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Baisse du chômage : les Allemands ont-ils une potion magique ?

D'après l'institut de conjoncture DIW, l'Allemagne évitera de justesse la récession en 2012. Les Allemands s'appuient notamment sur une baisse historique du chômage, quasi miraculeuse en temps de crise... De quoi donner des idées à la France ?

Le travail das ist la santé

Publié le 7 janvier 2012
 
Le gouvernement allemand a annoncé le niveau de chômage le plus bas depuis l'unification il y a plus de vingt ans.

Le gouvernement allemand a annoncé le niveau de chômage le plus bas depuis l'unification il y a plus de vingt ans. Crédit Flickr/tjuel

Sur le front du chômage, l'Office fédéral de statistique Destatis n'arrête pas d'annoncer de bonnes nouvelles, à la satisfaction des Allemands, et l'étonnement, voire l'irritation des pays voisins. Alors que les pays européens, notamment ceux du sud, sont frappés de plein fouet par la crise, affichant des taux de chômage en hausse constante, le gouvernement allemand a pu annoncer un niveau de chômage historiquement bas, le meilleur depuis l'unification il y a plus de vingt ans.

D'après les chiffres présentés au mois de décembre 2011, seuls 2,7 millions de personnes étaient au chômage, ce qui représente un taux de 6,4%, alors qu'en France, le taux dépasse les 9%. Par rapport à 2010, le nombre de chômeurs a reculé de 263 000. Si les chiffres de l'Agence fédérale du travail de Nuremberg sont légèrement différents, la tendance reste la même. Ce record se double d'un autre, celui du nombre de personnes occupant un emploi, ce qui est étonnant, vu la situation démographique de l'Allemagne, qui connait un solde négatif de l'accroissement naturel de la population depuis des années.

Mais, puisant dans les réserves que représentent les femmes, les seniors et les chômeurs, l'Allemagne a vu sa population active atteindre plus de 41 millions de personnes en 2011, une hausse de plus d'un demi-million en un an, selon les chiffres de l'Office fédéral de statistique. Cet accroissement se manifeste dans tous les domaines d'activité, surtout dans celui des services aux entreprises, mais l'industrie n'est pas en reste.

Devant cet exploit en temps de crise, la plupart des commentateurs ne manquent pas de s'interroger sur les ressorts de cette résilience que l'Allemagne est seule à démontrer parmi les grands pays européens. Bon nombre de facteurs ont contribué à cette réussite. Un des premiers, du moins par ordre chronologique, est sans doute la réforme du marché de l'emploi entreprise par l'ancien Chancelier Gerhard Schröder. Le coeur de son « Agenda 2010 », la fameuse loi Hartz IV, a taillé dans l'assurance-chômage, en maniant plus le bâton que la carotte, afin d'inciter les chômeurs à reprendre plus rapidement le chemin du travail, même si celui-ci était plus mal payé et ne correspondait pas aux compétences du demandeur d'emploi.

De plus, le niveau des salaires, parmi les plus élevés en Europe il y a dix ans, a été contenu avec le consentement des syndicats. Selon une étude de l'Institut allemand d'économie (DIW), les salaires réels ont baissé de 4% en dix ans, alors qu'ils ont augmenté de 15% en France pendant la même période. En même temps a été amorcée une remontée du temps de travail. Cette amélioration de la compétitivité des entreprises allemandes, conjuguée à leurs exceptionnelles performances sur le front des exportations – même si elle a dû céder sa place de première nation exportatrice à la Chine en 2009 – lui ont permis de rebondir très rapidement après la désastreuse année 2009 qui a connu une croissance négative de -4,7%.

A ces forces pérennes, réforme du marché de l'emploi, modération salariale et présence robuste dans les exportations, l'Allemagne a assorti des mesures ponctuelles, destinées à la fois à relancer la machine économique et à freiner le chômage. Il s'agit d'une part du plan de relance conjoncturelle de 80 mrd € en 2009/2010 et d'autre part de l'usage systématique du dispositif de chômage partiel, que les Allemands appellent d'ailleurs, de façon plus positive, « travail réduit ». En cas de problème, les entreprises peuvent demander à bénéficier de ce système qui maintient les salariés en emploi avec un salaire réduit aux deux tiers environ. En 2009, le gouvernement avait étendu le dispositif pour éviter des licenciements massifs. Au plus fort de la crise, jusqu'à 1,5 millions de salariés en ont bénéficié. Pour les entreprises aussi, l'avantage est évident: en cas de reprise des commandes, pas besoin de recruter du personnel, il suffit de rappeler ceux qui ont été renvoyés temporairement à la maison. C'est ce qui n'a pas manqué d'arriver; la croissance était de 3,5% en 2010, encore un record depuis l'unification; pour 2011, le gouvernement s'attend à 2,6% et il reste confiant pour 2012.

 


Commentaires

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  • Par Ludo1963 - 09/01/2012 - 12:36 - Signaler un abus François De Closet, Michel Godet, Nicolas Baverez

    Ils nous montrent la voie depuis 10 ou 15 ans
    Ce sont d excellents économistes, pragmatiques et apolitiques mais les Français ne les écoutent pas. Ils sont accusés d être au service
    de Sarko car ils ont la même vision économique, tout comme Schroder
    Les français préfèrent gober la démagogie : Marianne, Libé, nouvel obs, France tv, France radio, canal+,rmc, la liste est trop longue.

  • Par Ludo1963 - 09/01/2012 - 12:13 - Signaler un abus La France dans l'Europe du Sud perdante

    France, Grèce, Italie, Espagne, Portugal : électeurs nuls en économie choisissent des programmes "cadeaux" 35h, retraite 60 ans...
    Syndicats trotskistes, gauches complaisantes, peur de la mondialisation. Résultat : pas d anticipation on subit. La Grèce est la pire, je mets la France juste après. Nous n'avancerons que sous tutelle du FMI ça fera mal mais ce sera salutaire.

  • Par Ludo1963 - 09/01/2012 - 12:05 - Signaler un abus L'Allemagne dans l'Europe du Nord gagnante

    Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Norvège, Pays Bas, Suède
    Ces pays ont su réduire la dépense publique tout en améliorant le service (le contraire de la France). Ils aident ainsi les entreprises qui se portent mieux, les salariés en profitent, les exportations aussi, ces pays ont compris que la mondialisation est une chance pour qui sait la comprendre (tout le contraire du français)

  • Par Benvoyons - 09/01/2012 - 11:46 - Signaler un abus Un intellectuel de gauche Français va passer 1 an a faire

    des réunions avec des mots creux et trouver que balayeur n'est pas tolérable et sera remplacer par ''technicien de surface''
    Un intellectuel de gauche allemand va proposer au balayeur de participer à la conception où l'achat d'une machine qui va l'aider dans l'efficacité et le rendement dans son travail et en préservent son physique. Merci la formation de la gauche. Faire le Caton là pas de problè

  • Par Ludo1963 - 09/01/2012 - 11:21 - Signaler un abus Pas de miracle juste un peuple plus intelligent

    Schroder a pu redresser l 'Allemagne car il avait des syndicats, une opposition ET DES MEDIAS intelligents et constructifs. Mais cela a pris 10 ans de réformes courageuses. Sarko a essayé mais ça ne marche pas car la désinformation bobo-coco haineuse (ex Marianne) surfe sur la triste ignorance économique des Français et la pédagogie est écrasée par la démagogie.

  • Par brennec - 09/01/2012 - 10:45 - Signaler un abus La supériorité allemande tient a peu de choses:

    Les allemands ont des économistes et ils les écoutent. L'ordo libéralisme appliqué a la fin de la guerre a donné l'impulsion du 'miracle' allemand (qui n'avait rien de miraculeux). Depuis, même s'il a été abandonné, il en reste suffisamment d'aspects pour empêcher les allemands de faire n'importe quoi. Jacques Rueff était un grand économiste, De Gaulle l'a écouté, qui le fait maintenant? Sarko?

  • Par ANKOU - 09/01/2012 - 08:34 - Signaler un abus « les salaires réels ont baissé de 4% en dix ans »

    Ah bon ?!
    C'est une moyenne, car en réalité certains ouvriers ont eux des baisses de salaires de plus de 10% !
    La réalité est tout autre lorsque l'on gratte le vernis qui nous est mis sous les yeux.
    Les usines allemandes sont pour beaucoup des assembleuses de matériels pour pouvoir mettre « Made In Germany» dessus, rien d'autre. Cela n'empêche pas que la qualité est là pour beaucoup.

  • Par Benvoyons - 09/01/2012 - 01:15 - Signaler un abus En Allemagne la valeur travail n'est pas polluée par des C...

    L'Ecole en France parle d'exploitation de l'ouvrier etc... que du négatif sur le travail. Bilan en France " tu donnes tes sous et je te donne royalement un index dans le cul". Un docteur Ingénieur en Allemagne dit bonjour et prend des nouvelles etc.. les diplômés respectent la base même si elle fait des fautes. Pas comme les intellectuels Français de Gauche qui se gargarisent de mots creux.

  • Par Benvoyons - 09/01/2012 - 01:04 - Signaler un abus En Allemagne la valeur travail n'est pas polluée par des

    intellectuels de gauche. Il y a un profond respect des personnes dans tous les compartiments d'une entreprise avec des syndicats qui se sentent responsables de la réussite de l'entreprise. Les négos sont dures mais toujours constructives ( entre adultes) pas comme en France où vous négociez avec des gamins , des ados de 12 ans. L'école parle du travail et de la réussite des entreprises.

  • Par François 38 - 08/01/2012 - 19:41 - Signaler un abus Potion magique?

    Dans les années 50 et 60 , on parlait déjà du" miracle économique allemand"! Il ne s'agissait nullement d'un miracle , il est vrai que les Etats-Unis ont financé la reconstruction , mais surtout, le courageux peuple allemand a quelque chose que nous n'avons pas: c'est l'intelligence du consensus: un Allemand pourra être SPD l'autre CDU ils seront avant tout Allemands.

  • Par LemduNord - 08/01/2012 - 13:24 - Signaler un abus Une autre différence qui rend

    Une autre différence qui rend l'acceptation de la modération salariale possible: l'engagement des entreprises à ne pas délocaliser.
    Du coup, les syndicats/employés/ouvriers peuvent accepter unmoindre salaire en échange d'une stabilité de l'emploi.
    Et oui, l'industrie allemande à fait le pari du "made in Germany" et pas celui du "made in China", et ça marche.

  • Par vangog - 07/01/2012 - 23:08 - Signaler un abus La période Socialo-Communiste a plombé la France

    L'avantage maintenant, c'est qu'on le sait, l'inconvénient c'est qu' une loi Hartz IV, un gel des salaires, une augmentation du temps de travail, un usage systématique du chômage partiel, tout cela ne servirait à rien , même si les syndicats réacs y consentaient car cette période fut aussi le début de la décroissance industrielle et qu'elle est allée trop loin: il nous faut un new deal.

  • Par montfallout - 07/01/2012 - 22:01 - Signaler un abus Au travail bien fait allemand

    Au travail bien fait allemand on oppose toujours des critiques fumeuses: bas salaires ...chez nous on préfère être au chômage
    les chômeurs de longue durée ont l'obligation de faire des jobs d'intérêt collectifs, chez nous inimaginable...
    les chômeurs sont contrôlés, chez nous impensable...
    Les 2 derniers textes publiés (Ordonneau et ?)sont représentatifs de nos stupides préjugés.

  • Par LIBERAL44 - 07/01/2012 - 21:28 - Signaler un abus LA SOLUTION (2)

    ...disponible, mais les entreprises voient leur compétitivité baisser corréaltivement : d'où chômage, baisse de la croissance, de la consommation, etc... Ajoutez à cela une diminution du temps de travail et vous avez la France de 1998/2012.
    En Allemagne : baisse des salaires, baisse des indemnités, des allocations = plus d'argent pour tous, plus de conso + de croissance. CQFD

  • Par LIBERAL44 - 07/01/2012 - 21:25 - Signaler un abus LA SOLUTION

    Les allemands ont, comme les français décidé de soutenir la consommation : seulement, au lieu d'augmenter les revenus de ceux qui travaillent, ils privilégient d'augmenter les revenus de la collectivité en faisant travailler et produire un plus grand nombre. C'est ça que nos élites n'ont pas compris : en augmentant les salaires ou en diminuant le temps de travail, on diminue la part de gateau....

  • Par druck - 07/01/2012 - 19:45 - Signaler un abus @jade

    brillante démonstration et surtout d'intelligence, socialo sans doute? càd stupidement borné. A plaindre plus qu'à blâmer mais avec cette clique c'est habituel.

  • Par freddy - 07/01/2012 - 17:56 - Signaler un abus Analyse en 3 points complètement fausse:

    1, il faudrait que
    2, y a qu'à
    3, faut qu'on
    La réussite économique de l' Allemagne s'explique de façon très simple, la planète toute entière veut acheter:
    -leurs voitures
    -leurs cars
    -leurs camions
    -leurs machines outils
    pourquoi? Répondez à la question et vous aurez la réponse au problème des autres pays!

  • Par adieux - 07/01/2012 - 16:53 - Signaler un abus poison magique

    emploi temps-partiel, chômage partiel, industrie exportatrice grâce à l'endettement des voisins l'illusion est presque parfaite.

  • Par JADDE - 07/01/2012 - 16:30 - Signaler un abus oui et une bonne ...

    Leur potion magique c'est de n'avoir pas Sarkozy !

  • Par sam84 - 07/01/2012 - 15:07 - Signaler un abus La potion magique s'appelle démographie

    Alors que la France a une démographie positive ,l’Allemagne a une démographie négative Moralité,une déflation démographique comme au Japon est plutôt une bonne chose

  • Par letroll - 07/01/2012 - 14:59 - Signaler un abus mode de calcul ???

    qui peut nous dire comment sont vraiment calculées leurs statistiques ??
    parce que si les allemands utilisent les mêmes modes de calcul que les américains, il va falloir multiplier les chiffres par deux :-))

  • Par jean-paul - 07/01/2012 - 14:31 - Signaler un abus pas de grève aux pays-bas

    les pays-bas est une culture de cooperation, pas de grève, l'allemagne a produit marx, mais en france on en lit beaucoup trop

  • Par Jaedena - 07/01/2012 - 13:41 - Signaler un abus Surcompétitivité & réformes

    Les allemands profitent des réformes difficiles faites par ... un socialiste (Schröder), mais pas seulement : l'euro les rend surcompétitif ainsi que autriche, pays-bas face aux pays du sud de l'europe, étant donné qu'ils auraient sinon une monnaie forte (même fonctionnement que la chine). Quand tout le monde achète des produits allemands car moins cher, forcément le chômage baisse.

  • Par napooiseau - 07/01/2012 - 12:30 - Signaler un abus Vive la France germanique!

    En tant que mosellan de dialecte germanique, ayant de la famille des deux côté de la frontière sur plusieurs générations, je ne peut que m'inscrire en faux sur des jugements qui peuvent rapidement prendre des tournures nauséabondes.
    En 1914 on disait les Allemands mangeurs d'enfants!
    On cherche de nouveaux des bouc émissaires. Nos dirigeants libéraux étatiques, privés sont responsables.

  • Par slavkov - 07/01/2012 - 12:24 - Signaler un abus ras-le-bol

    ... il faut signaler, que nos oligarks de tous les bords cumulent que les positions idéologiques en totale l'absence de vraies solutions économiques ou sociétales. le comble est également notre système électoraliste, favorisant systématiquement la sélection des plus idiots d'entre nous ...

  • Par napooiseau - 07/01/2012 - 12:21 - Signaler un abus Vive la France germanique!

    Je trouve choquant les raisonnement à l'emporte pièce . Les français ne sont pas majoritairement des fainéants grévistes. Les allemands ne sont pas des Héros du boulot.
    Il serait infiniment plus constructif de regarder d'ou viennent nos problèmes que de chercher dans l'écuelle du voisin comment il fait sa soupe.
    Un cerf , un mouflon, ne trouvent pas leur pitance se la même façon, au m endroit.

  • Par Nanard10 - 07/01/2012 - 11:35 - Signaler un abus intelligence Allemande

    En Allemagne la gauche en particulier les syndicats sont bien plus intelligents qu'en France.
    Ce ne son las des Bolchévites bêtes et méchants

  • Par Gilles - 07/01/2012 - 11:15 - Signaler un abus Pas de miracle

    Les Allemands ont mis en place depuis belle lurettesles réformes nécessaires. La Droite ne détruit pas ce que la Gauche a décidé et vice versa. Pour se rendre compte du fossé qui sépare les 2 pays, il suffit de parcourir l'Alsace et le Pays de bade. Tout est dit !

  • Par German - 07/01/2012 - 10:25 - Signaler un abus Quelques différences non mentionnées :

    - En Allemagne il y a un allégement de charges sociales dès qu'on augment la masse salariale. En France les coûts et contrantes augmentent...
    - Les salariés allemands ne font presque pas de grève, en France c'est le délire...
    Parmis d'autres...

  • Par lebriard - 07/01/2012 - 10:12 - Signaler un abus L'Allemagne ...

    Peuple intelligent ,courageux et surtout une nation unie ...
    La France ...mieux vaut ne rien dire on deviendrait méchant pourtant il n'y a que la vérité qui blesse ...toujours en grève ,peuple déchiré en campagne électorale permanente ,un peuple qui manque d'intelligence incapable de faire de la croissance ...

  • Par Jean-Francois Morf - 07/01/2012 - 10:05 - Signaler un abus Les "travailleurs découragés" (chômeur découragé) sont comptés..

    ...dans la statistique des travailleurs?
    ou dans la statistique des chômeurs?
    A votre avis?
    "tout va très bien, madame la marquise" Angéla...

Brigitte Lestrade

Brigitte Lestrade est Professeur de civilisation allemande contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise. Ses activités de recherche portent sur les aspects économiques, sociologiques et culturels de l’Allemagne de nos jours, plus particulièrement de l’évolution du monde du travail.

Elle publié de nombreux articles, ainsi que six ouvrages sur les aspects les plus divers concernant les mutations du travail.

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