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La BCE devrait-elle vraiment devenir prêteur en dernier ressort ?

Avec la crise, beaucoup de commentateurs souhaiteraient que le statut de la BCE évolue afin qu'elle puisse faire directement des avances aux pays membres de l’Union économique et monétaire. Mais une telle éventualité nécessite quelques ajustements structurels au sein de l'Europe.

Euro débat

Publié le

En ces temps de crise, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer que la BCE fasse des avances aux pays membres de l’Union économique et monétaire (UEM). Elles se fondent essentiellement sur deux arguments :

  • Les pratiques en vigueur, notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne où les programmes officiels de mesures « non conventionnelles » (quantative easing) des banques centrales se concrétisent par des interventions directes sur les marchés de leur dette souveraine respective.
  • Le fait que la BCE fait des avances au secteur bancaire à des conditions lui permettant un arbitrage rémunérateur sur fonds d’Etats ; cette situation paraît aberrante dans la mesure où ces mêmes Etats sont sensés « garantir » la solvabilité de leurs systèmes bancaires respectifs.
 

Examinons de plus près la validité de ces raisonnements. En ce qui concerne le premier point, on peut faire deux remarques :

  • Il ne faut pas confondre la position d’un pays qui a gardé son entière « souveraineté monétaire » (y compris la capacité de monétiser sa dette et/ou d’intervenir sur la valeur externe de sa monnaie) et celle de pays qui ont mis cette souveraineté en commun (membres de l’UEM), se privant ainsi de la possibilité d’en exercer individuellement toutes les prérogatives. Un corollaire  de cette situation est que la détention de titres de dette souveraine des pays de l’UEM par la BCE comporte un « risque de solvabilité » qu’une Banque Centrale d’un autre pays ne court pas en détenant des obligations émises dans sa monnaie par son gouvernement.
  • La BCE a mis en œuvre, elle aussi, des mesures de politique monétaire « non conventionnelles » : d’une part les achats de titres de dette souveraine dans le marché secondaire (SMP), d’autre part, les offres de liquidité illimitées allant dorénavant jusqu’à une échéance de 3 ans (LTRO). Si le programme « SMP » a été justifié par le désir de « faciliter » la transmission de la politique monétaire (ce qui était financièrement nécessaire, techniquement admissible, mais sémantiquement hypocrite), il est évident que la détérioration de la situation en Grèce et dans d’autres pays enlève toute crédibilité à cette excuse. En effet, le marché, surtout les banques en manque de fonds propres, ont utilisé cette « facilité » pour réduire (même avec de lourdes pertes) le montant de leurs encours en transférant leur risque à la BCE.

 

La pertinence de cette analyse a été confirmée par la polémique qui entoure le traitement de la dette grecque détenue par la BCE dans le cadre de la restructuration de la dette de ce pays. C’est aussi étayé par le fait qu’après la première opération de refinancement à long terme (LTRO), la BCE a pu considérablement réduire le volume du SMP. Cette première opération (qui sera complétée par un deuxième LTRO le 29 février) a pleinement  atteint l’objectif d’assurer le refinancement colossal que les banques devaient assurer en 2012. Mais il n’aura échappé à personne qu’au-delà d’avoir rassuré les marchés, ces deux énormes opérations (dont on prévoit qu’ils atteignent un montant cumulé excédant € 1 trillion) incitent les banques – au moins certaines d’entre-elles - à reconsidérer la possibilité d’investir en titres rémunérateurs de dette souveraine de l’Eurozone : en effet, l’opération de sauvetage de la Grèce a éloigné temporairement le spectre d’une implosion de l’UEM ; d’autre part, la perspective d’une récession (même modérée) n’incite ou ne permet pas – faute de demande - aux banques de redéployer leurs actifs dans l’économie réelle.

 
Commentaires

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  • Par cqoiqéqon - 18/03/2012 - 12:23 - Signaler un abus voilà un excellent article

    voilà un excellent article très complet et objectif. je voudrais ajouter qu'avant la contrainte règlementaire, la seule limite à l'émission monétaire centrale est une demande solvable. to big to fail est une farce dont chacun à conscience. Pourquoi ne pas informer la populasse qu'il va falloir liquider une partie des dettes publiques (en dessus de 60% du pib par exemple) puis à un système des monnaies fiduciaires flottantes Européennes pour passer à un système du type étalon = pannier de monnaies? Pensez vous qu'en laissant établir des règles de pouvoir et protection juridique telles qu'établies pour le MES, nous puissions un instant donner consentement à un monde de Georges Orwel n'aurai même pas imaginé!

  • Par cqoiqéqon - 18/03/2012 - 12:25 - Signaler un abus la solution est pourtant simple

    1° Une monnaie courante (réelle) stable et fixe pour toutes les petites transactions de personne à personne, par exemple une monnaie basée sur le travail humain et limitée dans le temps. 2° Des écritures comptables (fiduciaires) basées sur cette monnaie courante pour toutes les grandes transactions et pour les sauvegardes (limitée) du patrimoine. 3° Pour éviter les excès et les pièges, il faudrait que la monnaie courante ne puisse pas être thésaurisée, disparaître du marché courant ( => limitée dans le temps) et il faudrait supprimer toute possibilité de faire de l’argent avec l’argent … donc supprimer les bourses, commissions, intérêts etc. Les économistes et les comptables ne seraient ainsi rémunérés que pour leur travail. Les complications sont déjà connues, mais il n’y en a que deux : Eviter que le système initialement prévu au service de tous, tombe aux mains de quelques personnes ou groupes qui voudront immanquablement s’en emparer. Limiter les sauvegardes excessives du patrimoine au delà d’une simple et raisonnable prévoyance vieillesse personnelle. Pour que le système reste équitable, il faut que les gains soient en permanence réinvestis, par exemple dans des pro

  • Par cqoiqéqon - 18/03/2012 - 12:54 - Signaler un abus production de service

    production de service

  • Par cqoiqéqon - 18/03/2012 - 13:22 - Signaler un abus Tous les systèmes compétitifs

    Tous les systèmes compétitifs de dévaluation ont montrés leurs limites, le système actuel de surenchère monétaire est...par définition voué à l'explosion... n'est 'il pas temps de construire une Europe fondamentalement viable, saine et perenne économiquement.? Pour cela nous serions tous d'accord pour que les frontières nationales soient juste abolies au profit d'une Europe fondatrice. Mais aveuglement idéologique, ignorance, cupidité et leur corolaire de suivisme ou de partisants semblent le fin du fin de notre civilisation. De facto, accélérons l'explosion du système. eurobondons à donf. sauf si vous avez mieux à proposer que la "biodiversité" monétaire pour éviter la misère et donc la guerre?

  • Par Equilibre - 18/03/2012 - 21:32 - Signaler un abus Le neuro et la fin

    Sans trop revenir sur le fait que l'UE a été construite à l'envers, d'abord, merci de nous donner un point de vue exhaustif des solutions européennes. Maintenant, à supposer qu'une majorité soit d'accord (nous demandera-t-on notre avis?), n'est-ce pas trop tard vu les en-cours de dettes, vu les situations catastrophiques dans lesquels se trouvent un certain nombre de pays (chômage grec, espagnol, dettes,...,...,....,....,....)? Bien que se retrouver avec une BCE prêteuse en dernier ressort puisse être un avantage, les pays dans le caca risquent d'y avoir très souvent accès. Et les pays "vitueux (1,2,3?...) paieront pour les autres avant de succomber, faute d'une monnaie adaptée pour eux. J'ai comme l'impression que l'UE cherche des solutions "uniquement" financières et monétaires pour régler un problème protéiforme qui n'est pas que financier par définition. Tout nous dirige vers cette "solution". A force de persister dans l'erreur de cette europe fédérale, nous arriverons à cette solution ruinés, financièrement, économiquement et le plus grave, moralement. Chuter est une chose. Ne plus pouvoir se relever car totalement défait en est une autre.

  • Par cqoiqéqon - 19/03/2012 - 08:40 - Signaler un abus @ Equilibre

    je lis ça et là votre désarois avez vous connaissance de ce blog et de cet article en particulier. http://www.les-crises.fr/la-monnaie-banque-centrale-3/ les liens divers et variés vous amèneront vers des éclairages de gauche mais recadrés par des définitions purement économiques.

  • Par Equilibre - 19/03/2012 - 11:55 - Signaler un abus @cqoiqéqon

    Bonjour, merci pour le lien. Le blog, oui je connais. L'auteur a fait quelques papiers sur Atlantico (découvert cela il n'y a pas longtemps). http://www.atlantico.fr/users/olivier-berruyer L’article en question, non. Je regarde cela au plus vite.

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Paul Goldschmidt

Paul Goldschmit est membre de l'Advisory Board de l'Institut Thomas More,

Il a également été directeur du service "Opérations Financières" au sein de la Direction Générale "Affaires Économiques et Financières" de la Commission Européenne.

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