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Attentats contre le Hezbollah à Beyrouth : pourquoi cette attaque semble marquer un changement de stratégie de l'Etat islamique

Une journée de deuil national était observée, vendredi 13 novembre au Liban, après le double attentat à la bombe dans un quartier du sud de Beyrouth, qui a fait au moins 43 morts et 239 blessés, selon un dernier bilan officiel. Les deux attaques sont revendiquées par l’organisation djihadiste de l'Etat islamique, et diffèrent du mode opératoire habituel du groupe.

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Attentats contre le Hezbollah à Beyrouth : pourquoi cette attaque semble marquer un changement de stratégie de l'Etat islamique

Cette attaque diffère du mode opératoire habituel de l'EI. Crédit Reuters

Atlantico : L'EI a revendiqué l'attentat du jeudi 12 novembre à Beyrouth qui a causé la mort de plus de quarante personnes. Pourquoi avoir commis cet attentat ?

Alain Rodier : Il est possible que la stratégie de Daesh soit en train de changer. A savoir que, jusqu'à présent, le mouvement salafiste-djihadiste concentrait tous ses efforts sur le front syro-irakien tentant de faire vivre "l'État" qu'il s'efforce de bâtir.

Mais, depuis des semaines, il rencontre de sérieuses difficultés en Syrie puis, maintenant en Irak avec l'offensive lancée par les forces kurdes sur la ville stratégique et symbolique de Sinjar (au nord-ouest). Mener des opérations terroristes à l'étranger (en dehors de son "berceau syro-irakien) peut être une tentative de desserrer l'étau auquel il est soumis et surtout, à faire parler de lui "positivement".

Il ne faut pas oublier qu'il est en "compétition" avec Al-Qaida "canal historique" au moins au niveau de la notoriété. C'est important pour lui car il est très dépendant des flux de volontaires étrangers qui viennent renforcer ses rangs. Il convient de ne pas oublier qu'il tente de faire venir à lui les djihadistes et pas d'en envoyer vers l'extérieur.

En quoi cette attaque diffère-t-elle du mode opératoire habituel de l'EI ?

Jusqu'à présent, Daesh n'envoyait pas d'activistes mener des actions à l'extérieur du front syro-irakien si l'on excepte ses "provinces" (wilayat) de Libye, du Sinaï, du Khorasan (Afghanistan-Pakistan-Inde) ou du Nigeria (wilayat de l'Afrique de l'Ouest). D'ailleurs, les deux attentats dirigés contre des touristes en Tunisie (Sousse et le musée du Bardo à Tunis) étaient le fait de la wilayat libyenne. En conséquence, Daesh se félicitait de toutes initiatives individuelles ou collectives venant de quelques adeptes qui décidaient de passer à l'action. De manière à susciter des "vocations", il abreuvait les réseaux sociaux de propagande appelant au meurtre et expliquant les méthodes (généralement simples) à utiliser. La revue DABIQ est assez représentative de cette démarche qui mettait Daesh nettement en avance sur Al-Qaida "canal historique" même si ce mouvement procède de même à travers des publications dont la plus connue est INSPIRE. Mais je rappelle que le dernier attentat structuré survenu en France, celui dirigé contre Charlie Hebdo, était l'oeuvre de la banche yéménite d'Al-Qaida "canal historique". Daesh avait donc, dans ce domaine, un certain retard sur la maison mère.

S'agit-il d'un changement de stratégie de Daesh ? Est-ce lié à sa situation sur le terrain ?

Il est encore un peu tôt pour parler de changement fondamental de stratégie. Si Daesh est bien derrière l'attentat de Charm el-Cheikh (ce qui est plus que probable) et celui de Beyrouth (c'est certain), il est évident que le phénomène risque de se répéter ailleurs. Malheureusement, le proche avenir devrait nous éclairer dans ce domaine. Cela dit, le Hezbollah libanais a déjà été la cible d'attentats terroristes, notamment en 2013/2014. Mais il semble que l'organisation qui était derrière était le bas armé d'Al-Qaida "canal historique" en Syrie, le Front al-Nosra. Il avait alors agi via une extension libanaise d'Al-Qaida : les brigades Abdullah Azzam. On note là une certaine coordination menée depuis le commandement central de la nébuleuse basé à cheval sur la frontière afghano-pakistanaise.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 13/11/2015 - 19:01 - Signaler un abus changement de stratégie. ...

    Changement de stratégie. ... pour moi leur unique strategie consiste a massacrer des civils innocents à coup de bombes.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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