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Baromètre Cevipof de la confiance politique : les Français assoiffés de politique mais "saoulés" par les leurs

Ce baromètre montre qu'une très large majorité des Français ne sont en rien désintéressés de la chose politique. Ils en attendent beaucoup, même. seulement, ils ne font plus confiance à leurs représentants et au système actuel, qui donne selon eux une image trop binaire, quand ce n'est pas manichéenne, du paysage politique.

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Publié le - Mis à jour le 6 Mars 2015
Baromètre Cevipof de la confiance politique : les Français assoiffés de politique mais "saoulés" par les leurs

Une grande partie des Français ne font plus confiance à leurs représentants et au système actuel. Crédit Reuters

Atlantico : 83% des personnes enquêtées expriment une attente vis-à-vis des responsables politiques pour trouver ensemble des solutions aux problèmes. Pourtant, en ce qui concerne les institutions auxquelles ils accordent le plus leur confiance, les entreprises ou les PME sont parmi les premières plébiscitées. Peut-on en déduire que les Français sont devenus pragmatiques, attentifs à ce qui a prouvé son efficacité ?

Bruno Cautrès : Effectivement, les personnes que nous avons enquêtées adhèrent fortement à l’idée qu’il faudrait  que les responsables politiques de camps opposés parviennent à s'entendre pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Cette idée peut sembler assez large et précisément pour cela susciter un très fort soutien.

Mais elle exprime également une forme d’insatisfaction des personnes interrogées vis-à-vis du fonctionnement habituel de la politique comme une sorte de jeu à somme nulle où chaque camp estime avoir raison sur tout alors que le camp adverse aurait tort sur tout également. Et aussi sans doute que le contexte et la gravité de la crise économique peuvent inciter les personnes enquêtées à répondre ainsi. Il n’est donc pas surprenant que l’adhésion à cette idée d’une « grande coalition » partisane pour régler les problèmes se combine avec une vision assez, voire très, négative des partis politiques ou des hommes politiques. Il est intéressant de noter que ce fort soutien à une « union nationale » des responsables politiques s’exprimait dès la vague 6 de notre enquête, réalisée en décembre 2014 c’est-à-dire avant les attentats du 7 janvier 2015 et avant le climat d’union nationale qui a prévalu ensuite.

Par ailleurs, cette vision négative de la politique mais avec dans le même temps des attentes fortes vis-à-vis des hommes politiques est une donnée classiquement observée dans les enquêtes d’opinion : les hommes politiques sont à la fois perçus comme ceux qui ne font rien de bien et ceux qui pourraient tout changer !  La confiance dans les PME est donc beaucoup plus élevée que dans les organisations partisanes ou même syndicales : 84% déclarent faire confiance aux PME, 54% aux grandes entreprises publiques, 48% aux grandes entreprises privées, 29% aux syndicats et seulement 14% aux partis politiques. Je serais prudent sur l’interprétation que vous proposez ; dans la vague 6 de notre enquête, réalisée en décembre 2014, nous demandions aux enquêtés leur opinion sur l’hypothèse que des chefs d'entreprises plutôt qu’un gouvernement décident ce qui leur semble le meilleur pour le pays : seuls 32% approuvaient cette idée. Par ailleurs, on voit que ce sont surtout les PME, par leur proximité avec les français dans le tissu économique, qui sont positivement perçues. Cela traduit donc sans doute une insatisfaction plus générale, que l’on retrouve dans d’autres données de notre enquête, vis-à-vis d’un système politique et partisan qui ne fonctionne pas bien, qui a du mal à délivrer des améliorations de la vie quotidienne. Le décalage d’opinions positives entre l’entreprise, notamment la PME, et le chef d’entreprise montre quelque chose d’intéressant : un peu comme si le chef d’entreprise, comme l’homme politique, avait du mal à convaincre alors que l’on perçoit beaucoup plus positivement l’entreprise qui ne se résume pas à son chef.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 28/02/2015 - 11:33 - Signaler un abus Attentes de politiques réalistes

    Nous avons perdu tout sens de notre organisation politique, sans compter la perte totale du sens de notre citoyenneté. Empêtrés dans un système de partis qui ne pensent qu'en termes de positionnement électoraux, c'est à dire de politiciens animés du seul désir d'être réélus. Et vogue la galère.... jusqu'au naufrage d'ailleurs tout proche.

  • Par Anguerrand - 28/02/2015 - 16:33 - Signaler un abus Il y aurait pourtant une solution simple et qui ne

    demande aucun courage a nos politiques et qui est démocratique, c'est la votation a la Suisse. Sur tous les problèmes qui occupent les français, une votation pourrait mettre enfin l'arrêt des bises bises idéologiques de notre pays marxisant. Le résultat fait loi. Le seul problème c'est que les élites de gauche veulent penser pour nous et qu'ils ne veulent pas qu'il y ait des décisions autres que leurs VÉRITÉS. le peuple n'est pas assez intelligent pour prendre des décisions....

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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