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Quel avenir pour les démocraties occidentales quand seule 50% de la population parvient à gagner plus que ses parents, contre 90% de ceux nés dans les années 40 ?

L’ascension sociale des natifs des années 40 était une réalité pour 90% de la population, ce chiffre ne cesse de baisser. Les enfants parviennent de plus en plus difficilement à dépasser le niveau des revenus de leurs parents.

La chute

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Quel avenir pour les démocraties occidentales quand seule 50% de la population parvient à gagner plus que ses parents, contre 90% de ceux nés dans les années 40 ?

 Crédit FREDERICK FLORIN / AFP

Atlantico :  Dans un article publié par le Washington Post, l'éditorialiste Robert Samuelson revient sur les travaux d'économistes de Harvard, Stanford et de Berkeley montrant que, si l’ascension sociale des natifs des années 40 était une réalité pour 90% de la population, ce chiffre ne cesse de baisser pour atteindre un niveau proche de 50% aujourd’hui. Les enfants parviennent de plus en plus difficilement à dépasser le niveau des revenus de leurs parents. Comment traduire cette réalité économique en termes politiques, en quoi cette tendance peut-elle expliquer les bouleversements politiques connus lors de ces dernières années ? 

 
Christophe Bouillaud : Cette évolution est la conséquence inévitable d’une économie qui se transforme moins vite et moins positivement que dans les années fastes de l’après-guerre, et qui, en plus, doit affronter les conséquences des choix erronés ou risqués des générations précédentes (par exemple, le coût du démantèlement des centrales nucléaires en France).
La difficulté grandissante des enfants au fil des décennies à dépasser le niveau économique de leurs parents est donc un effet de structure, mais il est probable qu’il ne soit pas vécu ainsi par les individus concernés. Et même d’ailleurs, s’ils savent qu’ils sont victimes d’un effet de structure, je doute que les personnes concernées en soient consolées en quoi que ce soit. En effet, cette absence de mobilité ascendante, correspondant à une stagnation ou à une baisse des revenus, ne peut que diffuser un état d’esprit pessimiste, ou même rancunier, dans la société. Celui-ci finit par être exploité par des forces politiques émergentes qui promettent de remettre les choses en bon ordre, de « rendre sa grandeur à l’Amérique » pour prendre l’exemple américain. La mobilité ascendante des groupes issus des immigrés les plus pauvres peut aussi être mal vécue par ceux qui descendent.
 
Cet effet radicalisant du déclassement d’un groupe social n’est en fait pas nouveau : le « poujadisme » des années 1950 était déjà largement lié à une telle crise statutaire. Ce qui est nouveau, c’est la largeur des groupes sociaux concernés désormais. 
 
Joël Hellier : Les évolutions de revenu qui sont à la base de vos remarques se sont faites en deux temps. Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, ce sont principalement les personnes faiblement qualifiées des classes populaires qui ont connu des diminutions de revenu (aux Etats Unis et en Grande Bretagne) ou une montée du chômage (en Europe continentale de l’Ouest). Puis, à partir du milieu des années quatre-vingt-dix aux USA et un peu plus tard pour une grande partie des autres pays avancés, ce sont les classes moyennes qui ont été particulièrement touchées, avec une stagnation et même des baisses de revenu. Ce phénomène est ce que les économistes appellent la « polarisation du marché du travail », où les revenus et qualifications les plus faibles connaissent une légère amélioration (sans toutefois rattraper les pertes précédentes), les revenus les plus hauts (top-10% et surtout top-1%) une forte croissance, alors que les travailleurs intermédiaires, c’est à dire les classes moyennes, voient leur situation se dégrader. En combinant ces deux phases on voit clairement que la détérioration de la situation touche maintenant une majorité de ceux qui travaillent, particulièrement aux Etats Unis. Enfin, la forte diminution de l’ascension des revenus d’une génération à l’autre se fonde sur deux évolutions. D’une part, la baisse très sensible de la croissance du revenu moyen (revenu par habitant) dans les pays avancés depuis les années soixante qui diminue la probabilité de faire mieux que ses parents ; d’autre part, la captation par une très faible partie de la population (top 10% et, encore plus nettement, top 1%) de la quasi-totalité de cette croissance.  
 
Or, dans une démocratie, lorsque la majorité s’appauvrit, cela ne présage rien de bon. Depuis Platon et Aristote, on sait qu’une population en colère est perméable aux discours démagogiques et peut élire ceux qui la portent. On a peut-être oublié que la montée des fascismes dans les années trente s’est nourrie de l’appauvrissement des classes moyennes lié à la grande crise. D’une certaine façon, un appauvrissement pérenne d’une majorité de la population et une forte montée des inégalités est incompatible avec la démocratie. D’une part parce que la majorité qui s’appauvrit tend à rejeter le système et les élites économiques. D’autre part parce qu’une trop grande inégalité est contradictoire avec le fondement même de la démocratie : la liberté dans l’égalité des droits. La montée des inégalités économiques et la reproduction familiale des élites s’opposent à l’égalité des droits. 
 
 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 09/08/2018 - 09:15 - Signaler un abus Ne surtout pas s'exprimer clairement !

    Voici un article qui traite d'un sujet très important, qui préoccupe beaucoup les abonnés d'Atlantico ! Mais qui ne va, en aucun cas, vous aider à comprendre : les auteurs n'ont pas le courage de nommer les phénomènes ! Que s'est-il passé en 1980 ? La Social-Démocratie, qui avait assuré le succès des Trente Glorieuses, a été remplacée par un système, entièrement différent : le Libéralisme. Mais la quasi totalité des français ne s'est pas rendu compte de l'importance du changement. Et cela pour une excellente raison : les médias se sont bien gardés de nous l'expliquer. Cet article est dans cette ligne : ne surtout pas s'exprimer clairement !

  • Par Ganesha - 09/08/2018 - 09:22 - Signaler un abus Urgence

    La grande question, c'est : nous sommes nous rendus compte de ce qui se passait, aurions-nous pu donner notre avis en votant ? La réponse est, très clairement : Non ! Souvenez-vous des campagnes électorales de Chirac, Sarko, Hollande, Macron : ont-ils annoncé clairement leur programme ? Le slogan de Chirac, c'était ''la Fracture Sociale'', celui de Hollande, c'était ''Mon ennemi : la Finance !''. Ont-ils agit en conséquence : non, ils ont fait exactement le contraire ! L'urgence désormais, c'est de briser la ''Loi du Silence''. C'est pourtant ce qu'essaie encore de réaliser cet article. L'urgence, c'est surtout de cesser de voter pour ces pourritures que sont le Parti Socialiste et les Ripoublicains. Êtes-vous intéressés par l'avenir de la France, ou bien, vous sentez-vous tellement vieux, que cela n'a plus d'importance ?

  • Par bherry - 09/08/2018 - 10:45 - Signaler un abus Est-ce que les arbres montent

    Est-ce que les arbres montent jusqu'au ciel ? La croissance de la richesse produite est-elle infinie dans un monde fini ? Personne de sensé ne peut croire cela. A partir de la un débat idéologique n'a même pas lieu d'être. Quand nous aurons épuisé toutes les ressources non renouvelables nous serons plus humble.

  • Par guy bernard - 09/08/2018 - 10:53 - Signaler un abus ça paye bien, les fast-food ?

    Je schématise mais si nous n'avons plus que des emplois de fast-food, il est normal que les salaires baissent. il y a des conséquences à perdre nos industries, notre commerce et nos sièges sociaux et, par exemple, à ne pas se robotiser. surtout qu'on peut comptablement remplacer un actif bien payé par 2 chômeurs à l'allocation minable. tout cela relève de la politique de l'etat qui décourage la production et qui gère macro économiquement dans son intérêt.

  • Par kelenborn - 09/08/2018 - 11:06 - Signaler un abus C'est à pleurer

    Des articles aussi excellents qui vont attirer 25 commentaires au plus ( mystère sur le nombre de lecteurs) quand sur Causeur/Louseur, la moindre merde peut faire 800 posts!! Il y a un problème mr Ferjou et votre aveuglement fait peine à voir ! Vous ne lisez jamais votre propre journal ?

  • Par john mac lane - 09/08/2018 - 12:03 - Signaler un abus @bhbery Est-ce que les arbres montent jusqu'au ciel ?

    La réponse est que la croissance n'est pas un jeu à somme nulle ni un arbre. La croissance est juste un jeu comptable N versus N-1. Elle ne dépend pas des réserves de matières premières, sauf en agrégat à la marge. La croissance est tirée par les besoins des individus. Et les besoins des homme sont sont infinis et l'homme a toujours envie de ce qu'il n'a pas. L'homme a épuisé la ressource du mammouth, du cheval, du charbon, et passera à la suivante. Une ressource n'existe que parce que l'homme l'a décrété. Nous n’exploitons pas 0.1% des matières physiques de la terre. Il reste de la marge d'ici la fin des ressources. Donc oui on fera encore de la croissance. Facebook ou Google, utilisent la ressource de la matière grise. La consommation Electrique du monde stagne et recule et pourtant nous sommes plus nombreux et plus d'utilisateurs.. Les arbres non, mais la croissance oui elle est toujours possible tant qu'il y aura des hommes...

  • Par ajm - 09/08/2018 - 12:04 - Signaler un abus Sources statistiques à produire.

    Trop de considérations sont mélangées dans cet échange et cela rend impossible des commentaires serieux dans le format imposé Atlantico. Néanmoins, j'aurai trouvé bien que les protagonistes de cet échange donne les sources de leurs informations, notamment sur les inégalités de revenus avant et après redistribution sociale et fiscale. On sait par ailleurs que les évolutions ne sont pas identiques dans tous les pays. D'ailleurs ce sujet a été évoqué de nombreuses fois sur le site où des données chiffrées contradictoires ont été échangées.

  • Par Ganesha - 09/08/2018 - 12:15 - Signaler un abus Kelenborn

    En total désaccord avec vous ! Au moins une ou deux fois par jour, je jette un coup d'oeil sur Causeur... et je suis à chaque fois consterné par l'extrême pauvreté des dialogues qu'on y trouve ! Profitant de la gratuité, on y lit principalement des conversations privées, des insultes, des jeux de mots vaseux. Sur des centaines de commentaires, pratiquement aucun argument intéressant sur le sujet de l'article ! Merci et longue vie à Atlantico ! Si vous en avez le courage, expliquez-nous les raisons de votre ''suicide'' ! Vous allez aménager dans un Ehpad où la wifi ne sera pas disponible ? Vous m'êtes sympathique et vous avez plusieurs fois pris ma défense contre des imbéciles et des malveillants. Une suggestion : restez, mais faites nous plus part de vos opinions politiques profondes !

  • Par ajm - 09/08/2018 - 12:16 - Signaler un abus Deux grands absents.

    Il.y a deux grands absents dans l'échange ci-dessus ce sont l'immigration et le travail des femmes. L'immigration est un phénomène majeur dans les pays occidentaux depuis les années 1970. L'arrivée massive de populations de niveau culturel généralement bas et ne parlant pas ou mal la langue du pays d'accueil a évidemment contribué à accroître les écarts : pression à la baisse des salaires des metiers peu qualifiés, chômage très important de ces populations, échec scolaire et baisse correlative du système scolaire ( effet collatéral sur la scolarité des enfants des milieux populaires de souche), quartiers "populaires " transformés en coupe-george, délinquance en fonction des territoires, inégalité majeure non évoquée dans l'echange ci-dessus.

  • Par ajm - 09/08/2018 - 12:25 - Signaler un abus Travail des femmes.

    Le deuxième absent dans le débat est le travail des femmes. Autrefois, dans les classes supérieures et , dans une moindre mesure, les classes moyennes, les femmes ne travaillaient pas. Aujourd'hui, dans les jeunes générations , elles travaillent , de surcroît dans des emplois de même niveau que leurs conjoints. Là où on avait un salaire au-dessus de la moyenne on en a deux : couple de cadre, professions libérales, de hauts fonctionnaires ..De plus les mariages ( ou assimilés ) se font de plus en plus au même degré socio-culturel, sans mélange, renforçant la primauté économique et culturelle des classes supérieures.

  • Par SD.. - 09/08/2018 - 13:09 - Signaler un abus Mélenchon ?

    Oui, j'arrive aux mêmes conclusions que l'article; et j'ai peur que Mélenchon ne passe la prochaine fois !!

  • Par Anouman - 09/08/2018 - 13:47 - Signaler un abus avenir

    C'est bien de se poser de grandes question mais encore mieux d'y répondre ce qui n'est pas le cas de cet article. Pas grand chose à tirer de cet article.

  • Par jurgio - 09/08/2018 - 14:18 - Signaler un abus Que vient faire ici le niveau de revenus ?

    On a déjà confondu souvent le niveau de vie et le pouvoir d'achat mais là on oublie leur différence. Je vois nos parents et leurs maison payées cher par rapport à celles d 'aujourd'hui qui ont tout : électricité (sans fusibles et prise de terre...) , machines à laver, liaisons numériques, appareils électroniques, meilleure isolation etc. pour un effort financier disons identique. Beaucoup d'anciens ne sont jamais sortis du pays quand leurs enfants (qui gagneraient moins) ont déjà fait à 25 ans le tour du monde... Il y a tout simplement un blocage de la société, la haute pression fiscale de pays surendettés, des dépenses d'aides sociales qui ne résolvent rien (avec le même argent, on prétend faire vivre un quart supplémentaire de population d'émigrés qui ont rarement un emploi décent).

  • Par zelectron - 09/08/2018 - 15:31 - Signaler un abus 10 millions de statutaires et collatéraux

    si on additionne les ponx, les assimilés, les élus, et la kyrielle des gens des futurs ex-nationalisées, on dépasse allègrement le chiffre ci-dessus . Tous ces petits malins ont bloqué l’ascenseur et ne sont pas prêts de le renvoyer..Quant au secteur 'libre" il se réduit comme une peau de chagrin !

  • Par pierre de robion - 09/08/2018 - 22:49 - Signaler un abus Tout fout le camp!

    "Soit elle refuse de s’annihiler les classes moyennes,...." De mon temps on disait "s'aliéner", mais ce doit être une effet de la "désascension"(sic) sociale

  • Par pierre de robion - 09/08/2018 - 22:50 - Signaler un abus @Ganesha

    Heureusement qu'il vous reste LREM! lol!!!!

  • Par Anguerrand - 10/08/2018 - 07:54 - Signaler un abus @ GANESHA le RN de gauche

    C’est du n’importe quoi, ou avez vous vu que nous avons vraiment changé de système économique après les « 30 « glorieuses? Les avez vous seulement vécu ? A cette époque on travaillait jusqu’ à 46 heures, le WE était pour retaper sa maison, et avec seulement moitié moins de vacances et de «  maladies « . Alors oui cette période a été enrichissante mais à quel prix ! De plus la majorité faisait des économies meme les plus petits salaires à la Caisse d’épargne puis en Assurances Vie maintenant tellement convoitées par l’état. On ne partait pas à l’autre bout du monde en vacances, et ne passions pas, grâce aux aides sociales 6 mois dans des pays où ces aides sont suffisantes pour vivre confortablement. Nous vivions SANS AUCUNES AIDES SOCIALES ce qui permettait à l’etat d’investir. Actuellement tout le peu d’énergie qui nous reste sont les loisirs. MITERRAND a embauché 1 million de fonctionnaires sans utilité. Voilà où votre politique RN - GAUCHO nous a mené. On ne se permettait pas de refuser 400.000 postes actuellement disponibles à pouvoir. On ne prenait pas le job qui nous plaisait mais un job disponible, voilà comment s’est fait ces 30 glorieuses, en travaillant !

  • Par edac44 - 10/08/2018 - 10:43 - Signaler un abus @ Anguerrand : A propos des trente glorieuses

    Va falloir revoir votre culture sur le sujet et pour vous y aider : ================================================================ http://bit.ly/2KH6Zcs ================================================================ Entre 1945 et 1973, le monde connaît une croissance forte. C’est ce que l’on a appelé les Trente Glorieuses, ce qui est un clin d’œil à l’histoire et aux Trois Glorieuses, à l’origine de la Monarchie de Juillet en 1830. Cette expression vient du titre que Jean Fourastié a donné à un livre publié en 1979, Les Trente Glorieuses ou la Révolution invisible de 1946 à 1975. ================================================================ Et à cette époque, on ne faisait pas d'économie, on empreintait pour acheter sa maison à des taux dont l'inflation allait rendre ridicules les échéances de remboursement. C'est à partir de 1973 (premier choc pétrolier) que les ennuis commencent et les déficits de la France vont commencer à sérieusement se creuser..

  • Par edac44 - 10/08/2018 - 10:46 - Signaler un abus @ correction Trente glorieuses : lire "emprunter" SVP Merci

    Ouf !... ces correcteurs automatiques d'orthographe sont parfois fantaisistes

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Joël Hellier

Joël Hellier est économiste et enseigne à l'Université de Nantes et de Lille 1. Ses travaux portent sur la macroéconomie des inégalités, l'économie de la mondialisation, l'éducation et la mobilité intergénérationnelle et l'économie du travail.
 

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