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Adieux de Barack Obama : les Etats-Unis face au lourd prix politique de l’échec du “Yes We Can” (malgré un bilan pratique défendable)

Le 20 janvier prochain, Donald Trump succédera à Barack Obama comme président des Etats-Unis. Après huit années passées à la Maison-Blanche, les espoirs suscités par son célèbre "Yes we can!" sont difficiles à apercevoir dans l'électorat américain divisé. Le bilan, s'il n'est ni négatif, ni positif, est à contraster.

Goodbye Mister President

Publié le - Mis à jour le 13 Janvier 2017
Adieux de Barack Obama : les Etats-Unis face au lourd prix politique de l’échec du “Yes We Can” (malgré un bilan pratique défendable)

Atlantico : La campagne de Barack Obama, dont le slogan était "Yes we can" avait suscité un espoir d'une ampleur inédite au sein de la société américaine post crise économique de 2008. Promesse de renouvellement de la classe politique, de progrès économiques et sociaux, de réforme d'une finance responsable de maux importants... Alors qu'il vient de prononcer ses discours de fin de mandat, quel bilan peut-on faire aujourd'hui de l'action de Barack Obama ? Peut-on dire aujourd'hui, alors que Donald Trump a été élu, que l'espoir qu'il avait réussi à incarner est un espoir déçu 8 ans plus tard ?

Yannick Mireur : L’élection d’Obama restera comme une date historique, autant parce qu’il est le premier président de couleur que par le souffle qui a accompagné sa candidature. Ce souffle a puisé dans les réflexions sur l’américanité qui infusent ses deux ouvrages. Il ne faut pas sous-estimer la valeur de ce travail sur lui-même et sur le sens de la nation américaine. Cela fait de lui un homme politique exceptionnel, comme Theodore Roosevelt par exemple, dont il s’est inspiré en certaines occasions. La déception est donc à la mesure du souffle qui l’a porté au pouvoir. L’élection de Trump signe donc une amère défaite pour Obama, car la singularité du nouveau président témoigne de l’échec à ressouder la société américaine qui animait le message "yes we can". Plus qu’une défaite électorale, c’est la promesse de l’aube Obama, si l’on peut dire, qui échoue dans cette élection assez rocambolesque.

Avec Trump, c’est l’Amérique dépositaire de l’esprit américain des origines qui prend les rênes - ou les reprend - pour rendre à l’Amérique sa grandeur (" Make America Great Again "). Le profil des hommes de Trump, le secrétaire au Commerce Ross, le secrétaire à la Défense Mattis, le directeur national du Renseignement Coats, Rex Tillerson et d’autres, est révélateur. Business (c’est-à-dire travail) et patrie, en quelque sorte, qui sont en deux mots l’âme de l’Amérique WASP dont les couches populaires sont anxieuses devant les chamboulements de la mondialisation et l’évolution démographique du pays. L’universitaire Samuel Huntington avait tiré le signal d’alarme sur ce dernier point en soulignant l’impact culturel de l’hispanisation, tandis que le monde ouvrier s’est détourné d’une gauche progressiste qui l’a délaissé au profit des minorités et du politiquement correct, tout en n’affrontant pas les causes du déclassement qui le voit s’étioler. Cela explique la diabolisation du libre-échange. Or Obama en a épousé le principe - comme ses prédécesseurs – prêtant le flanc aux accusations d’impéritie économique et d’alourdissement du rôle de l’Etat avec la couverture maladie universelle, l’Obamacare. Pour autant, ce qui est un prétendu "retour aux sources" est trompeur car la dernière chose dont Trump dispose, c’est un blanc-seing moral. Non seulement le parti républicain ne l’a pas soutenu, mais Hillary Clinton a une large avance dans le vote populaire. Son ascension exacerbe les tensions dans la société américaine qu’Obama avait souhaité apaiser. Trump les exacerbe et il en est en même temps le produit. Cela pointe vers l’échec numéro un d’Obama, qui a précipité dans la désillusion son slogan et l’espoir des Américains de voir s’éteindre les feux de la division : la réforme politique. Les Etats-Unis ressortent de huit années d’Obama encore plus divisés qu’ils n’étaient après le mandat Bush.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 11/01/2017 - 10:22 - Signaler un abus OBAMA

    Autosatisfaction surprenante,

  • Par Texas - 11/01/2017 - 11:50 - Signaler un abus " Mr Trump exacerbe..."

    ...pendant que " Mr Obama avait souhaité apaiser " . J' ai du rater un épisode entre Ferguson , Baltimore , Bâton-Rouge et les 140 morts de flics de 2016 .

  • Par jurgio - 11/01/2017 - 14:50 - Signaler un abus Saura-t-on jamais pourquoi Obama a pleuré ?

    Pas sûr que ce soit pour son « Yes, we can » Un bilan ni positif ni négatif n'est-il pas un résultat négatif dans un monde qui demande urgemment d'avancer ? .

  • Par Anguerrand - 11/01/2017 - 16:42 - Signaler un abus Obama a pompé sur Hollande

    Hollande n'a pas attendu la fin de son quinquennat pour faire de l'autosatisfaction. Il nous a expliqué tout ce qu'il a fait de bien 5 mois avant son depart a l'occasion de ses vœux de fin d'année. Il est très fort car il a réussi à tenir à peu près 10 mn pour cela. Il a quand même oublié dans ses réussite les 78 milliards d'impôts supplémentaires qu'il nous a infligé durant ses 5 ans ( un oubli sans doute) et ses guignoleris qui ont deshonnorés notre pays, ni ses affaires de cœurs avec ses maîtresses et ex .

  • Par clint - 11/01/2017 - 21:39 - Signaler un abus Départ d'un grand président humaniste !

    Comme quoi les US peuvent être capables du meilleur et du pire !

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Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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