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Anorexie : pourquoi voir les malades comme des personnes dans l’hyper-contrôle de leur alimentation peut être dangereux

Une étude démontre que le comportement d'une anorexique est plus proche de celui de la dépendance que de l'hyper-contrôle. Un pas supplémentaire dans la compréhension de cette maladie grave.

Mauvais diagnostic

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Anorexie : pourquoi voir les malades comme des personnes dans l’hyper-contrôle de leur alimentation peut être dangereux

L'anorexie s'apparente plus à une addiction.  Crédit Reuters

Atlantico : Selon l'idée reçue, une personne anorexique contrôle strictement toute son alimentation. Dans une étude publiée (voir ici) dans le magazine Nature, le contraire est démontré : l'anorexie s'apparente plus à une addiction. Qu'en pensez-vous ? Cette maladie peut- elle être mieux comprise ainsi ?

Catherine Grangeard : Cet article montre, sous un autre angle, quelque chose de déjà connu : le hors-contrôle de l’anorexie.

Le piège est là. Parce que la personne craint de ne pas réussir à se maîtriser, elle met en place un processus d’hyper contrôle qui va la dépasser. Elle devient dépendante d’un automatisme.

Elle n’a plus le contrôle ; elle est sous-contrôle d’une obsession.

Cette incapacité à gérer une restriction qu’elle s’impose la soumet à une partie d’elle-même. L’anorexie, c’est hors-contrôle de la personne. Elle n’arrive pas à manger.

Une ambivalence extrême l’installe dans une impasse. Elle est maîtrisée par cette obsession qu’elle ne maîtrise pas. La crainte de comportement hors-contrôle explique pourquoi elle ne se permet pas de manger à sa faim, elle est terrifiée de ne pas s’arrêter, se maîtriser. D’où ce contrôle excessif, sans merci. Elle est dépendante comme d’autres le sont dans une addiction à un produit. Les comportements d’addiction ne nécessitent pas un produit. C’est ne plus être en capacité de s’en passer qui révèle qu’on est devenu addict. Cela peut être à quelqu’un, à un jeu, à des activités, …

Le contrôle, la dépendance, ce sont les excès qui font une maladie mentale comme l’anorexie. Est poussé à l’extrême un comportement fortement valorisé qui est la maîtrise de soi. On ne décrit pas assez l’anorexie comme cette incapacité à conserver cette maîtrise au point d’en devenir l’esclave. Etre assujetti à une incapacité, à une privation de la liberté de se nourrir, c’est terrible. Ce n’est plus du tout fun !

Les thérapies actuelles semblent avoir montré leur limite. En quoi cette nouvelle découverte peut faire évoluer la recherche sur cette maladie ?

Une étude avec 21 sujets est-elle vraiment suffisante ? De nombreux biais vont s’introduire là où une cohorte plus importante les réduit. Pour qu’une étude offre des résultats fiables, il est nécessaire soit qu’il y ait un grand nombre de personnes étudiées soit que ce soit une étude qualitative approfondie. Ici, en examinant un seul critère, on évacue l’aspect pluridimensionnel reconnu par tous comme causant des pathologies de cette gravité. En clair, il ne saurait y avoir une seule cause, donc étudier un seul facteur ne peut avoir grand intérêt. Les « experts » veulent trop souvent publier quelque chose et parfois le font alors qu’il serait bienvenu d’attendre un peu plus de données. L’anorexie est encore mortelle, on peut donc comprendre l’emballement de certains spécialistes. La conclusion, comportementale de l’étude la dessert. Si c’est une maladie mentale telle qu’il est dit, comment penser qu’un nouvel apprentissage suffise pour y remédier ? C’est ignorer que déjà les familles s’y mettent, naturellement. Plutôt que tenter un nouveau circuit d’apprentissages, comme cette étude suggère, pour contrer le manque de réaction du centre de récompense, il serait judicieux de ne pas inciter à atteindre des silhouettes faméliques, impliquant une alimentation insuffisante. D’autant que le centre de récompense est présenté comme se déclenchant moins intensément que chez les autres personnes. Redonner des habitudes pourrait pallier, est-il dit. Certes, et c’est ce qu’essaie tout entourage d’une personne qui n’obéit pas à ses signaux de faim. Le bon sens fait préparer des mets qui plaisaient auparavant à la personne quand on veut qu’elle se nourrisse.

 
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Catherine Grangeard

Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.

Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion français sur la question du surpoids. 

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