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Alors que Pierre Gattaz reste sans successeur, le Medef semble bien parti pour rater sa modernisation

Aucun des candidats déclarés n’est porteur d’une réforme de l’organisation patronale. Le Medef s’enfonce dans le conservatisme.

Atlantico Business

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Alors que Pierre Gattaz reste sans successeur, le Medef semble bien parti pour rater sa modernisation

Depuis la mise à l’écart de Jean-Dominique Senard, le futur ex-patron de Michelin, pour des raisons de limite d’âge, les quatre premiers candidats déclarés à la succession de Pierre Gattaz rivalisent de conservatisme pour ne fâcher personne et se donner les chances de gagner le fauteuil. 

Le comble, c’est qu’en dépit de leurs professions de foi, aucun n’est porteur d’un projet de modernisation radicale et forte. « Plus conservateur que moi, tu meurs. »

Déjà que l’organisation patronale, qui réclame à cor et à cri un allongement de la durée du travail, n’a pas été capable de modifier ses statuts pour reculer l’âge de départ à la retraite d’un candidat à la présidence qui aurait pu renouveler l’organisation, ceux qui sont maintenant placés sur la ligne de départ ont tellement peur de déplaire qu‘ils servent du thé tiède. 

Alors, on peut toujours se dire que le discours qu’on doit tenir pour accéder au pouvoir ne sera pas celui qui servira à l’exercice du pouvoir.

Sans doute, mais ce type de décalage était réservé à la politique avant qu’Emmanuel Macron ne fasse la preuve qu’on pouvait être élu en parlant de ce qu’on allait vraiment faire.

Pierre Gattaz a beaucoup de défauts, mais on ne peut pas dire qu‘il n‘ait pas renouvelé le discours patronal en revalorisant l’entreprise et l’entrepreneur. Il a fait le job en redonnant à l’entrepreneur sa légitimité, ce qui colle à l’air du temps et aux nécessités. Emmanuel Macron a bien compris tout le parti qu’il pouvait en tirer. 

Mais, alors qu’il a dégagé les vieilles élites politique et tenté de réformer les structures du système français, le Medef devrait ouvrir des chantiers identiques de réformes quant au rôle du patronat et à son organisation. 

Jean-Dominique Senard avait ce projet et la crédibilité pour le piloter. Il a été écarté. 

Les candidats actuels sont tous très intéressants par leur jeunesse, leurs activités, leur ambition, sauf qu’aucun ne paraît avoir la force de renverser la table. Aucun ne paraît avoir la trempe d’embrasser la révolution digitale et d’en assumer les contraintes pour en extraire l’opportunité. Du moins, si on en croit leur discours.

Patrick Martin, président du Medef Auvergne et Fréderic Motte, qui vient du nord ou plutôt des Hauts de France, sont représentatifs d’un patronat assez protecteur des structures actuelles. Politiquement, on dira qu‘ils tiennent des discours très centristes. Il faut réformer mais ne bouleverser personne. Bref, la quadrature du cercle. 

Jean-Charles Simon, ancien directeur général du Medef est plus « révolutionnaire » puisqu’il critique violemment l’archaïsme du paritarisme. Mais son hostilité va lui valoir l’opposition de tous ceux qui vivent du paritarisme. Il se met donc hors jeu. 

Geoffroy Roux de Bézieux, vice président actuel, est intéressant. Il jouit d’une notoriété assez forte dans le mouvement. Il a la réputation d’un entrepreneur, même s’il n’a pas cassé la baraque en tant qu’entrepreneur. Il a passé plus de temps dans les couloirs du Medef ou de l’Unedic. Bref, il connaît le système et la musique. Il a compris, semble-t-il, que pour être élu, il ne fallait pas trop inquiéter les électeurs. Donc, il est prudent au point de ne rien dire. Ses amis ajoutent « qu’il n‘en pense pas moins». Sans doute, mais c’est quand même de la vieille politique. 

 
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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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