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Aveuglement ou mauvaise foi ? L’enseignement de l’histoire relève nécessairement d’un choix politique

L'affrontement du débat d'entre deux tours a vu les deux candidats proposer deux visions de l'enseignement de l'Histoire : d'un côté François Fillon renoue avec le "récit national", quand Alain Juppé renvoie la matière à la seule "science". Une ligne de fracture plus importante que d'autres très médiatisées semble ici se dessiner entre les deux finalistes.

Évidence même

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Aveuglement ou mauvaise foi ? L’enseignement de l’histoire relève nécessairement d’un choix politique

Atlantico : La question de l'enseignement de l'histoire a été un point de dissension entre les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé et François Fillon. Le premier a écarté la question en affirmant : "l'histoire, ce n'est pas un récit, un roman, c'est une science". Peut-il vraiment ôter toute valeur idéologique à cette façon de penser l'histoire ? En quoi l'histoire n'est pas une science comme les autres ?

Jean-Paul Brighelli : Récit ou roman, on joue sur les mots. Le spécialiste de Dumas que je suis sait bien que "roman historique" est un oxymore, une contradiction dans les termes. Mais je sais aussi que c'est par le récit que le grand historien - ou le bon professeur d'Histoire - fait entrer son auditoire de plain-pied dans le passé. Sans compter que l'Histoire s'est toujours nourrie de fictions. De légendes. Le grand Ferré ou le petit Bara, légendes - mais légendes fécondes. Ce que nous savons de la guerre de Troie, nous le tenons d'un poète aveugle dont l'existence même est suspecte : n'empêche qu'Achille ou Ulysse ont bien plus de réalité que nos modernes candidats à la présidence...‎

Et l'Histoire peut bien tendre vers la science, elle ne sera jamais une science.

Trop d'incertitudes s'y opposent, trop d'intérêts idéologiques sont en jeu. "Le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré", disait d'elle Paul Valéry.

Ajoutez à cela ce que j'appelle le syndrome de Liberty Valance. A la fin du film homonyme de John Ford est formulé le grand principe : "When the legend becomes fact, print the legend !" Je suspecte les historiens d'obtempérer parfois malgré eux à ce principe. Et alors ? Comment croyez-vous que l'on intéresse les peuples et les enfants ? Prenez Jeanne d'Arc : dans le contexte de la défaite de 1870, elle fut une icône de gauche - avant d'etre revendiquée par la droite parfois la plus extrême.  

En quoi est-ce que cette neutralité d'apparence défendue par Juppé est plus engagée qu'il n'y parait ?

Vouloir à toute force enseigner des incertitudes (et le doute a du bon, encore faut-il savoir à quel niveau on doit le propager) est une position dangereuse. ‎Non seulement les enfants ont besoin de certitudes - ils ont bien le temps de les nuancer -, mais la France a besoin de certitudes. Comme la France d'avant 14, quand la IIIeme République préparait la revanche. Sinon, le doute scientifique ouvre une béance que les âmes faibles comblent en cherchant ailleurs des certitudes - dans la propagande la plus meurtrière, par exemple. Alors oui, le "récit national" est un pare-feu. Il est nécessaire. Et il est pédagogique.

On voit aujourd'hui à l'oeuvre un authentique révisionnisme, vu par exemple dans la première mouture des nouveaux programmes, qui evacuaient entre autres les Lumières. Des programmes dont Michel Lussault, leur concepteur, a prétendu exclure ces deux mots, "patrie" et "nation". C'est adopter le point de vue révisionniste et crapuleux des Indigènes de la République. Paul Yonnet en 1990 (l'expression "roman national" date de cette époque, Pierre Nora l'avait forgée sur le modèle du "roman familial" freudien) fustigeait la façon dont l' idéologie de SOS-racisme détruisait volontairement la notion de Nation. Et "patrie" évoque désormais Pétain, alors que  "Mourir pour la patrie est le sort le plus beau", comme dit le Chant des Girondins (que devrait connaître le maire de Bordeaux) qui fut l'hymne national de la IIeme République ! 

 
Commentaires

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  • Par cauchoise - 26/11/2016 - 11:24 - Signaler un abus Des bases solides pour l'Histoire

    J'avais lu les livres de François Reynaert sur les "fadaises" de l'Histoire de France, et apprécié son humour et surtout sa parfaire connaissance de l'Histoire, telle qu'elle était enseignée encore dans sa jeunesse. Quand les bases sont solides, on peut se permettre de critiquer. Aux enfants d'aujourd'hui, on n'enseigne plus que la critique, et c'est cela qu'il faut changer !

  • Par zouk - 26/11/2016 - 11:33 - Signaler un abus L'histoire n'est pas affaire d'opinion

    Elle doit d'abord raconter le passé avec le plus grand souci d'exactitude. Tout le reste est idéologie, sortons donc des ornières où nous ont fourvoyé les historiens du XIX° siècle éblouis sans recul par la révolution de 1789. Ajoutons y Victor Hugo aveuglé par sa haine de Napoléon III, pourtant un grand dirigeant.

  • Par gerint - 26/11/2016 - 12:12 - Signaler un abus En effet l'enseignement de l'Histoire est crucial

    L'Histoire définit les racines profondes et spécifiques d'un peuple, elle est à la source du psyché collectif et structure la connaissance des enfants dès leur plus jeune âge déjà à travers le récit de leurs parents puis à travers l'enseignement scolaire. Le second ciment, non indépendant de l'Histoire, d'un peuple est la Religion, qui crée une philosophie morale commune qui concerne même les non-croyants puisque le mode de fonctionnement de la société, sa législation, en sont largement (totalement pour l'Islam) dérivés. On sent chez Juppé à mon sens un degré de réflexion à ce sujet et un engagement nettement moindres que chez Fillon qui explique essentiellement l'importance de la mobilisation pour Fillon, surtout après la prise de conscience de la destruction voulue du "roman national" voulue par les idéologues à mon avis profondément incultes pour beaucoup et parfois d'obédience étrangère (Belkacem..) de ce gouvernement.

  • Par Leucate - 26/11/2016 - 13:48 - Signaler un abus @zouk - souci d'exactitude

    Brighelli parle de l'enseignement scolaire - pas la propagande d'aujourd'hui, je me réfère à celui de mon époque "classique" - où l'Histoire est forcément brute de décoffrage puisqu'il s'agit de donner les bases et les points de repère. Les nuances, c'est en terminale et surtout en fac qu'on commence à s'y exercer. Et même dans le milieu universitaire il y a des "écoles" avec des méthodes différentes de traiter les sujets historiques, en insistant sur tel aspect plutôt que d'autres, exemple le "tout économique" des historiens marxistes qui voyaient la "lutte des classes" à toute époque. Aujourd'hui c'est une école d'historiens radicalement anti-nationaux qui est aux manettes et qui inspire les programmes et les manuels scolaires.

  • Par Kukenhoff - 26/11/2016 - 16:04 - Signaler un abus Roman national et roman antinational.

    Pour abattre un monument ou une forteresse, la méthode la plus efficace consiste à détruire les fondations . C'est ainsi qu'on faisait s'écrouler les murailles des villes assiégées : on creusait des mines sous les fondations . C'est cette méthode que Nadget et ses complices ont réactualisée en s'en prenant à l'enseignement de l'histoire.

  • Par Benvoyons - 26/11/2016 - 16:08 - Signaler un abus Le monsieur a un grave problème car l'Histoire s'apprend

    en permanence. Car nous avons des Historiens dont des nouveaux qui travaillent sur des zones de l'histoire et plus en profondeur. En effet nous apprenions avant que Rome avait façonné la Gaule. Avec la recherche archéologique et des Historiens nous savons maintenant que 80% était faux. Idem sur le Moyen-Age. Donc ce que nous découvrons n'est pas idéologique mais ne pas en parler et de ne pas le faire apprendre aux jeunes cela est idéologique.

  • Par Kukenhoff - 26/11/2016 - 16:34 - Signaler un abus Roman antinational mais pas seulement...

    Sous couvert de rigueur scientifique on invite nos enfants à s'extasier sur les merveilles de la civilisation Arabo-Andalouse en utilisant les palais de Grenade, merveilles universellement reconnues. En face on leur montre la barbarie chez les chrétiens et leur intolérance religieuse. Mais pourquoi ne pas leur dire aussi que dans ces palais, à côté de cette société raffinée vivaient aussi à la grande époque plus de 3000 esclaves achetés sur tous les marchés d'Europe ? Femmes parquées comme du bétail dans les harems, à la disposition des seigneurs de la race du prophète et hommes castrés destinés aux travaux domestiques de même que les femmes "usées" ? Pourquoi ne leur parle-t-on pas des" Razzias" dont le produit était l'une des sources les plus importants du financement du Califat de Cordoue? à telle enseigne que le tarissement de cette ressource à cause de la pression exercée par les royaumes chrétiens du nord à marqué le debut de la décadence? Pourquoi ne leur pale-t-on pas aussi des paysans chrétiens (Dhimmis) qui ont creusé les seguias pour irriguer les Alpujarras alors qu'on ne cesse de nous rabattre les oreilles des progrès de l'irrigation "apportés par les Arabes"?

  • Par Kukenhoff - 26/11/2016 - 16:53 - Signaler un abus De la Gaule et des Romains....

    Le monsieur a envie de vous dire qu'il ne vous aura sans doute pas échappé qu'il y a toujours plusieurs façons de chanter une chanson . Chaque époque choisit celle qui lui plait . Je remarque quand même qu'il y a plus de villes et de monuments romains, plus d'oeuvres d'art, plus de textes remarquables,hérités des Romains que des habitants de la "Gaule chevelue". Combien de Gaulois peut-on citer qui se soient distingués par les oeuvres de l'esprit avant la conquête romaine ?

  • Par Benvoyons - 26/11/2016 - 17:25 - Signaler un abus Kukenhoff - 26/11/2016 Prend le temps de lire au lieu d'enfiler

    des perles de ta connerie. Visite aussi les sites archéologiques en France etc... Tu pourras éventuellement apprendre ou alors les Historiens et les Archéologues sont tous des Cons.

  • Par Kukenhoff - 26/11/2016 - 17:50 - Signaler un abus suite et fin

    Cher Monsieur, je ne vois pas l'intérêt qu'il y aurait à continuer à polémiquer avec une personne inculte et qui ne respecte pas les règle minimales du savoir vivre civilisé , aussi ne ferai-je pas l'honneur de vous saluer avant de conclure cet échange sans intérêt.

  • Par Leucate - 26/11/2016 - 22:14 - Signaler un abus @Benvoyons - je ne sais pas qui est le c..

    Les gaulois n'étaient pas les brutes hirsutes que l'histoire ancienne nous enseignait, ils étaient en contact avec le monde grec puis romain depuis très longtemps et ils commerçaient avec. Mais ils ne nous ont rien laissé, d'autant que, dès après Alesia, les gaulois pro-romains n'ont eu de cesse que d'abandonner leurs cités pour en construire d'autres plus belles et plus pratiques, à la romaine et de se lancer dans la "dolce vita". Dans la réalité, la transition entre l'époque gauloise celtique et l'époque gallo-romaine a été très brève, à peine une génération pour les tribus et fédérations proches des romains - on ne parle pas de la tribu aux fins fonds de l'armorique coincée entre les camps de Babaorum et Petibonum. Les villes se sont construites selon les plans romains, les dieux celtes se sont assimilés aux dieux romains qui eux-même s'étaient identifiés aux dieux grecs de la mythologie, et les légions gallo-romaines ont assuré la garde de la frontière germanique. Les gaulois en réalité n'ont rien laissé parce qu'ils n'écrivaient pas, mais ils ont transmis au monde antique méditerranéen certaines techniques en matière agricole ou dans d'autres domaines tels les tonneaux.

  • Par Lafayette 68 - 27/11/2016 - 08:55 - Signaler un abus @Brighelli

    100% d'accord avec votre commentaire. Une absente : la géographie et la perte des repères dans l'espace volontairement programmée , dans le même état d'esprit que la perte des repères dans le temps. 40 ans d'enseignement (collège puis lycée) .

  • Par Lafayette 68 - 27/11/2016 - 09:21 - Signaler un abus suite

    J'ai observé en géographie le fait que les élèves du secondaire situent de plus en plus mal et ne maîtrisent plus correctement les définitions de méridien et de parallèle,latitude et longitude,équinoxe et solstice etc...( géographie physique sortie des programmes car le déterminisme physique= danger de droite , nature et culture débat droite-gauche).Et même dans les épreuves d'agrégation externe de géo , on a supprimé il y a 15 ans environ les questions de géographie zonale pour mettre de la géographie thématique ...Tout un symbole: le monde est un village, les zones géographiques quelle horreur!

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Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012). 

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