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Attention sujet piégé : la droite peut-elle (ne pas) intervenir dans le conflit social ?

Alors que la contestation autour de la loi Travail s’organise à gauche, la droite peine à se présenter comme un véritable pôle d'opposition, notamment sur ce débat.

Dilemme

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Attention sujet piégé : la droite peut-elle (ne pas) intervenir dans le conflit social ?

La première journée de contestation de la Réforme du marché du travail a lieu cette semaine. La droite doit-elle intervenir dans le conflit social selon vous ? Ne risque-t-elle pas de se mettre à dos son électorat classique en le faisant ? (il y a également le risque d’apparaître cynique après avoir soutenu le programme de “purge” de Fillon)

Jérôme Fourquet : Habituellement la droite est assez peu encline à venir en soutien dans des mobilisations sociales organisées par des syndicats comme la CGT.

Elle est d'ailleurs souvent à l'origine de mouvements lorsque la droite est au pouvoir. La droite peu se mobiliser et soutenir des protestations comme des manifestations de policiers, de professeurs libéraux ou d'agriculteurs, des clientèles électorales acquises. Ce serait très étonnant qu'au regard de ces habitudes il en soit ainsi.

Ensuite, sur le dossier même de la réforme du code du travail, on constate qu'une bonne partie des mesures qui ont été prises sont des mesures qui ont été soutenues et proposées par la droite classique. Il serait difficilement défendable intellectuellement et politiquement de jeter de l'huile sur le feu et de contester ces réformes.

Enfin, quand on regarde les enquêtes d'opinions, on constate que l'électorat de droite est majoritairement favorable à ces réformes. Sur ce font, il y a une très forte convergence de point de vue entre la droite et la République En Marche. Ces mesures vont dans le bon sens. Sachant qu'en plus, LREM poursuit un agenda de réforme libérale qui est depuis longtemps l'alpha et l'oméga des programmes économiques de la droite. Cette confusion et cette proximité s'explique et se redouble par le fait que des représentants des Républicains sont aujourd'hui en charge de ces réformes. On voit mal comment la droite pourrait venir en soutien à la CGT. Ce serait se mettre en porte à faux son électorat qui est majoritairement favorable à ses réformes. 

Maxime Tandonnet : Les Républicains ne peuvent pas se permettre de jouer la politique du pire face aux réformes prévues par les ordonnances. Ce serait suicidaire et contradictoire par rapport à leur discours habituel. Les français sentiraient bien la politique politicienne et le désir d’utiliser le conflit pour affaiblir le gouvernement. Quel que soit l’issue ils en sortiraient affaiblis. Si les ordonnances passent, ils seront dans le camp des vaincus, avec le fn et la gauche radicale. Le gouvernement apparaîtra comme seul contre tous ayant atteint ses objectifs. Si, à la suite d’une grave crise de société, le gouvernement est obligé de reculer, ce ne sont pas les Républicains qui apparaîtront comme les vainqueurs, mais bel et bien la rue et le parti de gauche et les socialistes.

Selon un sondage Elabe pour BFM TV, 39% des français estiment qu'aucun mouvement politique n'incarne le mieux l'opposition en particulier. Ils sont 9%  à penser que les Républicains l'incarnent. Faut-il voir ici l'occasion pour la droite d'incarner l'opposition ?

Maxime Tandonnet : Non, il faut raisonner à terme, ce n’est jamais une bonne chose d’apparaître comme étant dans le camp de la démagogie. La France a besoin de réformes profondes. Même si l’on ne partage pas entièrement le point de vue du gouvernement sur les réformes, la droite n’a rien à faire du côté des extrêmes. Elle ne devrait pas prendre part à une bataille frontale contre des réformes qui certes ne règlent pas tout, mais qui vont tout de même sur certains points dans un sens favorable. Peut-être qu’une majorité de Français est opposée à cette réforme. Mais il faut réfléchir et agir avec une perspective de long terme, et non pas d’aller dans le sens du vent le jour le jour. Il faut penser à l’après. Si cette réforme échoue, sous le poids de la rue, il est clair qu’une étape supplémentaire sera franchie dans la voie d’un pays de plus en plus ingouvernable et impossible à réformer. Si un jour les Républicains accèdent au pouvoir, comment pourront-ils proposer des changements beaucoup plus conséquents, s’ils se sont opposés à des réformes d’inspiration libérale ? Une attitude d’obstruction systématique serait incompréhensible et fatale pour l’avenir à terme de la droite républicaine. Il faut regarder les choses avec une vision de long terme par-delà les aléas du jour le jour et des calculs politiciens.

 
Commentaires

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  • Par Poussard Gérard - 11/09/2017 - 08:33 - Signaler un abus La droite doit proposer daller plus loin

    Exemple suppression des 35 heures, financement des syndicats et surtout defiscalisation des heures supplémentaires Mais ces points peuvent etre debattus a l'assemblée nationale. autre thème augmenter la Tva qui est une taxe plus juste que la Csg, car qui consomme paie et les produits importés seront touchés. ..Ras le bol du matraquage fiscal

  • Par Ganesha - 11/09/2017 - 09:54 - Signaler un abus Révolution ?

    Il semble malgré tout probable que ces ordonnances vont être votées et appliquées : nous verrons bien, dès ce mardi 12, si une ''grande révolution'' démarre en France ! Dans le cas contraire, Mélenchon en sortira très affaibli ! Il faut, malheureusement attendre au moins six mois, et à ce moment-là, en fonction des premiers résultats, les partis d'opposition pourront présenter leurs alternatives !

  • Par vangog - 11/09/2017 - 10:50 - Signaler un abus Code du travail Suisse: 100 pages!

    Code du travail socialiste français, ajouté des nouvelles pages contraignant l'économie digitale, et des nombreux arrêts: environ 4000 pages! Remplacer l'un par l'autre eut été une vraie "réforme libérale"...mais Macron est socialiste...il fait du cosmétique!

  • Par Liberte5 - 11/09/2017 - 22:44 - Signaler un abus @vangog 100% d'accord avec vous.

    Libérer les énergies pour libérer l'économie.On n'a pas trouvé mieux pour remettre ce pays d’aplomb. Le temps presse.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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