Ainsi, les patients atteints de maladie d’Alzheimer, malgré une amnésie sévère, conservent encore largement le souvenir de musiques ou chansons entendues dans leur jeunesse, voire, comme nous avons pu le démontrer à Caen, peuvent mémoriser de nouvelles mélodies. Même si la stimulation par la musique ne permettra pas au cerveau de ces patients de guérir, la stimulation par la musique permet au quotidien de contribuer au bien-être de ces personnes.

Outre son action sur notre mémoire, quels sont les effets positifs de la musique sur notre corps de façon plus générale ?

De plus en plus de travaux issus des neurosciences, utilisant notamment l’imagerie cérébrale, montrent que l’écoute musicale est neurostimulante, induisant la sécrétion de substances comme la dopamine qui permettent de diminuer le stress, de se sentir bien. Tout notre corps bénéficie de cette neurostimulation, qui peut avoir comme objectif de se donner « un coup de fouet » par l’écoute d’une musique rythmée, ou encore de se relaxer, par l’écoute d’une musique apaisante. Chose particulièrement intéressante, de plus en plus de travaux montrent aussi des effets de neurostimulation chez des animaux exposés à la musique, par exemple la neurogénèse (création de nouveaux neurones) dans les régions de l’hippocampe du cerveau est significativement augmentée chez des rats et des souris exposés à de la musique. Il faut maintenant comprendre, ce qui, dans les différents styles musicaux utilisés, a produit un tel effet.

Les effets de la musique sont-ils différents suivant le style : musique classique, rock, electro, rap, autres ? Existe-t-il une musique "idéale" pour notre corps ?

La musique idéale est celle qui nous procure du plaisir, et là… tout est possible. C’est une question de goût, de culture, et de moment. Par exemple, des chercheurs japonais ont montré récemment que l’écoute de musiques considérées comme tristes par les auditeurs pouvaient être considérées comme également très agréables par ces mêmes auditeurs.

Qu'est-ce que la musicothérapie ? Dans quels cas est-elle prescrite ? Son efficacité est-elle prouvée ?

Le terme de « musicothérapie » correspond initialement à l’utilisation de la musique dans une approche relationnelle et psychanalytique, mais pas du tout dans une approche neuropsychologique. Cependant, depuis quelques années, de plus en plus de musicothérapeutes interviennent auprès de patients ayant des maladies du cerveau et, s’il ne s’agit pas de « soigner » par la musique, la musique s’est révélée précieuse dans la prise en charge de nombreuses affections : accidents vasculaires cérébraux, aphasies, maladie de Parkinson, maladie d’Alzheimer… et même des maladies développementales comme la dyslexie ou l’autisme. Malheureusement, on regrettera qu'il y a encore trop peu d’études contrôlées et systématiques permettant de mieux comprendre les mécanismes expliquant certains effets positifs, et en quoi ces effets sont bien spécifiques à la musique.

Propos recueillis par Manon Hombourger

 


Commentaires

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  • Par fentreti - 21/09/2013 - 14:43 - Signaler un abus Les chansons pipi caca de stromae

    Comment devenir complètement débile mental , en écoutant les minables chansons de stromae .

  • Par jean fume - 20/09/2013 - 14:52 - Signaler un abus la neurogénèse !......évidement.

    D'où l'explication, que des musique de quartiers sous-développés comme le RAP, fabrique des demeurés.

Hervé Platel

Hervé Platel est professeur de neuropsychologie à l’université de Caen. Il fait également partie d’une unité de recherche Inserm sur les effets de la musique sur notre cerveau.

Internationalement reconnu pour ses travaux sur la neuropsychologie de la perception musicale, il a montré les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique. Ses travaux permettent également de développer des méthodes musico-thérapeutiques de prise en charge chez les patients déments Alzheimer.

Il a notamment co-écrit Le cerveau musicien (De Boeck Université, 2010).

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