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Avis aux amateurs de rigueur : les bons élèves de l'Europe du nord en matière de déficits sont loin d'être les meilleurs en matière de croissance

Si l'Allemagne occupe la place de moteur de la croissance de l'économie européenne, le défaut d'investissement du pays participe à retarder la relance dans la zone euro... De même que l'objectif de réduction des déficits qui interdit toute relance budgétaire.

Relance ou réduction des déficits ?

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Avis aux amateurs de rigueur : les bons élèves de l'Europe du nord en matière de déficits sont loin d'être les meilleurs en matière de croissance

Atlantico : La Commission européenne a récemment publié ses prévisions économiques des pays européens (zone euro et hors zone euro) pour 2016 et 2017 (voir ici). Les pays de la zone euro sont tenus de rester en-dessous des 3% et de ne pas dépasser 60% du PIB. Les pays les plus vertueux en termes de déficits sont-ils également ceux qui bénéficient de plus de croissance ?

A ce titre, quel comparatif est-il possible de faire entre les pays "vertueux" de la zone euro, et ceux qui, comme la Suède, sont en-dehors ?

Christophe Blot : On ne peut pas dire que les pays les plus vertueux sont ceux qui bénéficient toujours de la croissance la plus forte, il y a plusieurs cas de figures.

L'Allemagne, qui est le pays moteur de la croissance européenne depuis plusieurs années, est certes en situation d'excédent budgétaire, ce qui pourrait en faire un pays plus vertueux en comparaison avec l'Espagne ou la Grèce, qui ont des niveaux de déficits plus élevés et des niveaux de croissance globalement plus faibles. En matière d'efforts budgétaires en revanche, ces derniers ont fait beaucoup plus d'efforts que l'Allemagne pour réduire les déficits, et pour autant ces pays ont souffert d'une forte récession.

En-dehors de la zone euro, la Suède et le Royaume-Uni obtiennent des niveaux de croissance plus élevés que dans la zone euro mais des niveaux de déficits différents, plus élevés au Royaume-Uni qu'en Suède. On ne peut donc pas nécessairement faire de lien, à travers ces différents cas de figures, entre déficit et croissance. Ce que montrent les travaux récents en revanche, c'est que la consolidation budgétaire a cassé la dynamique de reprise qui avait pointé fin 2009-début 2010 dans la zone euro.

Qu'est-ce qui aujourd'hui paraît le plus efficace pour relancer la croissance ? Peut-on tirer des enseignements de la comparaison entre l'Allemagne et les Etats-Unis sur le rapport croissance / déficits par exemple ?

Aujourd'hui, la zone euro a un niveau de chômage de 10,2% en mars, un indice des prix en baisse (alors que l'objectif d'inflation de la BCE est de 2%), et elle souffre d'un déficit d'investissement plus important. S'il doit y avoir une stratégie de relance dans la zone euro, elle doit passer par une politique monétaire qui resterait accommodante, comme le fait la BCE actuellement, et par un plan de soutien à l'investissement comme le plan Juncker, lequel reste sous-calibré par rapport aux besoins en matière d'investissement privé et public. 

Aux Etats-Unis, le contexte économique n'est pas le même. Le chômage a beaucoup baissé, même s'il reste des déséquilibres sur le marché du travail. Mais globalement, la reprise est consolidée malgré l'environnement international. Les Etats-Unis vont continuer à réduire progressivement leurs déficits, et vont garder leur politique monétaire qui, bien qu'en voie de normalisation, demeure expansionniste. Leur stratégie est donc plutôt bonne, là où la zone euro n'a pas su trouver les outils pour sortir de la crise en 2010-2011 et a plutôt mené des politiques budgétaires qui l'ont aggravée.

 
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Christophe Blot

Christophe Blot est économiste à l'OFCE, au Département analyse et prévision. Ses spécialités sont le commerce extérieur, les crises financières et les politiques monétaires.

 

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