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Auriez-vous pu être un tueur en série ? Les nouvelles réponses des scientifiques sur ce qui produit un monstre

Si des anomalies chromosomiques ou génétiques peuvent favoriser le passage à l'acte, elles n'en sont pas la cause première. Étude après étude, force est de constater qu'on ne naît pas tueur en série, mais qu'on le devient, et que chacun d'entre nous aurait donc pu l'être.

Folie criminelle

Publié le - Mis à jour le 4 Mars 2016
Auriez-vous pu être un tueur en série ? Les nouvelles réponses des scientifiques sur ce qui produit un monstre

Atlantico : Des scientifiques ont trouvé des anomalies chromosomiques chez certains tueurs en série, une faible activité dans le cortex orbital qui pourrait conduire à un comportement psychopathique et un gène connu comme le gène guerrier qui pourrait également jouer un rôle dans le comportement des psychopathes. Tous ces éléments induisent que les tueurs en série seraient physiquement différents des personnes normales. Selon vos recherches, devient-on ou naît-on tueur en série ?

Nadia Fezzani : D'abord, il faut préciser que le sujet de l’étude n’est pas nouveau; cela fait un certain temps que les tueurs en série fascinent et que l'on cherche des causes scientifiques à l'existence de ce genre de monstre.

 

Mais on ne nait pas tueur en série, on le devient.

 

Les anomalies chromosomiques et génétiques qui sont observées chez certains tueurs en série sont bien réelles, mais elles ne sont pas présentes chez tous ces individus.

 

De plus, ces anomalies chromosomiques et génétiques sont aussi observées chez des individus qui ne sont absolument pas des tueurs en série, donc elles ne sont pas déterminantes. Elles peuvent faire en sorte qu’une personne soit plus agressive que la normale, par exemple, mais elle n’est pas la raison pour laquelle une personne passe au meurtre. En tout cas, rien n'a jusqu'ici été scientifiquement prouvé.

 

Ces mêmes scientifiques ont aussi mis en évidence qu'un abus ou un traumatisme qui a eu lieu dans son enfance peut être favorable au développement d'un tueur en série. Selon vos recherches, pensez-vous que cette hypothèse soit plausible ?

Oui, tout à fait.

 

Les cerveaux de tueurs en série se développent différemment au cours de leur croissance, suite à une série de traumatismes violents qui n'ont pas été pris en charge par une structure psychologique adaptée. Il peut s'agir d'abus sexuels, d'enfants battus, d'adoptions qui se passent mal et fait que l'individu se sent rejeté, de harcèlement scolaire, etc...

 

Par exemple, le tueur en série Gary Grant (qui a commis 4 meurtres, 2 adolescentes et 2 jeunes garçons) a été victime d'abus sexuels de la part de sa mère, son père est parti de la résidence, et il était aussi victime de harcèlement à l'école. Quant à Joel Rifkin, qui a tué 18 femmes entre 1989 et 1993 à New York, son adoption ne s'est pas bien passée. Son père adoptif l'a totalement rejeté alors qu'il adorait sa sœur, elle aussi adoptée. Rifkin marchait toujours le dos courbé, portait des pantalons trop courts pour sa taille, était très introverti; il se faisait  violemment harceler à l'école à cause de tout ça, ses camarades allant jusque lui mettre la tête dans les toilettes.

 

Tous les enfants et les adolescents qui subissent des traumatismes même violents ne deviennent pas des tueurs en série. Qu'est-ce qui fait que certaines personnes passent à l'acte et d'autres non ?

Chaque personne réagit différemment aux mêmes événements. Certaines sont plus fortes que d’autres pour certaines choses, et vice versa. Personne n’est pareil.

 

La série de traumatismes subie pendant l'enfance ou l'adolescence par les tueurs en série sont des traumatismes qui leur enlève toute confiance en soi. Et donc, si l’enfant victime n'est pas pris en charge psychologiquement à temps et n'arrive pas à gérer ses traumatismes, alors il a de très fortes chances d’avoir des problèmes psychologiques : il peut devenir renfermé et s’isoler, être agressif envers les gens en général, devenir un conjoint violent, et, dans ce cas-ci, devenir un tueur en série. Pour ces individus, tuer quelqu'un leur redonne une confiance en soi temporaire et extrême; ce sont eux qui décident si la victime souffre ou ne souffre pas, si elle meurt ou si elle survit. 

 

Et ce sentiment éprouvé pendant le meurtre est tellement puissant et tellement régénérant que, comme pour une drogue dure par exemple, le tueur ne peut plus s'en passer. Tuer devient alors une véritable addiction.

 

Que se passe-t-il dans la tête d'un tueur en série lorsqu'il passe à l'acte ?

À moins de faire partie de rares tueurs en série psychotiques - avec des problèmes de schizophrénie, par exemple -   ils savent très bien qu’il ne doivent pas agresser et tuer, mais ils le font quand même.

 

Comme dans le cas de dépendance aux narcotiques, ils ne peuvent pas s’arrêter.

 
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  • Par Gré - 02/03/2016 - 22:34 - Signaler un abus "les tueurs en série ne

    "les tueurs en série ne changeront pas; ils ont leur cerveau formé d’une façon (psychopathie) qui ne se modifiera plus" -------------- Comme quoi, ceux qui libèrent ce genre de personnes "pour leur donner une seconde chance" sont bel et bien coupables des meurtres ensuite commis par ces personnes. C'est bon à retenir.

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Nadia Fezzani

Nadia Fezzani est journaliste, auteure du livre "Mes tueurs en série", édité aux éditions de l'Homme.

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