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L’Asie qui décolle, l’Afrique qui stagne : mais comment expliquer des destins aussi différents à l’heure de la mondialisation ?

Quelles sont les causes d'une telle divergence entre les deux continents, notamment du point de vue de la démographie ?

Un grand écart

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L’Asie qui décolle, l’Afrique qui stagne : mais comment expliquer des destins aussi différents à l’heure de la mondialisation ?

Le graphique ci-dessous révèle un impressionnant croisement des revenus par habitant des continents africain et asiatique au cours de ces dernières décennies. Quelles sont les causes d'une telle divergence entre les deux continents, notamment du point de vue de la démographie ?

 

 
Laurent Chalard : Avant de commenter le graphique, il convient de rappeler qu’il ne porte pas sur l’évolution globale de l’économie de ces continents, mais sur l’évolution du revenu moyen par habitant par rapport à la moyenne mondiale. Le graphique ne signifie donc nullement que le revenu moyen par habitant en Afrique a diminué depuis les années 1950, mais qu’il a progressé moins vite que dans le reste du monde, alors qu’en Asie, il a augmenté bien plus vite, tout en demeurant toujours inférieur à la moyenne planétaire à l’heure actuelle. 
Les principales causes de ces divergences d’évolution sont de deux ordres.
La première relève logiquement de l’économie, les pays asiatiques ayant connu une croissance économique bien plus importante sur l’ensemble de la période étudiée que les pays africains. Or, qui dit forte croissance économique, dit mécaniquement hausse sensible des revenus. Cependant, une seconde cause joue un impact non négligeable dans cette évolution, l’explosion démographique. En effet, le graphique portant sur le revenu par habitant, la plus forte augmentation de la population en Afrique l'a pénalisée, obérant les gains d'une croissance économique modérée, d'autant que le continent partait d'un niveau de population originel relativement bas, ce qui n'était pas le cas de l'Asie, déjà très peuplée dans les années 1950. Par ailleurs, il convient de rappeler qu'avant les indépendances, la présence démographique européenne, bien que très minoritaire, jouait à la hausse sur le revenu moyen des habitants en Afrique, comme par exemple en Algérie ou au Zimbabwe.
 

Quel est le poids de l'histoire sur ces deux tendances ? Quelles sont les causes "historiques" permettant de comprendre l'écart qui les sépare ? 

 
L’histoire politique contemporaine de ces deux continents joue aussi un rôle important dans les disparités d’évolution du revenu
moyen par habitant, et plus particulièrement la question de la structuration des Etats. En effet, en Asie, la majorité des Etats correspondent à des entités historiques fortes, qui ont une identité multiséculaire (la Chine, la Corée, l’Inde, l’Iran, le Japon, la Thaïlande…) et dont le poids démographique était, bien souvent, déjà important en 1950, deux facteurs qui leur ont permis de conserver un minimum d'indépendance vis-à-vis de l'Occident et donc de mener des politiques économiques à leur guise. Par contre, en Afrique, la situation apparaît très différente. Les Etats africains sont dans leur quasi-totalité (à l’exception notable de l’Egypte) des créations artificielles du colonisateur, sans identité forte, avec à l'origine des poids démographiques très faibles, d'où une dépendance totale aux modèles économiques occidentaux. Ces pays n’ont pas pu mener une politique de développement économique qui leur aurait été favorable, d’autant plus que le départ des colons européens a eu un effet déstabilisateur sur l'économie africaine car c'est eux qui assuraient son encadrement.
 

D'un point de vue plus contemporain, en quoi les stratégies économiques développées ici et là peuvent également apporter des éléments d'explication ? 

 
Comme nous l’avons vu précédemment, le poids de l’histoire politique a été à l’origine de choix de politiques économiques choisis ou subis, en fonction des continents. L'Asie s’est engagée dans une politique de développement économique reposant, dans un premier temps, sur la production en masse de produits manufacturés à bas coût, s'appuyant sur sa main d'œuvre pléthorique, pour ensuite, monter en gamme au fur-et-à-mesure du temps. Son succès a été possible grâce au maintien de protections du marché intérieur vis-à-vis des produits étrangers, qui ne pouvaient être imposées que par des Etats puissants. A contrario, l'Afrique a suivi une voix opposée, la plupart de ses Etats se reposant sur leur rôle, hérité de la colonisation, d'exportateur de matières premières vers les pays riches, les rendant très dépendants des fluctuations des cours internationaux et ne permettant pas d’enclencher un processus de développement. La faiblesse des Etats africains, incapables d’organiser leur propre pays (d’où les innombrables guerres civiles) et d’imposer leurs règles aux étrangers, a conduit à une longue stagnation économique, qui semble cependant avoir pris fin ces dernières années, la gouvernance s’améliorant lentement mais sûrement.  
 
 
 
Commentaires

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  • Par wwmat - 25/01/2018 - 10:11 - Signaler un abus Sarko avait raison,

    Toutes les cultures ne se valent pas.

  • Par moneo - 25/01/2018 - 12:05 - Signaler un abus hum

    Mélange du tribalisme, règles coutumières + socialisme appris en Europe ... un peu responsable?

  • Par cloette - 25/01/2018 - 13:58 - Signaler un abus avant l'arrivée des colonisateurs

    Il n'y avait pas beaucoup de "civilisations" non plus . les colons ont ils aggravé ou amélioré les choses ?

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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