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Attention débat inflammable : les 5 points à prendre en compte pour se forger un avis sur ce que provoquerait réellement une sortie de la zone euro

A l'occasion des fêtes, Atlantico republie les articles marquants de l'année qui s'achève. En février, Philippe Crevel et Jean-Pierre Gérard analysait l'impact économique d'une sortie de la zone euro.

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Attention débat inflammable : les 5 points à prendre en compte pour se forger un avis sur ce que provoquerait réellement une sortie de la zone euro

Article initialement publié le 26 Février 2017
 

Atlantico : Des entreprises du CAC 40 ou des classes moyennes françaises, qui paierait vraiment une sortie de l'euro ?

Philippe Crevel : Les entreprises du CAC 40 sont des entreprises mondiales qui tirent une part non négligeable de leurs revenus de leurs exportations et de leurs filiales installées à l’étranger et en premier lieu au sein de la zone euro.

Elles sont par ailleurs importatrices de nombreux biens intermédiaires, de matières premières et d’énergie. Elles seraient, de ce fait, pénalisées par une sortie de la France de la zone euro, sortie qui aurait pour conséquence une implosion du système européen, et en premier lieu de son système financier. Elles seraient confrontées à des coûts de change, et surtout à de fortes variations au niveau des monnaies ce qui compliquerait l’organisation des échanges. La France, qui compte plus que l’Allemagne de grandes entreprises, serait fortement pénalisée. Par ailleurs, les coûts de production augmenteraient du fait du renchérissement des importations provoqué par la dépréciation de la nouvelle monnaie nationale. Certes, les exportations seraient favorisées sous réserve que l’outil de production puisse répondre à la demande. Il n’est pas impossible que la fin de l’euro provoque une guerre commerciale qui aboutisse à une forte réduction des exportations. En outre, il ne faut pas oublier que 50 % de la capitalisation du CAC 40 est détenu par des non-résidents qui ne souhaiteront pas conserver des titres exprimés dans une monnaie en perte de vitesse et représentant des sociétés d’un pays en déclin économique. Il en résultera un manque de capitaux pour les grandes entreprises qui devront se tourner vers le crédit, qui sera sans nul doute encadré.

Les classes moyennes seront touchées au niveau de leur travail. Plus d’un quart des salariés français travaillent pour l’exportation et risquent donc de voir leur activité mise à mal. Leur pouvoir d’achat sera amputé du fait que les importations coûteront de 20 à 40 % plus chères. Par ailleurs, l’inflation, qui sera plus élevée, rognera leurs salaires - qui ne seront pas indexés - et la valeur de leur patrimoine. Du fait que les banques devront faire face à une réduction drastique de leurs fonds propres, l’accès au crédit sera compliqué d’autant plus que les taux d’intérêt pourraient atteindre plus de 7 %. En effet, pour obtenir des devises et des capitaux étrangers nécessaires pour régler les importations, la Banque de France devra maintenir des taux élevés. L’assurance-vie sera bloquée car face à un tel choc obligataire, les compagnies d’assurance seront confrontées à un problème de solvabilité. Le nouveau gouvernement devra faire usage du dispositif de la loi Sapin II.

Enfin, il sera plus difficile et coûteux de voyager à l’étranger. Un carnet des changes comme dans les années 1980 pourrait être institué pour limiter les achats de devises.

Jean-Pierre Gérard : Il faut bien avoir conscience que le CAC 40 ne représente qu'un indice. D'une part, sa composition repose sur 40 entreprises dont l'appartenance varie dans le temps. Depuis sa création en 1987, seules 14 de celles qui en faisaient partie à l'époque, y sont encore. Par ailleurs, toutes ces entreprises aujourd'hui sont fortement internationalisées : leur activité, d'après les derniers chiffres fournis, est faite à au moins 60 % en dehors de France, et très vraisemblablement une part encore plus importante des résultats.

 
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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Jean-Pierre Gérard

Jean-Pierre Gérard est un Chef d’entreprises.

Ancien membre du Conseil de la Politique Monétaire, il est Président du club des N°1 mondiaux français à l'exportation.

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