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Bénéfices records du CAC 40 depuis 10 ans : la victoire du libéralisme… ou son étrange défaite ?

Les profits des 40 premières entreprises cotées en bourse ont atteint l'an dernier 93 milliards et 400 millions d'euro. Les montants donnent le tournis.. et pourtant plusieurs éléments de pessimisme sont à souligner.

Une histoire de gros sous

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Bénéfices records du CAC 40 depuis 10 ans : la victoire du libéralisme… ou son étrange défaite ?

 Crédit Reuters

Atlantico : Alors que le CAC 40 vient de réaliser sa meilleure année depuis 10 ans en termes de bénéfices, avec 93.4 milliards d'euros réalisés, quel bilan peut-on réaliser de la représentativité des 40 entreprises ici représentées de l'économie française dans son ensemble ?

Éric Verhaeghe : Un bilan plutôt pessimiste! On ne dispose pas encore de tous les chiffres de l'année 2017, donc il est un peu tôt pour tirer toutes les leçons de l'année qui vient de s'écouler. Mais plusieurs points doivent être rappelés pour que les Français comprennent bien la portée des chiffres qui sont donnés, au besoin en recourant aux études qui portent sur l'année précédente. En particulier, on doit marteler que ces 90 milliards sont à rapporter aux 1.200 milliards de chiffres d'affaires du CAC 40. La marge, comme on dit, des groupes du CAC 40 ne représente donc qu'1/12 du chiffre d'affaires, grosso modo (voire 1/13).

Autrement, il faut au CAC 40 dégager 13 euros de chiffres d'affaires pour sortir un euro de profit. On regardera avec intérêt l'évolution de ce taux de marge et de profitabilité des entreprises du CAC 40. Pour mémoire, ces chiffres sont inférieurs aux résultats atteints en 2006, où les profits flirtaient avec les 100 milliards d'euros. Autrement dit, les grandes entreprises françaises n'ont pas encore retrouvé leurs profits d'avant la crise de 2008, ce qui est un premier élément de pessimisme. A cette époque, les chiffres d'affaires étaient pourtant très inférieurs aux taux d'aujourd'hui. Cela souligne l'importante baisse des taux de marge de nos grandes entreprises depuis 2008. Surtout, et c'est le constat qui me paraît le plus inquiétant, la croissance ne se fait plus en France. En 2006, les entreprises du CAC40 réalisaient environ 35% de leur chiffre d'affaires en France. Cette part est tombée aujourd'hui à 25%. L'Europe elle-même représente à peine la moitié du chiffre d'affaires du CAC40. Les progressions sont ailleurs: en Amérique, en Asie, en Afrique. On n'a pas assez cette donnée de base à l'esprit. Mais le CAC 40 réalise désormais l'essentiel de son activité hors de France, et de plus en plus hors d'Europe, avec une part sans cesse plus importante de salariés situés hors de France. Le CAC 40 n'a donc rien à voir avec les PME françaises qui n'exportent pas...

Quels sont les "travers" du fonctionnement de l'économie française qui peuvent caractériser les entreprises du CAC 40 ? En quoi s'opposent-elles à la réalité de la majorité des salariés du privé et de celles des entrepreneurs ? 

​Les entreprises du CAC 40 vivent sur une autre planète que la petite boulangerie ou la petite épicerie du coin. On a parlé de l'internationalisation extrême de l'activité, qui n'a rien à voir avec la vie des petites entreprises familières aux Français. On peut aussi, et bien évidemment, parler de la gouvernance de ces grandes entreprises. Elles sont rarement dirigées par leur fondateur historique. Elles sont plutôt contrôlées par des managers, comme chez Renault, aux salaires extrêmement élevés. Ces chiffres-là n'ont rien à voir avec la réalité des rémunérations perçues par les entrepreneurs moyens français. Beaucoup d'indépendants vivent avec des rémunérations inférieurs à celles de leurs salariés, en partant du principe que leur entreprise leur apportera, le moment venu, une valeur patrimoniale supérieure. En aucun cas, ils ne vivent avec les dizaines, voire les centaines de milliers d'euros perçus par les managers des grandes entreprises. Un autre point porte aussi sur la fameuse distribution des dividendes qui alimente de nombreux fantasmes. C'est une particularité des entreprises cotées sur des marchés réglementés. La SAS ordinaire ne distribue évidemment pas des sommes comparables à celles du CAC 40. Quand je dis qu'elles ne sont pas comparables, cela signifie qu'elles sont sans commune mesure.

 
Commentaires

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  • Par guy bernard - 09/03/2018 - 12:11 - Signaler un abus un événement qui ne nous concerne, hélas que très peu

    Enfin un économiste intelligent qui ne fait pas le lien entre la situation du CAC40, largement internationalisé et la situation des entreprises françaises et des français. pour la majorité des valeurs, le CAC 40 est financé par des etrangers et pour des etrangers, a son activité à l’étranger en vendant l'estampille France. c'est donc un événement qui ne nous concerne, hélas que très peu, et curieusement, instrumentalisé par la gauche pour demander des sous.

  • Par Ganesha - 09/03/2018 - 12:38 - Signaler un abus Amusant

    Ce qui serait ''amusant'', ce serait de savoir quels sont les ''papys-Atlantico'' qui perçoivent des dividendes du CAC 40, et qui viennent ici régulièrement nous faire des déclarations féeriques, du genre : ''Le Capitalisme libéral, c'est le seul système possible, et il est éternel'' ! Remarquons que ce sont tout de même 8% du chiffre d'affaires qui sont reversés aux actionnaires : un rendement nettement supérieur à celui du Livret A. Quant aux salopards qui prétendent croire à la ''Théorie du Ruissellement''...

  • Par ajm - 09/03/2018 - 13:50 - Signaler un abus Rappel chiffres.

    Mr Ganesha ,apprenez à ne pas confondre resultats nets (après impôts sur le bénéfice) et dividendes. En moyenne, sensiblement moins que la moitié des bénéfices nets sont mis en dividendes et , de surcroît, une option de versement du dividende en nouvelles actions ( et non en cash) est souvent disponible et choisie par l'actionnaire. Donc , in fine c'est beaucoup, beaucoup moins de 8% du CA qui est distribué aux actionnaires en cash, prélevé sur la trésorerie de ces grandes entreprises. D'une façon générale, , les statistiques fiscales françaises ( revenus 2016) indiquent seulement un peu plus de 50 milliards de revenus mobiliers totaux ( dividendes et intérêts obligataires toutes entreprises confondues, y compris les dividendes en actions) contre plus de 700 milliards pour les salaires et 300 milliards pour les pensions de retraite.

  • Par ajm - 09/03/2018 - 13:58 - Signaler un abus Sommation de données hétéroclites.

    Que signifie ce chiffre d'affaires cumulé de 1200 milliards ? Cela n'a guère de sens de sommer les CA d'entreprises industrielles, commerciales ou de negoce ( très gros CA petites marges nettes en % du CA) , bancaires ( CA= produit net bancaire) etc...

  • Par Borgowrio - 09/03/2018 - 20:31 - Signaler un abus Mon ennemi c'est la finance disait le génie de Solférino

    Merci monsieur , mais pourquoi on entend pas ces vérités sur les plateaux télé . L'opinion de la populace est faites , toute la misère , c'est la faute des " riches" . Pourtant , ces chevaliers d'industrie , gagne notre croute en même temps que la leur . Plus il en part , plus la paupérisation des pauvres progresse ...

  • Par gerint - 09/03/2018 - 22:12 - Signaler un abus Macron vend les fleurons à l’étr

    C’est tout dire

  • Par gerint - 09/03/2018 - 22:13 - Signaler un abus Macron vend les fleurons à l’étanger

    ....

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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