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Anti-terrorisme : comment l’armée française avait gagné la bataille d’Alger (mais qui oserait employer les mêmes méthodes aujourd’hui ?)

En 1957, la bataille d'Alger opposait les forces de l'armée française au FLN. Durant cette bataille, les Français ont fait face à de nombreuses initiatives terroristes, contrecarrées grâce à des méthodes peu orthodoxes. Pour autant, outre les notions de morale ou d'éthique, le combat contre l'Etat Islamique présente trop de différences pour appliquer les mêmes tactiques.

Sans pitié

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Anti-terrorisme : comment l’armée française avait gagné la bataille d’Alger (mais qui oserait employer les mêmes méthodes aujourd’hui ?)

L'armée française peut-elle s'inspirer de la bataille d'Alger ?  Crédit Reuters

Atlantico : En 1957, et à la suite de nombreux attentats commis à Alger, le gouvernement français choisit de confier l'intégralité des pouvoirs de police au général Massu. Quelques mois plus tard, le Front de libération nationale est démantelé, et Alger ne connaîtra plus d'attentats jusque la fin de la guerre d'Algérie. Pour quelle efficacité observable ? La ré-instauration de l'Etat de droit s'est-elle faite en bon ordre ?

Guy Pervillé : Le 7 janvier 1957, le ministre résidant à Alger Robert Lacoste confia les pouvoirs de police à Alger au général Massu, chef de la 10ème division parachutiste, afin de détruire l’organisation terroriste du FLN, qui s’attaquait aux civils français depuis le 20 juin 1956, et surtout depuis le 3O septembre par des attentats à la bombe commis dans des lieux publics. Mais aussi pour éviter le développement de groupes contre-terroristes européens et le risque de tentatives de coup d’Etat militaire. Pour venir à bout du FLN dans les plus brefs délais, l’usage de la torture  (eau, électricité) fut admis, et même recommandé pourvu qu’il reste limité.

Mais une équipe spéciale, confiée au commandant Aussaresses, était secrètement chargée de liquider les individus jugés dangereux ou en trop mauvais état pour pouvoir être confiés à la justice.  Des « suicides » mystérieux (ceux du chef FLN Larbi Ben M’hidi, puis d’Ali Boumendjel, et plus tard en juin la prétendue évasion du communiste Maurice Audin) semèrent l’inquiétude à Paris et imposèrent au gouvernement Mollet la création d’une commission de défense des droits et libertés individuelles. L’Etat de droit était de fait suspendu, bien que le secrétaire général de la préfecture d’Alger, Paul Teitgen, ait été chargé de contrôler les arrestations et les assignations à résidence, mais sans pouvoir le faire efficacement. Cependant l’organisation FLN-ALN d’Alger fut rapidement démantelée de janvier à mars 1957, mais une organisation beaucoup plus réduite fut reconstituée par Yacef Saadi, et commit les attentats les plus meurtriers (bombes à l’arrêt des tramways, puis au Casino de la Corniche) au début juin 1957. C’est alors que la prétendue « évasion » du communiste Maurice Audin, qui fit scandale, obligea le général Massu à révoquer Aussaresses et à confier la lutte anti-terroriste au colonel Godard, qui la mena avec des méthodes moins violentes,  plus subtiles et plus efficaces.  A partir de la mi-octobre 1957, l’organisation du FLN-ALN disparut d’Alger,  et elle ne put se reconstituer avant décembre 1960, mêmes si des attentats beaucoup moins meurtriers furent encore commis par des groupes venus des wilayas voisines entre juin 1958 et janvier 1960.

Gérald Arboit : Après avoir donné les pouvoirs spéciaux à l'armée à la fin de l'année 1956, on a envoyé la 2ème DB (Division Blindée des parachutistes) en raison de l'aspect psychologique. Cela pouvait rassurer les Français comme l'opération Sentinelle que l'on connait actuellement dans le cadre du plan Vigipirate. On a souvent donné à l'autorité militaire les pouvoirs de police. Pour Alger « la blanche » cela ne changeait rien tandis que pour l'Alger algérienne cela changeait tout.  Dans les mois précédents, une succession d'attentats avaient eu lieu dans la Casbah. Pour les Algériens l'arrivée de la 2ème DB a eu pour conséquence la création de camps de rétention, le blocage de toutes les sorties de la casbah en direction de la ville blanche et on a interpelé tout mâle de 15 ou 16 ans pour les envoyer dans des camps de rétention. On a fait ce que les américains avaient fait avec les Japonais au lendemain de Pearl Harbour. Une fois qu'on a mis tout le monde dans les camps, on fait le tri entre les "bons" et les "méchants". On a utilisé la torture pour faire le tri. Dès le mois de mars le général Jacques Pâris de Bollardière démissionne puisqu'il est contre parce qu'elle ne sert strictement à rien selon lui. On a "terrorisé les terroristes", en tout cas ceux d'Alger. Mais ailleurs il y a eu de nombreux autres attentats. On a pacifié une situation violente mais en même temps on l'a exportée dans le reste du pays. D'un point de vue purement tactique la victoire est totale, mais à quel prix ? D'un point de vue stratégique la victoire est nulle.

 
Commentaires

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  • Par de20 - 26/11/2015 - 12:28 - Signaler un abus ''Champagne pour tous''

    ''Champagne pour tous''

  • Par jybro - 26/11/2015 - 12:56 - Signaler un abus commentaire effacé

    jugé trop realiste

  • Par hibernato - 26/11/2015 - 14:26 - Signaler un abus donc pas d'alternative crédible si l'on souhaite la victoire ?

    la question est pourquoi vociférer que l'on fait la guerre à Daesch et ne se donner que les moyens de la perdre

  • Par langue de pivert - 26/11/2015 - 19:09 - Signaler un abus Commentaire bête et méchant ! Comme moi ! ☺

    Il suffit juste "de faire passer des messages" à la cinquième colonne : pas de sortir les gégènes ! Çà fera pas tout mais ça fera ! "La main rouge" dans la gueule ça en a calmé plus d'un ! On peut aussi demander au peuple de descendre dans la rue ? Mais les socialos ont pris des dispositions pour museler le peuple...jusqu'au jour où ! C'est une révolte ? non sire : c'est une révolution ! Et a coté du peuple Français en colère, le Général Massu est un enfant de cœur !

  • Par zouk - 26/11/2015 - 19:57 - Signaler un abus Bataille d'Alger

    N'oubliez jamais que c'est sur ordre du gouvernement que Massu a dû utiliser des méthodes que l'on condamne maintenant. Il en fut d'ailleurs particulièrement honoré: héros de toute cérémonie officielle.... Il y a sacrifié son honneur d'officier, n'oublions pas. La superbe réponse de Denoit de Saint Marc, lors de son procès pour sa participation au putsch devrait être répétée à chaque séance d'instruction civique: "on peut tout demander à un militaire, y compris sa vie, mais pas son honneur".

  • Par emem - 27/11/2015 - 14:54 - Signaler un abus Oeil pour œil ...

    Il faut se battre à armes égales, sinon on est sûr de perdre.

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Guy Pervillé

Guy Pervillé est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse - Le Mirail.

Ses travaux concernent la colonisation et la décolonisation de l’empire colonial français, et tout particulièrement celles de l’Algérie.

Il a récemment publié La France en Algérie 1830-1954 (Vendemiaire, 2012)

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Gérald Arboit

Gérald Arboit est directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement  et chargé de cours dans plusieurs universités français (Colmar, Strasbourg, Metz).

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