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Après la sortie de la pauvreté, le nouveau défi de la Chine et des grands Emergents : trouver un modèle de développement économique qui leur permettra de sortir de la trappe à revenus intermédiaires

Les pays industriels pauvres en matière premières d'Asie du Sud-est et les pays riches en ressources naturelles mais très peuplés d'Amérique Latine sont pris dans ce qui a été qualifié de "trappe à revenus intermédiaires". S'il n'y a pas de stratégie unique à mener pour rejoindre le club des pays riches, plusieurs pistes peuvent être explorées : développement des innovations, investissements dans le capital humain et l'éducation, construction d'infrastructures.

Recette miracle

Publié le - Mis à jour le 9 Septembre 2016
Après la sortie de la pauvreté, le nouveau défi de la Chine et des grands Emergents : trouver un modèle de développement économique qui leur permettra de sortir de la trappe à revenus intermédiaires

Atlantico : Si l'essor du capitalisme a permis une réduction du phénomène de la trappe à pauvreté au niveau des états, de plus en plus de pays se sont trouvés coincés dans la trappe à revenus intermédiaires. Quelles sont les stratégies qui ont permis à certains pays de passer du statut de pays pauvre à celui de pays à revenus moyens ? De quels pays s'agit-il ?

Jean-Marc Siroën : Le terme de "pauvre" pour qualifier un pays est à manier avec précaution. Le revenu moyen est un indicateur statistique trompeur. Lorsque les inégalités sont fortes, un pays peut être "riche" avec une population pauvre. 

Cette réduction du nombre de pays à faible revenu est relativement récente et postérieure au capitalisme et à l’indépendance de ces pays.

En 1994, 56,1 % de la population du globe vivait dans les pays à faible revenu contre 8,5 % en 2014. Si, les années 1980 furent des années "perdues" du développement du moins en Afrique et en Amérique latine, le début du XXIeme siècle est une revanche des pays en développement. Mais ce retournement est aujourd’hui remis en cause par la crise des pays émergents. 

Il n’existe certainement pas de stratégie miracle. Les pays en développement  ou émergents ont bénéficié d’un exceptionnel "alignement des planètes". La croissance chinoise a tiré la croissance mondiale et, en même temps, favorisé une hausse du prix des matières premières extraordinairement favorable aux pays producteurs "pauvres". La forte croissance chinoise a donc pu se propager au reste de l’Asie, à l’Afrique et à l’Amérique latine. D’une certaine manière, il s’agissait pour beaucoup d’entre eux d’une manne tombée du ciel, gonflant un revenu monétaire qui a été trop rarement consacré à des projets de développement plus durables comme le montre aujourd’hui la situation affligeante du Brésil ou du Venezuela ! A contrario, la remise en cause du modèle de développement chinois et la chute du prix des matières premières font aujourd’hui douter de la pérennité de taux de croissance souvent à deux chiffres et donc de l’accession rapide de nombreux pays au statut de pays "riche".

Parmi les pays appartenant à la catégorie des revenus intermédiaires, quels sont les différents types de profil ? Sur quelles bases peuvent-ils s'appuyer pour passer à un stade supérieur de développement ? Quels sont les exemples à suivre, et quelles sont les difficultés rencontrées ?

La Banque Mondiale considère comme "intermédiaire" des pays avec des revenus moyens en réalité très différents : entre 1 046  et 4 125 dollars pour les intermédiaires "inférieurs" et entre 4 126  à 12 735 dollars pour les intermédiaires "supérieurs". Le revenu moyen des pays intermédiaires peut donc varier de 1 à 12 ! L’ensemble comprend plus de 100 pays, qui comprennent les cinq BRICS. Ils sont très différents en taille,  en ressources, en systèmes politiques, en héritage culturel et … en niveau de développement et structures démographiques. On ne trouvera donc pas de profil type et il faut se garder de préconisations qui auraient une portée universelle comme sont parfois tentées de le faire les organisations internationales. On peut néanmoins distinguer les pays, dépourvus de matières premières, qui fondent leur économie sur des stratégies mercantilistes de développement industriel. Ils sont surtout situés en Asie, la Chine et l’Inde étant les exemples les plus spectaculaires, auxquels on peut ajouter des pays comme le Vietnam ou le Bangladesh entrés plus récemment dans le club des intermédiaires. A côté, on trouve  en Afrique, en Amérique latine, dans le Golfe ou en Europe centrale et orientale, des pays qui s’appuient sur la production de matières premières, minières ou agricoles. Ces pays sont exposés non seulement à la volatilité des cours mondiaux, mais à la "malédiction des matières premières" liée aux rentes qui nourrissent la corruption et l’instabilité politique.

Cette économie de rente contribue par ailleurs à évincer les autres activités productives en poussant les salaires et le taux de change vers le haut, minant ainsi la compétitivité de l’industrie et de l’agriculture (ce que les économistes appellent le "mal hollandais"). Les premiers ont évidemment plus de chances d’entrer durablement dans le club fermé des  pays à revenu élevé. Parmi ceux qui, depuis 1960, sont passés dans cette catégorie, on relève beaucoup de pays asiatiques (Corée, Taiwan, Singapour, Hong Kong, Japon) mais aussi des pays aujourd’hui membres de l’Union européenne (Irlande, Grèce, Espagne, Portugal). Ils ont progressivement ouvert une économie initialement très fermée. Ils ont souvent démocratisé  leurs institutions et donné la priorité à l’éducation et aux infrastructures. Le soutien des Etats-Unis ou de l’Europe n’a pas été non plus un élément négligeable. On remarquera qu’à l’exception du Japon, qui a d’ailleurs stagné depuis 20 ans, on ne compte aucun grand pays parmi ces entrants. Les plus petits, ont choisi de se spécialiser finement en adoptant  des stratégies certes "déloyales", comme le "dumping" fiscal, qui se sont néanmoins révélés efficaces pour attirer les firmes multinationales. Dans ces petits pays, la difficile réallocation des ressources humaines de la campagne vers la ville est moins moins complexe. Elle est même inexistante dans les cités-états comme Hong Kong ou Singapour qui adoptent des stratégies très spécifiques de "hub" pour les exportations chinoises. 

 
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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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