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L’argent qui salit, l’argent qui corrompt, l’argent tout puissant : et maintenant la science nous dit tout sur les ressors de cette influence sur nos comportements

L'argent est non seulement un élément dont dépend notre survie dans la société telle qu'elle est actuellement organisée, mais est aussi la garantie de pouvoir choisir sa récompense. Au point que cela peut affecter nos liens sociaux et nous pousser à remettre en cause nos valeurs.

Sans queue ni tête

Publié le - Mis à jour le 22 Janvier 2016
L’argent qui salit, l’argent qui corrompt, l’argent tout puissant : et maintenant la science nous dit tout sur les ressors de cette influence sur nos comportements

Le comportement des individus face à l'éventualité de consommer des insectes en guise de repas diffère selon s'ils sont payés ou pas et combien, a récemment prouvé Sandro Ambuehl, un doctorant de l'univeristé de Stanford, aux Etats-Unis. Cela confirme le résultat d'études menées précédemment, notamment par des chercheurs de l'Université de Harvard et de l'Université de l'Utah en 2013.

 

Atlantico :  Pourquoi l'enjeu d'argent modifie-t-il notre comportement ? Comment expliquer que l'on perçoive différemment une information en fonction d'un gain pécuniaire potentiel ?

Renaud Gaucher: Nous évoluons dans une société où le travail est divisé, où l'on ne vit pas de manière autarcique.
Nous évoluons dans une société dans laquelle ce qui nous permet de vivre est l'argent, car il nous permet d’acheter des biens ou des services que nous ne produisons pas. D'où une première explication de l’importance accordé au gain ou à la perte potentielle d'argent sur nos comportements. 
 
A côté de l’argument de la survie, il y a celui de la récompense. Au niveau psychologique, avoir de l'argent c'est avoir la possibilité de choisir sa récompense. Cela donne les moyens d'acheter à peu près ce que l'on veut, ce qui n'est pas le cas si la récompense n'est donnée que par des mots, des compliments.
 
Sur le plan neurobiologique, le cerveau est conçu pour obtenir des récompenses et éviter des punitions. Lorsque l'on fait des études et que l'on observe à l'aide d'IRM ce qu'il se passe dans le cerveau lorsque l'on évoque l'argent, on s'aperçoit que les zones qui entrent en fonctionnement sont en partie similaires à celles qui s'activent lorsque sont évoqués la sexualité ou la drogue.  
 

Un enjeu d'argent (de gain ou de perte) peut-il aller jusqu'à repousser nos limites en termes d'éthique ou de valeurs?

Oui, je prendrais l'exemple du prêt d'argent. Lorsqu'une entreprise est en très grande difficulté financière, et que l'entrepreneur sollicite un prêt auprès d'une banque afin de se renflouer, le banquier doit être extrêmement prudent. En effet, lorsque l'on est en difficulté financière, ont peut être amené à prendre énormément de risques pour sortir de cette situation-là, et ce d'autant plus de risques que l'argent dont on dispose est celui du banquier. L'entrepreneur, même éventuellement prudent d'habitude, peut se mettre à prendre énormément de risques, bien plus qu'il n'en prenait habituellement.
 
En fait, notre situation financière influence notre prise de risque. Et à l'autre extrême, plus on bénéficie d'une situation financière sereine, avec des moyens, plus il est facile de prendre des risques, par exemple de créer une entreprise.
 
Il a également été démontré que plus une personne est riche, moins elle a tendance à être empathique. Ceci n'est pas vrai pour tout le monde, mais en psychologie comme en économie, on fonctionne sur des masses. Il s'agit d'une tendance.
  
D'autre part, l'argent peut aussi changer le comportement des personnes qui sont face à un individu qu'ils perçoivent comme riche. Des investisseurs se comporteront probablement différemment selon qu'ils sont face à un jeune étudiant comme l'était Mark Zuckerberg lorsqu'il a co-créé Facebook ou face à un patron milliardaire comme il l'est aujourd'hui.   Les chercheurs Doob et Gross avaient par exemple mené une étude sur la route en 1968. Lorsque le feu passait au vert, ils ne démarraient pas, en tout cas pas tout de suite. Ils avaient constaté que selon qu'ils se trouvaient dans une belle voiture, ils se faisaient moins klaxonner ou se faisait klaxonner plus tardivement que lorsqu’ils étaient dans une vieux tacot.
 

Un enjeu d'argent peut-il aller affaiblir nos liens sociaux forts, ceux entretenus vis à vis de nos proches ?

Oui, l'argent peut affecter nos liens sociaux. Je prendrais l'exemple de collègues qui se cotisent pour acheter un billet de loterie et confie l'achat au buraliste à l'un d'entre eux. S'il y a un gain, il est arrivé que la personne ayant été effectué l'acte d'achat garde le gain pour elle. Lorsqu’une start-up lève de la love money, de l’argent dans l’entourage du ou des fondateurs, il faut bien expliquer aux proches qu’il y a peu de chance qu’il retrouvent leur argent, car les start-up qui réussissent sont une petite minorité.
 

Comment prévenir de cette dérive ?

La prévenir signifierait que c'est un problème. Or, le cerveau humain ne fonctionne pas de manière toujours très rationnelle. Si l'on voulait vraiment éviter au cerveau humain tous les biais qu'il peut avoir, je pense que ce serait impossible.
 
Ceci dit, comme mentionné dans l'article du  Washington Post  cité en première question, il est question de s'interroger sur la vente d'organes, de location d'un utérus, d'engagement dans l'armée, mais on peut aussi s'interroger sur des choses comme l'acceptation d'un travail alimentaire. A quel point est-on conscient des raisons qui motivent réellement nos choix, en particulier nos choix financiers  ? La question mérite d'être posée.
 
 
Propos receuillis par Adeline Raynal
 
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  • Par flogo - 20/01/2016 - 13:35 - Signaler un abus les ressorTs

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Renaud Gaucher

Renaud Gaucher est l'auteur de "La finance du bonheur" (Adalta). Il se présente comme "économiste du bonheur",et est chercheur associé au EHERO (Erasmus Happiness Economics Research Organization)  de Rotterdam. Il a notamment étudié la finance à HEC Montréal.

Chargé de la R&D chez Yozati, une start-up spécialisée dans le e-coaching en finance personnelle, il est également spécialiste de la science du bonheur et de ses applications aux entreprises, à l'économie et aux politiques publiques. Il travaille sur l'optimisation de la performance financière par le bien-être au travail et sur l'optimisation de la relation entre dépenses publiques et bien-être des citoyens. Auteur de "Bonheur et politiques publiques" (L'Harmattan), il a notamment réalisé une conférence TEDx sur les politiques du bonheur.
 

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