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Après la couleur de peau, l’origine et le sexe, le "physique"… Jusqu'où doit aller la lutte contre les discriminations à l’embauche ?

Après les discriminations à l'embauche liées aux origines, au genre, à l'orientation sexuelle, au lieu de vie, etc., c'est au tour de la discrimination liée au physique d'être épinglée par la dernière étude du Défenseur des droits, rendue publique ce lundi. Une logique du "toujours plus" qui anime la lutte contre les discriminations à l'embauche, alors que celle-ci constitue un frein pour les employeurs.

Critères de sélection

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Après la couleur de peau, l’origine et le sexe, le "physique"… Jusqu'où doit aller la lutte contre les discriminations à l’embauche ?

Atlantico : Ce lundi, le Défenseur des droits a publié une étude, réalisée conjointement avec l'OIT (Organisation internationale du Travail) et menée auprès de chômeurs et chômeuses, révélant que 8% des personnes interrogées estiment avoir fait l'objet de discriminations à l'embauche en rapport avec leur physique, chiffre encore plus important pour les femmes. Au-delà de l'apparente injustice que représente ce chiffre, peut-on faire abstraction de tout critère physique dans le processus de sélection d'un employé ?

Jean-François Amadieu : Il y a des emplois pour lesquels il peut être nécessaire que la personne ait des caractéristiques physiques particulières. Ceci est d'ailleurs admis. Le droit de la discrimination en Europe, et en France, permet de justifier ces discriminations physiques s'il y a des exigences de l'emploi, même si les cas sont plutôt rares. Par exemple, si l'on prend la profession de déménageur, on ne va pas employer quelqu'un de fluet ; de même que pour la profession de pompier : une femme d'1m50 ne pourra légitimement pas exercer cette profession du fait de sa taille. Il ne faut pas que le droit de la discrimination devienne absurde par rapport aux nécessités de l'emploi.

Le problème, c'est que le physique n'a pas toujours sa place comme critère. Je parle bien là des caractéristiques corporelles et non pas de l'apparence, du look (coiffure, maquillage, piercing, tatouages, etc.), ou de la tenue vestimentaire. Pour certains emplois, les caractéristiques corporelles comme critères de sélection existent et sont admises, et dans d'autres cas (beaucoup même), on trouvera que le motif n'est pas suffisant. Par exemple, si vous êtes à la recherche d'un(e) comptable, on ne voit pas en quoi le critère physique constitue un motif de recrutement. Quand on regarde les discriminations liées à l'apparence physique, on constate que dans un certain nombre de cas, le recruteur est séduit par le candidat, sans que cela soit nécessaire pour le poste, comme dans la vente par exemple. Parfois donc, la discrimination liée au physique est induite par le recruteur lui-même qui s'est laissé séduire, sans tenir compte des nécessités de l'emploi.

Si l'on considère la vente plus en détails, certains conçoivent tout à fait que pour être vendeur dans un magasin ou en charge de l'accueil, il faudrait être jeune et joli(e), et demandent donc à ce que cela soit érigé en critère de sélection (quand cela n'est pas déjà fait dans certains lieux de vente). Ces deux critères relèvent de l'apparence physique. Or, dans l'apparence physique, on retrouve aussi la couleur de peau, mais également le handicap physique. Si le propriétaire d'un magasin affirme que pour la bonne santé de son commerce, il ne peut pas non plus embaucher une personne handicapée, à la peau noire ou vieille, les autorités publiques lui tomberont dessus en lui disant qu'il pratique de la discrimination ; et il ne pourra pas le faire, même s'il argue que c'est pour la bonne santé de son commerce. Il y a donc un paradoxe. 

On comprend qu'un employeur souhaite, notamment dans certains corps de métiers où cela est nécessaire, que son futur employé soit en bonne santé. Le physique n'en est-il pas un indice parmi d'autres ?  

A propos de la "bonne santé", il faut savoir qu'il y a des cas où l'on admet que la bonne santé est un facteur nécessaire de recrutement (les pompiers, les militaires par exemple). Néanmoins, l'état de santé fait partie des discriminations tombant sous le coup de la loi pour la très grande majorité des autres professions. Un fait indéniable : beaucoup de recruteurs tirent des conclusions par rapport au physique. Cela concerne notamment l'obésité. Les recruteurs considèrent, en général, que l'obésité est l'annonce de problèmes de santé à venir, ce qui explique que les personnes obèses puissent être frappées par ces discriminations. 

 
Commentaires

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  • Par genbea75018 - 16/02/2016 - 11:24 - Signaler un abus "Après la couleur de peau, l’origine et le sexe, le "physique"…

    … Jusqu'où doit aller la lutte contre les discriminations à l’embauche ?" Jusqu'à la capacité à pouvoir tenir le poste proposé : c'est l'essentiel.

  • Par Lafayette 68 - 16/02/2016 - 11:42 - Signaler un abus médias audiovisuels : l'horreur discriminatoire

    A condamner et vite : les présentatrices, journalistes de toutes les chaines sont plutôt minces , jolies , très féminines.C'est discriminatoire !

  • Par Jean-Benoist - 16/02/2016 - 13:55 - Signaler un abus Il est pathétique ce défenseur

    des droits, ex ministre de la Cutlure.. Les employeurs privilégient le talent la compétence quel que soit la couler de peau ou le nom. Quant à l'obésité, les seuls responsables sont ceux qui le sont et qui ne font rien pour leur santé et exigent qu'on les embauche où ils sont 'inemployables" pompier, gendarme, coureur...

  • Par jurgio - 16/02/2016 - 15:19 - Signaler un abus Chacun doit être libre d'embaucher qui il veut

    Ceux qui sont noirs comme un tableau de classe, café crème, blancs comme la farine, jaunes comme un citron ont la pleine liberté de le faire oublier.

  • Par Outre-Vosges - 16/02/2016 - 16:24 - Signaler un abus Encore un observatoire !

    Je me demande combien il peut en exister mais nous pouvons être surs d’une chose : Big Brother nous observe. Notez que tous ces observatoires ne sont pas à mettre sur le même plan : ceux qui sont politiquement corrects, comme l’Observatoire national contre l’Islamophobie peuvent s’attendre à des subventions, avouées ou occultes, tandis qu’un Observatoire de la Christianophobie, fasciste et raciste par définition, non seulement ne reçoit rien mais doit s’attendre à être interdit d’un jour à l’autre. C’est que nous sommes dans un État de droit et serons même bientôt dans un État de Charia. Gageons que l’Observatoire de la Discrimination fait partie de la première catégorie ; merci donc à M. Amadieu, professeur d’université, de diriger cet organisme qui, comme le dit Wikipédia, « procède à des testings afin de réaliser les premières mesures scientifiques des différentes discriminations [à] l'embauche en France ». Cela lui permet de donner des conseils salutaires aux employeurs, destinés à leur éviter, sinon la faillite, du moins le passage devant les tribunaux.

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Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu est sociologue, spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. Directeur de l'Observatoire de la Discrimination, il est l'auteur de Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire (Odile Jacob, 2002), DRH le livre noir, (éditions du Seuil, janvier 2013) et Odile Jacob, La société du paraitre -les beaux, le jeunes et les autres (septembre 2016, Odile Jacob).

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