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Les arrières-pensées du redoutable docteur Schaüble derrière son soutien à Emmanuel Macron

Dans un débat organisé par la presse allemande, le ministre des Finances Wolfgang Schaüble a déclaré qu'il aurait probablement voté Macron s'il avait été Français. Ce que en dit long sur la façon dont les Allemands perçoivent l'ancien ministre des Finances.

Bons baisers de Berlin

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Les arrières-pensées du redoutable docteur Schaüble derrière son soutien à Emmanuel Macron

Le ministre des Finances allemand a déclaré mardi au cours d'un débat organisé par Der Spiegel que s'il avait eu la nationalité française, il aurait "probablement voté pour Emmanuel Macron". Un revirement pour François Fillon qui se voit abandonné non pas pour ses positions politiques mais pour ses réactions face aux accusations d'emplois présumés fictifs de membres de sa famille. Mais que peut nous dire en creux cette adhésion de Wolfgang Schaüble à Emmanuel Macron, sur son identité politique et sur ce que les Allemands imaginent du Président qu'il sera ?

Edouard Husson : Au risque de vous surprendre: c'est une bonne nouvelle pour François Fillon s'il sait réagir. Il ne fait pas bon, au moins depuis les présidentielles de 1995, d'apparaître comme un candidat souhaité par Berlin. Jacques Chirac avait déjoué les pronostics, en 1995, en s'intéressant plus aux souffrances sociales du pays qu'au respect des critères d'entrée dans l'euro. En 2002, Lionel Jospin a laissé partir chez Jean-Pierre Chevènement une partie des électeurs qui auraient dû l'amener au 2è tour. On oublie trop qu'en 2007 Sarkozy faisait campagne en critiquant notre dépendance exclusive envers Berlin. Il est vrai que les présidents oublient vite les promesses des candidats; mais Chirac a appris ce qu'il en coûtait en 1997, lors des législatives, et Sarkozy en 2012. Voilà bientôt vingt ans que j'ai prédit, dans un essai intitulé L'Europe contre l'amitié franco-allemande (Ed. F.-X de Guibert, 1998) que l'euro allait ronger la substance de la relation entre la France et l'Allemagne; j'étais déjà convaincu qu'il n'était pas bon de figer, par la monnaie, la relation entre les deux pays: contrairement à ce que croient nos dirigeants, il est très dangereux pour l'Europe de placer l'Allemagne en position de "modèle". La stabilité monétaire ne crée pas une politique d'intérêt commun européen; elle oblige le reste de l'Europe à s'aligner sur un pays qui a fait le choix d'avoir peu d'enfants et de n'assumer aucune véritable responsabilité diplomatique internationale, un pays qui est en quelque sorte "sorti de l'histoire". Avec l'euro, les Allemands ont largement tué la compétition en Europe - regardez la désindustrialisation dramatique de l'Italie, qui avait l'habitude de dévaluer pour rester compétitive. C'est létal pour un continent dont la créativité a toujours été fondée sur l'émulation, la concurrence entre des centres d'innovation éparpillés. L'Europe, depuis qu'elle a l'euro, sort lentement mais sûrement de l'histoire; les Français apprennent de moins en moins l'allemand et les Allemands de moins en moins le français. Nos dirigeants, de Mitterrand à Hollande, n'ont pas voulu assumer le revers de la stabilité monétaire à tout prix: chômage durable; recours massif, pour nous protéger, à la création d'emplois publics; déclin de notre effort de défense; absence d'intégration des immigrés, en particulier des jeunes générations. 

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 13/04/2017 - 08:56 - Signaler un abus Oui Macron serait le meilleur

    ...collaborateur.

  • Par Jean-Benoist - 13/04/2017 - 09:31 - Signaler un abus Pour merkel, il lui faut un toutou

    Comme hollande le fut pendant 5 ans car il fut incapable et incompétent pour defendre les intérêts de notre pays....

  • Par Texas - 13/04/2017 - 09:51 - Signaler un abus Voilà...!

    Comme ça se dessine en caractères gras , la Ploutocratie régnante !

  • Par BABOUCHENOIRE - 13/04/2017 - 09:54 - Signaler un abus Un allemand regarde toujours ce qui est bon pour l''Allemagne

    et jamais ce qui est bon pour la France, ce n'est pas son problème et il a raison. Le soutien à Macron en est la preuve, il n'y aura pas d'opposition et concurrence à la politique allemande, surtout que Fillon déclare vouloir mettre la France à la 1ere place de la zone euro et cela au détriment de quel pays? la déclaration de Mr Wolfgang Schaüble est CQFD.

  • Par padam - 13/04/2017 - 10:30 - Signaler un abus Ben oui!

    La position du régime de Berlin est parfaitement cohérente et logique, du moins pour la "Deutschland über alles" dans l'Europe d'aujourd'hui. A nous d'en tirer les conclusions.

  • Par Geoffrey_Cabe - 13/04/2017 - 15:54 - Signaler un abus Ah bon ?

    C'est bien les lignes avancent, peut être que nos journalopes et leurs esprits biaisés ( bien vides malheureusement) vont sortir aussi progressivement de la pensée unique éliminant toute question à propos d'une sortie de l'Euro et classant d'office d'extrême (droite) celui qui souhaite avoir un débat lucide et de fond dessus. Caste d'imbéciles hautains #vousl'aurezencoreunefoisdanslecul Votez Asselineau !!!

  • Par Chevalter - 13/04/2017 - 16:08 - Signaler un abus Le rusé Schaûble

    Le ministre allemand en déclarant soutenir Macron utilise un leurre:il connait très bien Fillon tout au long des 5 ans qu'il a passsés à Matignon,il le sait très docile et en phase complète avec les exigences de la discipline monétaire d'austérité allemande,la meilleure preuve en est le programme Fillon qui collabore complètement avec cette finalité mais comme il sait que cette proximité avec l'allemagne lui est défavorable il déplace ce sentiment de rejet sur Macron ( dont il craint la créativité et les idéés nouvelles pour faire changer l'Europe)afin justement de plomber ce dernier et d'avantager celui qui était son premier choix.

  • Par toupoilu - 13/04/2017 - 20:17 - Signaler un abus Quelle complication !

    Si sortir de l'euro est la solution, il est bien préférable de sortir volontairement, plutôt que d'attendre la crise qui la provoquera. Parce que dans une crise, on ne maitrise plus rien. Alors que si c'est une décision annoncée et démocratique d'un état, cela se passera comme cela va se passer pour le brexit, c'est à dire au mieux des intérêts communs. Si on pense qu'il faut le faire, il faut le faire maintenant, et avec les candidats qui le proposent, ou plutôt la candidate.

  • Par Deudeuche - 13/04/2017 - 21:48 - Signaler un abus @chevalier

    Quand Schauble dit Macron cela veut dire Macron, le toutou docile fils spirituel de Hollande !

  • Par vangog - 14/04/2017 - 00:30 - Signaler un abus Qui avait raison (avant tout le monde)?...

    C'est le FN!...Et comme le suggèrent intelligemment certains intervenants, il faut, dès aujourd'hui, organiser la sortie de l'Euro, créer un noyau dur de pays aux compétitivités proches (les nordistes?) afin de conserver un euromark (qui sera aussi handicapant pour les voisins de l'Allemagne, mais en plus dilué...) et réorganiser des monnaies souveraines pour ceux qui souhaitent regagner leur compétitivité et leurs industries perdues...et arrêter la tuerie d'un "continent dont la créativité a toujours été fondée sur l'émulation, la concurrence entre des centres d'innovation éparpillés", avant Euromark...

  • Par Professore - 14/04/2017 - 06:41 - Signaler un abus Encore l'Italie

    Pourquoi écrire "regardez la désindustrialisation dramatique de l'Italie, qui avait l'habitude de dévaluer pour rester compétitive" ? En 2016 l'Italie a réalisé 52 milliards d'excédents commerciaux dont 43 en vendant des biens d'équipement industriel. On peut être historien et savoir lire des statistiques économiques.

  • Par catlaya - 14/04/2017 - 10:38 - Signaler un abus l'Euro, ce vilain !

    On peut quand-même rappeler que l'Allemagne ne voulait absolument pas de l'Euro et que c'était F. Mitterrand qui avait négocié l'accord de la France pour la Réunification d l' Allemagne contre l'acceptation par l'Allemagne de cet Euro. La population allemande était à 95% contre cette Euro-Devise. Aujourd'hui l'Allemagne devient le responsable du désastre....

  • Par Babaswami - 14/04/2017 - 12:28 - Signaler un abus Mitterrand responsable

    Tout à fait d'accord avec Calaya: c'est Mitterrand, un grand économiste comme chacun sait, qui a imposé à Kohl l'euro dont les Allemands ne voulaient pas. C'est l'histoire de l'arroseur arrosé, mais là il s'agit d'une bombe à retardement et du sort d'un Continent . Nous allons inévitablement vers une crise majeure, pendant le prochain quinquennat.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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