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"Beauté" : le crépuscule d'un "Maître"

Philippe Sollers a sans doute été pendant près de quarante ans l'une des deux ou trois personnalités les plus influentes du monde littéraire. Mais son dernier roman, "Beauté", écrasé sous une culture superficiellement étalée, a, pour l'essentiel, des allures de crépuscule anodin.

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Publié le
"Beauté" : le crépuscule d'un "Maître"
LIVRE
 
BEAUTE
de Philippe Sollers
Ed.Gallimard
 
 
L’AUTEUR
 
Né à Bordeaux en 1936, Philippe Joyaux, dit Sollers, devient célèbre à 22 ans avec la publication d’un  roman de facture classique, «Une curieuse solitude».
Animateur de  la revue Tel Quel (devenue « l’Infini» en 1982) qui revisite des auteurs controversés (Lautréamont, Bataille, Joyce, Céline, Genet) et publie des écrivains encore inconnus comme Philippe Muray,  Sollers est une figure marquante  du paysage intellectuel et littéraire français, proche qu’il fût d’Althusser, Lacan,  Derrida et  Roland Barthes.
Une grande partie de son œuvre romanesque témoigne d'un rejet des techniques narratives traditionnelles (éclatement des structures, suppression de la ponctuation) et ses études critiques (Céline, Casanova, Fragonard, Mozart…) défendent la conception que la création artistique est une « expérience des limites ».
 
THÈME
 
Le fil rouge de ce «roman» est l’amour que l’auteur porte à Lisa, une pianiste virtuose qu’il retrouve épisodiquement en Grèce, à Paris et dans différentes capitales européennes. Les rencontres sont douces, ponctuées de silences partagés et de bonheurs successifs en communion avec des compositeurs de génie, des écrivains de race, des philosophes légendaires et de grandes figures de la mythologie grecque.
 
POINTS FORTS
 
1 - A la façon des variations de Webern, « Beauté» est conçue comme une sonate, série de notes dissonantes qui finissent par composer une partition à l’image de la vie.
 
2 – Au-delà des recherches stylistiques de ses précédents romans, Sollers en est arrivé à une écriture apaisée qui ne heurte plus le lecteur.
La «guerre» menée par le créatif d’avant-garde laisse la  place au désenchantement du moraliste revenu de l’illusion marxiste et des espoirs suscités par mai 68, de la libération sexuelle devenue pornographie obligatoire et de la transcendance espérée muée en consommation à outrance. «Le sacré est en perdition partout même si, ici ou là, des foules se rassemblent pour en agiter le fantôme » p. 25.
 
3 - De jolis mots sur l’absence qui, contrairement à la mort, permet les retrouvailles «quelle joie de se revoir vivants (…) deux sauvés du néant se retrouvent et s’embrassent» p. 19
 
POINTS FAIBLES
 
1 - Sollers a le génie des considérations  oiseuses et un sens très sûr des citations creuses qui en mettent plein la vue au lecteur  (Sans doute lui doit-on la redécouverte –ou découverte ?- d’Hölderlin par les médias qui nous servent à toutes les sauces sa phrase «Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve»).
 
2 -  Le superficiel chatoyant me semble la marque principale de « Beauté » ; On survole Céline  et Hölderlin,   Webern et Bach,  Pindare et Empédocle, Athéna et Œdipe (et combien d’autres !) avec une anecdote, une phrase, une référence rapide sorties de leur contexte.
 
3 -  La pensée de Sollers s’adosse, comme d’habitude, à  des éléments « auto fictifs » si bien qu’il est parfois difficile de déterminer qui parle, de l’auteur ou de celui qu’il célèbre, dans la grande uniformisation du « Je » ( particulièrement dans le chapitre intitulé Inspiration).
 
EN DEUX MOTS
 
Brillant et dispersé. Ces variations ténues relèvent du touche-à-tout et laissent le lecteur sur sa faim ; une fois le livre refermé il ne reste pas grand-chose sinon la sensation que l’on peut vivre sans avoir lu Sollers.
 
UN EXTRAIT
 
Le texte qui clôt le livre :
« Les principes du calcul infinitésimal » de René Guénon (…) est un livre d’une clarté magistrale sur la confusion philosophique entre infini métaphysique et indéfini mathématique (…) Invisible et imperceptible, ce calcul se poursuit sous le règne de la Quantité, dans lequel la Qualité se fait de plus en plus rare. C’est, comme malgré moi, ce qui a voulu se chiffrer ici."
 
 
RECOMMANDATION :  A LA RIGUEUR
         
 
 
Commentaires

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  • Par Michèle Plahiers - 14/04/2017 - 13:52 - Signaler un abus Solitude ton nom commence par le majestueuse Clé de Sol

    Ici, on me fout la paix (pas de trolls). Bon, Sollers. Ma petite pointe de jalousie après avoir lu: Sa rencontre avec Sollers (je ne me rappelle plus du titres, c'etait sur une île, pas juste, moi mon Dieu était décédé). Noces Blanches. Elle m'a inspiré mon roman, qui sur passe dans un Phare en Bretagne crime d'amour. Pourtant le dandysme de Sollers m'énerve. A GuY et Sa Forge Lourmarin, toujours dans mes caisses. Le passé quand il est lour de sens vous atteint dans la blessure fatale (Fillon): Les limbes à gogo. Le coup de poignard qui vous cloue au sol. La crucifixion n'est pas exagée.http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=lombalgie_pm Sollers et son nom Solaire mais qui se termine en herse (comme moi), la castration solaire. ses livres me tombent souvent des mains et contrairment à ceux de Kristéva n'alourdissent pas mon passé. Par contre, Char et Mondiano trônent sur les étagères, comme la légèreté d'une plume. Yvette Szczupak-Thomas, ma soeur. Excuse Réné Char, juste un dérapage. Ta jalousie t'a certainement aveuglée, toi au pieds des Dieux pouvait supporter certaines griffures ou impertinences, même plus... Mais tu t'es relevée.

  • Par Michèle Plahiers - 14/04/2017 - 13:58 - Signaler un abus Satie

    Je préfère le ryth de Satie et celui de Modiano, Sollers reste accroché à Schönberg. Le Docteur Faustus m'a éloignée de Thomas Mann. Parfois, il est préférable de redescendre de la Montagne Magique.

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Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

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