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De l’Arabie Saoudite au Venezuela : les pays de l’organisation des exportateurs de pétrole sont-ils cuits ?

La baisse drastique des revenus du pétrole entraîne de vraies remises en question au sein de pays de l'OPEP.

Marée noire

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De l’Arabie Saoudite au Venezuela : les pays de l’organisation des exportateurs de pétrole sont-ils cuits ?

 Crédit Capture d'écran France Télévisions

Atlantico : Ce mardi 21 août, l'OPEP publiait son rapport des revenus générés par les exportations de pétrole de ces membres, indiquant une progression de 26%, pour un total de 567 milliards de dollars. Cependant, cette hausse masque une quasi stabilité de ses revenus sur les 15 dernières années, ainsi qu'une progression démographique dans les pays membres, entraînant une baisse importante des revenus par habitants. Ainsi le revenu pétrolier par habitant a chuté de plus de 50% en Arabie Saoudite au cours des 5 dernières années.

Les pays membres de l'OPEP ont-ils définitivement "mangé leur pain blanc" ? 

Stéphan Silvestre : Cette étude, très intéressante, montre une chute du revenu moyen des exportations de pétrole par habitant, descendu de près de 3 000 $/an au début des années 2010 à environ 1 200 $/an aujourd’hui. Cet indicateur est très instructif, mais attention à ne pas l’interpréter comme un revenu direct pour les habitants. Tout d’abord, les revenus du pétrole restent avant tout dans les compagnies pétrolières (exploitation, investissements) ; ensuite, la part qui revient à l’état est bien souvent captée par une minorité de bénéficiaires. En second lieu, ces moyennes cachent de fortes disparités entre les pays, ces revenus pouvant s’échelonner entre 180 et 12 000 $/an selon les pays. 

Ces chiffrent nous rappellent aussi combien sont volatiles les revenus des matières premières. Leurs effets sur les économies des pays exportateurs sont donc avant tout conjoncturels et doivent être considérés comme un complément de revenus et en aucun cas comme une activité économique de base. Tous les pays devraient développer leurs économies sur la base des produits manufacturés (ou des services), mais jamais sur les matières premières, au risque de s’en mordre les doigts tôt ou tard. À cela s’ajoute un autre effet : les consommateurs sont maintenant majoritairement des pays émergeants, voire à faible niveau de vie. Or, ces pays, contrairement à ceux de l’OCDE, sont peu enclins à payer très cher leur pétrole. Cela signifie que le temps des vaches grasses, pendant lequel les producteurs profitaient des pétrodollars occidentaux est maintenant révolu et ils devront maintenant se contenter de pétroyuans ou pétroroupies bien moins abondants. 

Francis Perrin : L'étude à laquelle se réfère l'agence Bloomberg émane de l'US Energy Information Administration (EIA), qui fait partie du département de l'Energie des Etats-Unis (US DOE). Cela dit, même si les méthodologies sont un peu différentes, les résultats de l'EIA sont proches de ceux de l'OPEP puisque la première source fait état de revenus provenant des exportations pétrolières de $567 milliards en 2017 alors que l'OPEP elle-même avance un chiffre de $578 milliards pour l'an dernier. 

Dans les deux cas, ces revenus sont en forte augmentation sur 2016 en raison de la hausse des prix du pétrole brut. Et, au vu du niveau des prix depuis le début de cette année - entre $70 et $75 par baril dans la période récente - 2018 sera encore un meilleur millésime. Il pourrait en être de même en 2019 compte tenu des tensions politiques autour de l'Iran, du Venezuela et de la Libye mais il est évidemment difficile de prévoir ce qui se passera l'an prochain tant le prix du pétrole a un contenu géopolitique élevé.

Lorsque l'on fait des comparaisons dans le temps, beaucoup de choses dépendent de l'année de base que l'on choisit, surtout avec des prix du pétrole qui ressemblent à des montagnes russes depuis le début de ce siècle. Ainsi, selon l'OPEP, les revenus pétroliers de ses Etats membres (revenus provenant des exportations pétrolières comme indiqué ci-dessus) étaient estimés à $257 milliards en 2000. Il y a donc eu une forte augmentation entre 2000 et 2017. Par contre, en 2012, ces revenus totalisaient $1 196 milliards et il y a donc eu une très forte baisse entre 2012 et 2017. L'élément clé, comme d'habitude, est la variabilité des prix du brut. On ne peut donc jamais dire que l'OPEP est sortie définitivement des difficultés car personne ne peut prétendre que les prix du pétrole ne connaîtront plus jamais une forte baisse à l'avenir. La morale de la fable est donc claire pour les pays membres de l'OPEP: il est impératif de diversifier leurs économies pour devenir moins dépendants des fluctuations des prix du pétrole qu'ils ne peuvent complètement contrôler. 

De la progression démographique à la nouvelle concurrence due à l'explosion de la production américaine, quelles sont ces causes structurelles qui sont à l'origine de cette "nouvelle donne" ? 

Stéphan Silvestre : Ces deux facteurs ont pesé dans le même sens, mais le premier est conjoncturel alors que le second est structurel. Si les revenus pétroliers par habitant ont été divisés par deux depuis cinq ans, ce qui est en effet imputable au développement du pétrole non conventionnel aux États-Unis, ils restent légèrement au-dessus de leur niveau d’il y a vingt ans. Cela pourrait paraître encourageant, mais si on considère les revenus bruts de l’OPEP sur la même période, on constate qu’ils ont triplé. Cet écart entre revenus bruts et revenus par habitant est clairement dû à l’effet de la démographie, qui a augmenté de 50% en vingt ans. Il s’agit là d’un effet structurel qui va se poursuivre durant les prochaines décennies : une nouvelle hausse de 50% attendue d’ici vingt ans se traduira cette fois non plus par une atténuation de la hausse de la rente pétrolière, mais bien par sa baisse. À cela s’ajoutera un autre effet structurel défavorable : le développement des véhicules non pétroliers va s’amplifier dans les pays émergeants (notamment la Chine et l’Inde) et une baisse de la demande est prévisible. Cela entraînera non seulement une baisse des volumes, mais aussi des prix. La rente pétrolière par habitant n’aura alors plus rien à voir avec ce qu’elle a été au début des années 2010. 

Francis Perrin : La croissance démographique dans les pays de l'OPEP est une explication importante car la population de ces pays augmente année après année alors que les prix du pétrole fluctuent et, souvent, de façon très brutale. La croissance de la production de pétrole non conventionnel aux Etats-Unis est aussi à l'origine de cette nouvelle donne. Rappelons que  cette production est en hausse constante depuis 2008 à la seule exception de l'année 2016 et que cette tendance haussière se poursuit en 2018 et qu'il en sera de même en 2019. Heureusement pour l'OPEP, la consommation pétrolière mondiale continue à croître et ce n'est pas fini. Mais le pétrole non conventionnel américain reste une épée de Damoclès pour l'OPEP et l'organisation a beaucoup de mal à gérer cette nouvelle dimension sur le marché pétrolier mondial. Les Etats-Unis sont aujourd’hui le premier producteur mondial de liquides (pétrole brut plus liquides associés au gaz naturel) et ils deviendront prochainement le premier producteur de brut devant la Russie et l’Arabie Saoudite.

Cela dit, il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité de réaction de l’organisation lorsque celle-ci réussit à rester unie. La forte remontée des prix du pétrole depuis le début 2016 est une illustration de cette influence de l’OPEP. Le prix du Brent de la mer du Nord était tombé à moins de $30 par baril en janvier 2016 et il a atteint $80/b cette année avant de s’établir dans une fourchette de $70-75/b récemment. Certes, cette remontée des cours n’est pas seulement due à l’action de l’OPEP mais celle-ci a indubitablement été très importante dans cette évolution spectaculaire. 

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 26/08/2018 - 09:47 - Signaler un abus Venezuela Prix du Pétrole ne représente que20% de ses problèmes

    Depuis 1998 sous investissement dans le Pétrole même pour les raffineries (il a diminué sa production) Aucun investissements dans les autres matières premières pour augmenter la diversification des richesses naturels du Venezuela. C'est la gestion Socialiste du Venezuela qui est totalement responsable de la situation actuelle.

  • Par Ganesha - 26/08/2018 - 11:17 - Signaler un abus Cochons à l'Abattoir

    Cet article risque de fortement perturber la ''paix sociale'' sur Atlantico ! Une large majorité des braves papys-bourgeois séniles, qui ici chercher leur pitance quotidienne, passe son temps à radoter, avec la ferveur des cochons que l'on mène à l'abattoir : ''Venezuela, Venezuela, Venezuela'' !

  • Par Ganesha - 26/08/2018 - 11:20 - Signaler un abus Wikipédia

    Voici trois informations qui peuvent vous aider à vous former une opinion : 1) ''les exportations pétrolières de la compagnie d'État PDVSA assurent 95 % des exportations et 50 % du PIB'', 2) ''le taux de pauvreté est réduit entre 2003 et 2008 de près de 30 points (de 54 % à 26 %), dont une diminution particulièrement significative de l'extrême pauvreté de 72 %'', 3) ''une « déstabilisation économique » semblable au Chili des années Allende se retrouve au Venezuela. Des entreprises privées se seraient entendues pour pratiquer une surfacturation des biens proposés à la vente et ont contribué à générer des pénuries en dissimulant massivement des stocks alimentaires et produits électroménagers dans des entrepôts. En outre, une forte contrebande se produit avec la Colombie''. === https://fr.m.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_du_Venezuela

  • Par philippe de commynes - 26/08/2018 - 11:48 - Signaler un abus Quand il n'en aura plus qu'un

    cela sera celui là, même Mélenchon ne veut plus entendre parler du Vénezuela; Ganesha lui n'en démord toujours pas.Et non Ganesha , pas besoin d'être un papy bourgeois sénile pour critiquer le Vénézuela, juste d'avoir la moindre parcelle de bon sens et de bonne foi.(ou si tu veux avoir la moindre compréhension élémentaire de l'économie) Ainsi Les régimes d'Equateur et de Bolivie pourtant eux aussi très à gauche ont eux un bien meilleur bilan économique : la rhétorique anti-capitaliste c'est bon pour mettre au pas ou dehors les multinationales américaines qui ne venaient que pour exploiter les richesses locales en ne laissant que des miettes aux autochtones, pas pour faire la guerre aux petits patrons et entreprises locales, cela Correa et Morales l'avaient compris, mais pas Chavez et encore moins Maduro, et encore moins Ganesha ...

  • Par ajm - 26/08/2018 - 12:31 - Signaler un abus Naufrage de PDVSA.

    Le Venezuela a été détruit par son régime politique. Ganesha raconte n'importe quoi comme dab, et ce serait long de tout expliquer en détail. Il faut comprendre que PDVSA était avant Chavez une entreprise d'etat correctement géré avec quelques milliers de cadres compétents à tous les niveaux . Chavez a mis en coupe réglée la compagnie, siphonant massivement son cash-flow pour financer sa clientèle electorale ainsi que ses amis, conduisant cette dernière à reduire massivement ses investissements et , au fur et à mesure, sa production et son CA. En plus, les cadres compétents sont partis ou ont été virés pour être remplacés par des incompétents notoires mais politiquement soumis. Aujourd'hui PDVSA n'est que l'ombre d'elle-même et le reste de l'économie est réduit à sa plus simple expression. Des millions de Vénézuéliens modestes ont quitté le pays et s'entassent dans des bidonvilles dans les pays limitrophes, les riches, eux etant partis depuis longtemps.

  • Par MonacoPhil - 26/08/2018 - 12:35 - Signaler un abus Vous me donnerez un peu de capitalisme de connivence

    Wikipedia est alimenté d'informations et d'articles sur son site français par des contributeurs qui n'ont, de toute évidence, qu'une vision parcellaire du collectivisme. Un des corolaires de celui-ci est le capitalisme de connivence, conséquence directe des socialisme/communisme/fascisme. Un état à la puissance sans bornes, souvent dirigé par un dictateur ou une classe privilégiée, a pour conséquence directe les "petits arrangements entre amis". Lorsque la Loi n'est pas appliquée et le coupable jugé comme tel, bien souvent impuni, alors il n'y a plus de limites. C'est le cas du Venezuela, mais aussi de la France. Mais bien entendu les Mélanchon, Le Pen et autres Macron, ne souhaitent que plus d'état avec l'aide d'une majorité de français qui n'attendent que la becquée. Vite donnons leur encore plus de pouvoir et de moyens. Tout va aller encore mieux.

  • Par Ganesha - 26/08/2018 - 12:47 - Signaler un abus Philippe de Commynes

    Vous avez choisi le pseudonyme d'un grand historien, mais vous semblez ignorer les enseignements de l'histoire régionale récente : Salvador Allende fut assassiné un peu moins de trois ans après son élection. La sentence de mort décrétée par les USA envers le pouvoir vénézuélien repose sur deux motifs : la concurrence pétrolière, et le combat, inacceptable, de Chavez contre les inégalités.

  • Par Ganesha - 26/08/2018 - 13:14 - Signaler un abus MonacoPhil

    Vous devriez faire une recherche internet sur les ''TINA''. Votre petit récitatif est typique de cette secte, très présente chez les abonnés d'Atlantico.

  • Par MonacoPhil - 26/08/2018 - 14:34 - Signaler un abus Pas d'alternatives?

    Heuuu... et bien oui il y en a une. Celle qui n'a jamais pu être appliquée en France: Le libéralisme. Celui qui responsabilise le citoyen, qui lui redonne la liberté de choix, celui qui rendra leurs droits aux français AVEC sont pendant: les devoirs. Mais je pense, Ganesha, que comme tous les collectivistes, vous pensez détenir seul la vérité. En tant que libéral, je ne peux vous imposer la mienne. Continuez, les idéologies que vous soutenez n'ont amenées que misère et dictatures. Mais je suis certain que la votre est différente... Comme à chaque fois.

  • Par Ganesha - 26/08/2018 - 14:54 - Signaler un abus MonacoPhil

    Vous me faites sourire ! Vous êtes bien un véritable TINA ! Puisque je ne suis pas d'accord avec vous, je suis un ''collectiviste'' ! Si vous voulez réellement savoir ce que je pense, lisez mes commentaires sur l'article de Mr. Verhaeghe. Votre argument est identique à celui utilisé par les communistes juste avant leur effondrement : le Libéralisme a échoué parce qu'il n'a pas été appliqué avec suffisamment de férocité. Seulement neuf millions de pauvres en France, un taux de pauvreté minime comparé aux ''vrais libéraux'', comme l'Allemagne, l'Angleterre et les USA !

  • Par Benvoyons - 26/08/2018 - 15:14 - Signaler un abus Ganesha - 26/08/2018 - 12:47

    Amusant Alliendé n'a pas été élu en ayant une majorité de voix car il n'a pas eu assez de voix tout seul mais grâce à un entente avec un petit parti qu'il sait empressé de baiser après avec la mise en place d'une Police Politique. Il n'avait pas de majorité au parlement et il a donc mis en place la Police Politique, les Nationalisations etc.. par décret sans passer par le parlement. Cela s'appelle un coup d’État. Bien évidemment après son coup d’État a été défait par un autre coup d’État tout aussi Déplorable pour la Démocratie.

  • Par Benvoyons - 26/08/2018 - 15:23 - Signaler un abus Ganesha - 26/08/2018 - 11:20

    Quand plus de 2,5 millions de Vénézuéliens quittent leur pays car il n'y a plus à bouffer, ni de médicaments, ni travail, il me semble que cela s'appelle une très mauvaise gestion Socialiste depuis 1998. Quand tu n'investis plus sur le pétrole ni les autres matières premières pour justement ne pas dépendre que du pétrole Cela s'appelle de la mauvaise gestion Socialiste depuis 1998. https://www.lemonde.fr/economie/article/2017/04/19/au-venezuela-les-pauvres-n-ont-jamais-ete-aussi-nombreux_5113456_3234.html http://america-latina.blog.lemonde.fr/2014/10/31/le-venezuela-importe-du-petrole/ Concernant la Bolivie si une gestion qui semble pragmatique y règne elle a voté tout de même une loi pour le travail des enfants à 10ans :)::)

  • Par Anguerrand - 26/08/2018 - 20:11 - Signaler un abus @ Ganesha quand vous aurez fini d’insulter les intervenants

    qui ne sont pas de votre avis. Vous venez sur ce site pour vous défouler. Vos modèles sont le Vénézuéla, Cuba, Tsipras, avez vous remarqué que même Mélenchon et cie n’en parlent même plus, car votre « modèle » comme tous ceux que vous souhaitez sont en déroute et les habitants veulent quitter leur pays. Alors SVP vous qui n’avez rien à faire de votre temps et remplissez sans fin divers sites meme Atlantico, fermez votre g..... Seriez vous en prison pour avoir tant de temps ou syndicaliste ou fonctionnaires, vous vous gardez bien de vous découvrir, il doit bien avoir une raison, bon soir camarade communiste et FN

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Francis Perrin

Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières. Il est chercheur associé à l'OCP Policy Center (Rabat) et directeur de recherche à l'IRIS (Paris).

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