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Athènes face à l'Eurogroupe : pourquoi aucun libéral ne peut cautionner ce que l'Europe impose à la Grèce

Etre un libéral cohérent, ce n'est pas considérer que marche ou crève est une devise, ce n'est pas tout mettre sur le dos de la Grèce et encore moins collectiviser les pertes d'un pays allié.

La Grèce, hélas

Publié le - Mis à jour le 2 Juin 2017
Athènes face à l'Eurogroupe : pourquoi aucun libéral ne peut cautionner ce que l'Europe impose à la Grèce

Au début, j’ai fait comme tout le monde. Partant du principe que la Grèce avait été gérée longtemps par des socialistes et des dépensolâtres étatistes de la pire espèce (le genre mitterrandiens du Pas-de-Calais, mais en plus clientélistes encore), je n’ai pas été scandalisé par ses premiers déboires, vers octobre 2009. A cette époque, une petite intervention orale de la BCE aurait suffi à tuer la spéculation sur les taux d’intérêt dans l’œuf, mais que voulez-vous, je confesse un esprit parfois mesquin et revanchard.

Par contre, en tant que libéral à peu près cohérent, je n’ai pas aimé du tout la suite des évènements, surtout lorsqu’ils sont analysés par la presse aux ordres comme la résultante de "pressions libérales". 

Scandale n°1 : assister, les bras ballants, à une chute verticale des dépôts, de la monnaie, de M3, en un mot : à chute du PIB nominal, puis à une chute logique du PIB réel. Ce n’est pas ça le libéralisme dans une union monétaire, c’est plutôt la définition de la lâcheté, du jem’enfoutisme et du chacun chez soi. Soit dit en passant, il s’agit d’une punition qui dépasse toutes les erreurs monétaires criminelles de la FED des années 1930, et qui disculpe en grande partie les grecs eux-mêmes dans la mesure où même les isolats dictatoriaux et protectionnistes ne subissent pas de telles raclées :

Ceci est rigoureusement incompatible avec les écrits de Milton Friedman, par exemple. Il aurait fallu acheter de la dette hellène par QE massif dès 2010, accepter soit une dévaluation de 50%, soit un policy-mix archi-accommodant sur plusieurs années, soit une remise ambitieuse des dettes (pas un défaut dans les grincements de dents, nan : une remise des dettes), et tant pis pour l’aléa moral, on ne discute pas de la prévention du prochain incendie quand la maison brûle. 

Au lieu de cela, on a commencé par ne rien faire, puis on les a "aidés" avec des prêts à 4,5%/an (en pleine chute verticale de leurs revenus !! autant les flinguer), puis on leur a fait la bonne leçon de la conditionnalité (leçons qu’on n’ose plus proposer de nos jours aux pires satrapes africains), puis on n’a pas du tout lié les aides à la Grèce à ce que l’Allemagne recevait au même moment au titre du "flight to quality" (solidarité, quand l’Allemagne se refinance en dessous de 0%, mon œil !), puis on a exigé des grecs des hausses de TVA au pire moment (rien de plus stupide), tout en trafiquant à chaque étape les prévisions de croissance et d’inflation, et en faisant tout jusqu’en 2014 au moins pour promouvoir un euro trop cher (voir plus loin). Je passe sur le scandale du corralito imposé à Chypre, et autres sales coups périphériques, alors que les grecs ont globalement "fait le bouleau" dans ce marché de dupes, en dépit de tous les vents contraires : retour aux excédents (essayez, quand vos revenus chutent d’un quart, d’en faire autant !), réformes absurdes des marchés (je ne sais pas s’ils ont libéralisé les trajets de bus comme chez nous, mais quand la base monétaire s’effondre de 50% en 5 ans je ne vois pas bien le rapport), etc.  

 
Commentaires

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  • Par moneo - 30/05/2017 - 09:24 - Signaler un abus concrètement?

    on fait quoi? ça coûte combien? qui paie ?comment?

  • Par Ganesha - 30/05/2017 - 10:49 - Signaler un abus En résumé

    En résumé : Angela Merkel est une criminelle qui mène une guerre absurde et obscène contre le reste de l'Europe, et qui n'a en face d'elle que des larves répugnantes ! Et le programme de Marine Le Pen au second tour était le seul réaliste !

  • Par JeanBart - 30/05/2017 - 11:34 - Signaler un abus Superbe papier!

    comme le citait Charles Gave : " Les Allemands torturent les Grecs pour que les Italiens entendent leurs cris"

  • Par OLYTTEUS - 30/05/2017 - 13:11 - Signaler un abus Merci M.Mucherie

    Enfin un économiste qui s'insurge du sort funeste fait au peuple grec! Par un proche qui vit en Grèce, je sais que les Grecs ne développent plus que le marché noir. Le désespoir du peuple est visible. Est-ce cela la solidarité???

  • Par Totor Furibard - 30/05/2017 - 19:17 - Signaler un abus Bonne analyse, mais quoi de neuf ?

    Depuis le tout début les vrais économistes tirent la sonnette d'alarme. Même le FMI dénonce depuis 2 ans cette mascarade infâme qui n'a protégé que les pertes des riches et des puissants (les banques privées) en écrasant la Grèce. N'est-ce pas là le signe évident que l'UE doit être reconstruite entièrement ? que l'euro groupe doit être dissout ? N'est-ce pas là le signe que la France ferait mieux de quitter l'Euro et l'Euro groupe bien sûr quand elle peut encore le faire de façon ordonnée, avant de se faire dominer et soumettre par l'Allemagne ? Car nous aussi nous souffrons d'une surévaluation importante de l'Euro qui ne profite QUE à 2-3 pays dont bien sur l'Allemagne.

  • Par Deneziere - 31/05/2017 - 08:13 - Signaler un abus Snif, snif

    On ne peut pas le cautionner, mais de là à verser des larmes de crocodile sur la Grèce... Un libéral a le culte de la responsabilité individuelle, et il va donc vous dire que les grecs récoltent ce qu'ils ont semé. Quant aux leçons pour la France, il y en a deux : 1/ Le monétaire est là pour soutenir l'économie et l'emploi, pas pour financer les incuries budgétaires étatiques et 2/ Voilà ce qu'il en coûte d'élire des gouvernements menteurs, démagogues et incompétents. Et dans les deux cas, il est normal que le peuple paye, au moins dans une certaine mesure, puisque c'est lui qui a fait ce choix. Je concède, cependant, qu'il faut trouver un juste milieu entre l'acharnement allemand et les jérémiades socialo-démagogues du sud.

  • Par hermet - 31/05/2017 - 09:03 - Signaler un abus Sauvons l'Europe !

    Il faut un nouvel ordre monétaire en Europe, c'est évident, l'Euro est la monnaie des multinationales, des banques et des rentiers (les vieux retraités), or un continent qui sacrifie sa jeunesse, son avenir pour ses vieux est mort, il est urgent d'agir et j'en veux beaucoup à MLP on ne sort pas de l'Euro, on ne fait pas un Frexit dans une union monétaire librement consentie : on négocie avec tous ses partenaires et on va vers un nouvel ordre monétaire en Europe et non un retour au Franc, mais des monnaies plus proche des peuples et de leur économie et la dessus tous le monde est d'accord : en secret les pays d'Europe du nord rêve d'une EuroMark, les italiens et les grecs l'ont compris, l'Euro est en train de détruire l'Europe il serait temps que les Eurolâtres s'en rendent compte mais faut pas rêver ce sont des démagogues idéologues.

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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