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Angela Merkel reconnaît une mauvaise préparation face à l'accueil des migrants mais le problème pourrait vite se révéler bien plus épineux encore pour l'Allemagne

"Nous n’avons pas tout fait comme il le fallait", estimait la Chancelière allemande, sur la question migratoire après un nouveau revers électoral. L'Allemagne se rend peu à peu compte que l'intégration des réfugiés intégration sur son marché du travail ne coule pas de source. Reste à savoir si cette situation pourrait réellement nuire à Angela Merkel ou pas.

Et maintenant ?

Publié le - Mis à jour le 23 Septembre 2016
Angela Merkel reconnaît une mauvaise préparation face à l'accueil des migrants mais le problème pourrait vite se révéler bien plus épineux encore pour l'Allemagne

Atlantico : Alors qu'il y a un an, Angela Merkel, au sujet de l'accueil des réfugiés, déclarait "On va y arriver", on constate désormais que l’Allemagne n’a pas réussi à intégrer de manière satisfaisante la plus grande partie de ces réfugiés et demandeurs d’asile sur le marché du travail. Politiquement, comment Angela Merkel peut-elle réagir à présent ? Quels pourraient être ses recours ? Comment peut-elle gérer une situation qui semble de plus en plus intenable ?

Laurent Chalard : Angela Merkel peut réagir de deux manières, totalement opposées. La première est de persévérer dans son choix premier, considérant qu’elle ne s’est pas trompée, mais qu’il faut donner du temps au temps, car la masse d’immigrants accueillie a été plus importante que prévue, d’autant que le pays était mal préparé, puisque tout s’est passé dans l’urgence. Il s’agirait pour elle de faire comprendre à ses concitoyens qu’il faudra plusieurs années pour que le pays puisse dignement intégrer ces nouveaux venus dans la société allemande, mais que la situation finira par s’améliorer petit à petit.

La seconde réaction possible serait de faire son mea culpa, chose assez rare cependant chez les politiques, en reconnaissant s’être trompée, du fait d’une sous-estimation du nombre d’immigrants qui allaient arriver et d’une surévaluation de leur capacité d’intégration dans la société allemande. Dans ce cas-là, il s’agirait pour elle de revenir sur les choix qui ont été faits.

En fonction de ses choix politiques, les recours qui s’offrent à Angela Merkel seraient, bien évidemment, différents. Si elle maintient sa position de départ, elle va se retrouver dans l’urgence d’engager des actions pour que l’intégration des migrants se passe mieux, ce qui passerait par une politique de regroupement familial, afin de réduire le déficit de femmes, source d’instabilité, et la mise en place d’un vaste programme de formation accélérée des migrants. Si elle revoie sa position de départ, dans ce cas-là, elle peut décider de renvoyer une partie des migrants, à commencer par les non syriens qui ont profité de la situation pour entrer en Allemagne, et de stopper les flux entrants.

Quoi qu’il en soit, elle n’a plus droit à l’erreur, car si le relatif chaos actuel venait à perdurer trop longtemps, la gestion du pays deviendrait intenable et l’Europe s’en verrait complètement déstabilisée. Elle doit donc faire face à une lourde responsabilité historique. 

 

Guillaume Duval : Il y a plusieurs enjeux dans cette question.

D'une part, je ne crois pas, contrairement à beaucoup de Français il me semble, que les Allemands aient jamais accepté autant de réfugiés en pensant qu'ils allaient les mettre au travail très rapidement. Je pense que leur besoin de main-d’œuvre n'est pas la première raison de leur accueil des réfugiés. Ils ont plutôt ouvert les portes du pays au vu de la situation humanitaire intenable, car n'oublions pas que les Allemands sont très chrétiens. Je sais que cela choque beaucoup de Français car ils ont vu des Allemands particulièrement rigides avec les Grecs lors de la crise grecque et ne comprennent pas que ces mêmes Allemands ouvrent leurs portes aux réfugiés. Mais en fait c'est la même chose : c'est le comportement très moral des Allemands, qui voulaient "punir" les méchants Grecs qui avaient triché et vécu au-dessus de leurs moyens, et qui veulent accueillir les pauvres Syriens menacés par la guerre, etc. Il n'y avait donc pas volonté de les intégrer tout de suite sur le marché du travail allemand, de les utiliser comme main-d’œuvre peu chère et toutes les choses qu'on peut lire tous les jours en France.

Dans ce contexte, je ne pense pas que les Allemands en veuillent particulièrement à Angela Merkel quand ils constatent qu'il est difficile d'intégrer ces réfugiés sur le marché du travail. Certes ils constatent que c'est difficile, que c'est long, mais ce n'est pas une surprise. Il y a des problèmes culturels et linguistiques importants. N'oublions pas aussi les problèmes de qualification, car il s'agit souvent de personnes qualifiées et diplômées, et ce n'est pas forcément de ce genre de travailleurs dont les industries allemandes ont besoin aujourd'hui. L’Allemagne a besoin de gens qualifiés sur le plan technique et du terrain, et il ne devait pas y avoir beaucoup de réfugiés, parmi ceux arrivés, qui avaient travaillé dans l'industrie en Syrie.

Quelles sont les causes des difficultés d'absorption dans l'économie des Syriens réfugiés en Allemagne ? Ces difficultés étaient-elles anticipables ?

Laurent Chalard : La principale cause de la difficulté d’absorption des réfugiés syriens est l’inadaptation de leurs compétences au besoin du marché du travail allemand. En effet, la majorité d’entre eux sont des paysans peu éduqués, souvent illettrés, venant des campagnes reculées du nord et de l’est de la Syrie, c’est-à-dire les régions les plus pauvres du pays, alors que ce dernier a un niveau de développement déjà peu élevé. En outre, ces populations peu ou non formées, sont originaires d’un pays où la langue allemande n’était guère enseignée (la Syrie est un ancien protectorat français), d’où une barrière linguistique difficilement surmontable pour les syriens, car pour travailler, il faudrait déjà qu’ils maîtrisent un peu la langue de Goethe.

Ces difficultés auraient pu, bien évidemment, être largement anticipées, si les dirigeants politiques allemands avaient étudié, en amont de leur prise de décision, plus précisément l’origine géographique des réfugiés syriens, de laquelle ils auraient pu aisément déduire leurs caractéristiques socio-économiques, ce qu’ils n’ont pas fait. Les leaders politiques allemands ont très largement sous-estimé le décalage économique et culturel entre la Syrie et l’Europe occidentale, pensant que les syriens s’intègreraient aussi facilement dans la société allemande que les ressortissants des pays d’Europe de l’Est que le pays accueille massivement depuis plusieurs décennies. Manifestement, l’élite allemande a confondu le quantitatif avec le qualitatif. En effet, l’immigration est plus une question de compétence des nouveaux venus qu’une question de volume. Par exemple, il est probable que l’accueil de 10 000 informaticiens indiens a un impact plus positif sur l’économie d’un pays que l’accueil de 100 000 paysans syriens ! L’amateurisme du gouvernement allemand dans le traitement de cette crise migratoire apparaît inquiétant et montre que le modèle de la bonne gestion allemande (et des choix économiques qui vont avec) a largement été exagéré, donnant partiellement raison aux analyses d’Emmanuel Todd sur la question.

 
Commentaires

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  • Par cauchoise - 20/09/2016 - 10:01 - Signaler un abus Perspectives d'avenir

    On oublie souvent que les migrants "économiques", majoritaires dans le flux des réfugiés, sont arrivés dans une Allemagne qu'ils prenaient pour un paradis, où tout coulait à flot : un bon travail bien payé, une belle maison, une grosse voiture etc...C'est ce que la télé leur montrait, ils y ont cru, ils sont venus ... et se retrouvent dans des habitations provisoires, presque sans le sou, et pour la majorité d'entre eux, sans travail. Combien de temps un jeune homme va t-il accepter de rester ainsi ? 5 ans ? 10 ans ? 15 ans ? Que fera t-il quand tous ses rêves se seront écroulés ? Il va repartir ? Essayer ailleurs ? Ou se révolter d'une façon ou d'une autre ?

  • Par vangog - 20/09/2016 - 11:46 - Signaler un abus La publicité Soros-Merkel est une publicité mensongère!

    comme toute publicité mensongère, elle provoque d'abord un flux de gogos, puis la colère de ces gogos, à qui on a promis plus que les locaux pauvres, avec, en prime, le multiculturalisme et la permission d'appliquer la "charia douce". Merkel est le führer des temps modernes, déclencheuse de chaos aboutissant à une guerre européenne quasi assurée, si les identitaires et les Nations ne reprennent pas la main rapidement...

  • Par vangog - 20/09/2016 - 11:46 - Signaler un abus La publicité Soros-Merkel est une publicité mensongère!

    comme toute publicité mensongère, elle provoque d'abord un flux de gogos, puis la colère de ces gogos, à qui on a promis plus que les locaux pauvres, avec, en prime, le multiculturalisme et la permission d'appliquer la "charia douce". Merkel est le führer des temps modernes, déclencheuse de chaos aboutissant à une guerre européenne quasi assurée, si les identitaires et les Nations ne reprennent pas la main rapidement...

  • Par LouisArmandCremet - 20/09/2016 - 12:59 - Signaler un abus Hallucinant

    "car il s'agit souvent de personnes qualifiées et diplômées" Des deux discours, il en est un qui me semble particulièrement bien loin de la réalité, c'est celui de M Guillaume Duval. Présenter les réfugiés syriens comme des diplômés est une vaste plaisanterie.

  • Par assougoudrel - 20/09/2016 - 13:55 - Signaler un abus Si les migrants ne trouvent

    pas satisfaction en Allemagne, ils viendront en France. Ils seront riches sans avoir à travailler. Ils n'auront qu'à procréer. et ça, ils savent le faire. La France, n'avait-elle pas envoyé des fonctionnaires là-bas afin de les inciter à venir chez nous? Ils se rabattront, c'est sur. Ils ne sont qu'à deux pas.

  • Par MIMINE 95 - 20/09/2016 - 15:54 - Signaler un abus MERCI GUILLAUME DUVAL

    j'ai bien ri en lisant vos arguments abêtissants, notamment le passage sur la fibre "charité chrétienne" des Allemands et sur les vilains grecs qu'ils faut punir..... EUH, quand Madame Merkel déclarait il n'y a pas si longtemps que "ces populations ne veulent pas s'intégrer et déstabilisent la société Allemande" en parlant des musulmans qui vivaient en allemagne, c'était quoi ?. Et que dire de L'argument des "diplômés" !!!, parait que le rire est bon pour la santé, avec vous , j'ai au moins gagné 10 ans.

  • Par emem - 20/09/2016 - 19:02 - Signaler un abus Méfiez vous du pathos !

    Un montage photo a suffi...

  • Par Gré - 20/09/2016 - 22:18 - Signaler un abus "une politique de

    "une politique de regroupement familial, afin de réduire le déficit de femmes, source d’instabilité" --- Je l'attendais celle-là. Il n'a pas fallu très longtemps pour qu'elle soit envisagée. Voilà qui promet de beaux scores électoraux à Merkel.

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Guillaume Duval

Guillaume Duval est rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, auteur de La France ne sera plus jamais une grande puissance ? Tant mieux ! aux éditions La Découverte (2015) et de Made in Germanyle modèle allemand au-delà des mythes aux éditions du Seuil et de Marre de cette Europe-là ? Moi aussi... Conversations avec Régis Meyrand, Éditions Textuel, 2015.

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Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

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