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Allocations chômage, coût du travail, Smic... Là où la France peut agir, là où ça ne sert pas à grand-chose

Alors que le sommet pour l'emploi s'est déroulé mercredi 8 octobre à Milan dans la plus grande indifférence, en attendant que l'Europe ne puisse apporter des solutions, la France peut déjà peser sur certains leviers afin d'inverser la tendance.

Charité bien ordonnée...

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Allocations chômage, coût du travail, Smic... Là où la France peut agir, là où ça ne sert pas à grand-chose

Le gouvernement mise beaucoup sur les solutions à l'échelle européenne capables de faire refluer le chômage.  Crédit Reuters

Atlantico : Le gouvernement mise beaucoup sur les solutions à l'échelle européenne capables de faire refluer le chômage. En attendant que les 27 parviennent à s'accorder sur une ligne politique commune, quelles sont les mesures structurelles, qui ne relèvent que de choix de politique intérieure, les plus susceptibles d'inverser la tendance sur le front de l'emploi ?

Philippe Crevel : Ce qui compte pour créer de l'emploi c'est d'avoir une offre compétitive. Il ne faut donc pas se focaliser sur le coût du travail contrairement à ce que l'on entend souvent… Globalement, il faut jouer sur les taux de marges en se positionnant sur le haut de gamme et sur les nouveaux marchés.

Il faut donc alléger au maximum la taxation sur les processus de production. Il faut aussi avoir les mêmes assiettes, et si possible les même taux, que les autres pays d'Europe sur l'impôt sur les bénéfices.

Mais le principal rôle du gouvernement, c'est de restaurer la confiance des entreprises en instaurant une vraie stabilité. On est hélas actuellement dans un contexte de changement incessant des règles. C'est cela qui est le plus préjudiciable à l'entreprise et donc à l'emploi : l'instabilité des règles plus que leur existence elle-même. Cela pousse à l'attentisme constamment.

Gilles Saint-Paul : Il faut remettre en question les négociations collectives par branche et décentraliser au niveau de l'entreprise. Il faut ensuite différencier le SMIC par région car il augmente dramatiquement les coûts salariaux unitaires dans les régions les plus pauvres, rendant l'embauche non rentable. Le taux de croissance du SMIC devrait dépendre des conditions régionales d'emploi et de productivité. Il faut geler le SMIC dans les régions les plus sinistrées pour converger vers un système où le SMIC est indexé sur le panier de consommation local et non national. De plus, il est crucial d'accroître le nombre des heures travaillées afin de réduire les cotisations sociales. Cela passe par une réforme ambitieuse des retraites et une augmentation de la durée hebdomadaire du travail.

Le gouvernement soutient actuellement une ligne "dure" vis-à-vis des chômeurs en exigeant un meilleur contrôle et une réforme de l'assurance chômage. Que faut-il en attendre ?

Philippe Crevel : Il y a d'une part la question du retour à l'emploi, et celle du niveau de l'indemnisation. Ce qui compte, c'est évidemment le retour à l'emploi et l'accès à un service de qualité de la part de Pôle emploi. Il ne faut donc sûrement pas réduire le montant de l'allocation chômage, mais peut-être sa durée pour améliorer l'incitation à retrouver un poste. Mais cela doit se faire en parallèle avec une amélioration du service : le demandeur d'emploi est une victime et non un coupable de sa situation, au moins dans 90% des cas.   

Gilles Saint-Paul : Cela peut avoir des effets positifs à moyen terme. Mais à court terme ces effets seront faibles car la conjoncture est déprimée. De plus, un contrôle strict est censé avoir été mis en place depuis déjà longtemps. On peut donc s'interroger sur les contreparties concrètes que ces réformes auront au niveau du comportement de pôle emploi. Je serai partisan d'une forte dégressivité des allocations au cours du temps, quitte à augmenter le niveau initial de l'indemnisation, par exemple en versant un "pactole" aux chômeurs qui perdraient leur emploi par licenciement économique dans un secteur clairement identifié comme étant en déclin.  

Les cotisations sociales et le coût du travail sont pointés du doigt comme des freins puissants. Quels sont les règles simples, politiquement réalistes et rapides à mettre en œuvre, qui donneraient les meilleurs résultats sur le front de l'emploi ?

Philippe Crevel : Il faut déjà supprimer les exonérations de charges sur les bas salaires. Elles coûtent 30 milliards d'euros et spécialisent la France sur les produits à faible valeur ajoutée, un domaine où nous perdons des parts de marché car nous ne serons jamais aussi compétitifs qu'un produit chinois ou roumain.  De plus, cela empêche une vraie réforme du système de protection sociale.

Il vaut mieux envisager  un vrai changement, avec un système plus progressif – éventuellement complété par un abattement sur les premières centaines d'euros de salaire – pour supprimer les effets de seuils que l'on connait aujourd'hui. La multiplication des dispositifs d'exonération rendent actuellement le système illisible, et même le Conseil constitutionnel commence à s'opposer à un système parvenu à bout de souffle. De toute façon le coût du travail restera élevé en France. Nous sommes un pays avancé et nous n'avons pas vocation à régresser. Nos coûts du travail sont finalement assez proches des coûts allemands ou danois, et ce qui compte dans les faits c'est un mélange des coûts, du temps de travail et de la productivité.

 
Commentaires

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  • Par TortugaP - 09/10/2014 - 08:42 - Signaler un abus Investissement

    On ne peut pas vraiment croire, même en faisant des efforts, qu’ils veulent favoriser l’investissement et l’emploi quand l’investissement en dehors des enveloppes fiscales type Assurance vie est taxé à 75% (ISF + CSG + IR)

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Gilles Saint-Paul

Gilles Saint- Paul est un économiste spécialiste du marché du travail.

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