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L'Allemagne tire-t-elle l'Europe vers une spirale déflationniste ?

Dans son dernier rapport semestriel consacré aux politiques économiques internationales, Washington accuse Berlin de freiner la croissance économique mondiale. Mais le problème dépasse les frontières allemandes.

Bertha dominatrix

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L'Allemagne tire-t-elle l'Europe vers une spirale déflationniste ?

"Depuis 2007, l’économie mondiale est en situation de trappe à liquidité."  Crédit fickr

Atlantico : La politique d’Angela Merkel provoque-t-elle "une tendance déflationniste" à l’échelle européenne comme le prétend le Trésor américain ? Par quels mécanismes influe-t-elle sur l’indice des prix et la croissance ?

Francesco Saraceno : Il y a deux mécanismes qui jouent. Le premier, structurel, est que les surplus commerciaux allemands découlent principalement d'une politique de modération salariale mise en place dès le début des années 2000. Avec l'inflation des pays de la périphérie ceci a créé des déséquilibres de prix relatifs. Le taux d’échange réel de l’Allemagne s'étant déprécié et l'inflation de l'Allemagne restant très faible, l'ajustement en cours ne peut se faire que par une déflation salariale très douloureuse dans les pays de la périphérie.

Le deuxième mécanisme est d'ordre conjoncturel. L’austérité imposée aux pays en crise en comprime les dépenses  publiques et privées. Ce processus serait moins douloureux, et plus efficace, s'il était accompagné par un soutien de la demande par les pays qui en ont la possibilité, comme l'Allemagne. Une politique expansionniste en Allemagne soutiendrait au moins en partie la production des pays de la périphérie  En fait l'Allemagne est aussi en train de mener des politiques restrictives (ou au mieux neutres). Ceci crée donc une insuffisance globale de demande pour la zone euro, qui se traduit en croissance anémique, et commence à peser aussi sur l’économie mondiale. D'où les remarques du Trésor américain, mais aussi de la Commission et du FMI.

Isabelle Bourgeois : Les Etats-Unis saisissent au bond l’affaire des écoutes de la NSA sur le portable de la chancelière Angela Merkel, pour s’en prendre à l’Allemagne qui symbolise l’économie européenne. Les arguments avancés n’ont rien de nouveau : ce genre d’attaques circule depuis au moins 10 ans à intervalles réguliers entre les Etats-Unis et différents pays européens. Cet antagonisme ancien a en fait été réactivé pour faire diversion à la problématique du budget américain. C’est une manière de faire oublier les problèmes américains et de relancer une vieille rivalité doctrinale entre la Fed e la BCE en termes de politique monétaire et budgétaire.

Mais l’Allemagne ne joue aucun rôle particulier dans la faible inflation actuelle au sein de la zone euro. En revanche, l’Allemagne est aujourd’hui l’économie européenne la plus compétitive et la plus active dans le but d’esquisser un véritable projet d’intégration politique de la zone Euro. Or les Etats-Unis voient dans ce projet l’émergence d’un grand concurrent.

La faiblesse de la demande intérieure en Allemagne, freine-t-elle les ventes du reste du continent ? Une augmentation des salaires est-elle envisageables pour relancer la consommation outre-Rhin ?

Francesco Saraceno : Comme  je le notais avant, l'ajustement des pays de la périphérie est doublement difficile : par son échelle, et par le contexte dans lequel il se produit; un contexte de croissance européenne molle. Par sa taille l'Allemagne pourrait tirer la croissance de la zone euro, et ceci pourrait faciliter l'ajustement de la périphérie. Il vaut peut-être la peine de rappeler que les reformes allemandes de 2003-2006 se sont faites sur fond de croissance forte de l'économie mondiale. Et pendant le processus de restructuration les entreprises allemandes ont pu bénéficier de la demande provenant de la périphérie de la zone euro pour les soutenir. Ces pays ont raison d'attendre aujourd'hui que l'Allemagne leur renvoie l’ascenseur.

 
Commentaires

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  • Par gliocyte - 13/11/2013 - 09:05 - Signaler un abus Bravo Sophie Bourgeois

    Enfin un intervenant, Isabelle Bourgeois qui ne fait pas du bashing allemand. Ca change! Son exposé est clair et plein de bon sens. Clarté et bon sens, voilà les maîtres mots que tous les politologues germanophobes feraient bien d'honorer. Au lieu de suivre les américains comme de bons petits toutous, ils devraient s'interroger sur les raisons qui les ont poussés à déclarer que l'Allemagne était responsable du ralentissement de la croissance, parole prononcée pourtant juste après l'affaire de l'écoute du portable de Merkel. Décidément, plus c'est gros, plus ça passe..

  • Par Benvoyons - 13/11/2013 - 09:44 - Signaler un abus L'Europe n'est pas un problème pour le Monde ni pour la France

    Mais par contre la France est un très grave problème pour le monde et l'Europe. Bravo à Sophie Bourgeois . Ne pas oublier que c'est les banques Américaines qui ont emmené le problème ( et surtout pour la Grèce). Quand un grand procès contre cette banque Conseil qui a touché 600 millions d'€ La France doit réduire l’État à son domaine régalien et pas autre chose. La France doit comme dans tous les pays démocratiques que les Fonctionnaires ne peuvent pas être élus.( comme en UK, Allemagne,Autriche, Pologne, USA, etc) Depuis 30 ans 55 à 60% des élus députés, sénateurs,Régions,etc sont des fonctionnaires. Si la France va mal et n'arrive pas à se transformer c'est à cause de cette dictature des Fonctionnaires et qui coûte 57.6% du PIB. La France doit abroger comme quoi il y a que 4 syndicats en France et qui sont seuls à pouvoir signer les accords.(Éliminer les plus de 12000 fonctionnaires travaillant pour eux payés par l'Etat en plus des 95 % du budget des mêmes syndicats filiales du PS de FDG, LO.) L’État doit ne représenter que 45% du PIB mais pour que cela soit possible il faut impérativement qu'un fonctionnaire ne puisse être élu (comme dans les vraies démocraties).

  • Par abednego - 13/11/2013 - 11:45 - Signaler un abus Poser la question

    c 'est y répondre; .La RFA est une nation de gens agés dont le bas de laine serait laminé par l' inflation. Et ont beaucoup moins d'enfants entrant sur la marché du travail, qu' ils compensent par de l' immigration payée trois fois moins cher qu' un Allemend. Ca marche très bien , pourquoi voulez-vous ue ça change?

  • Par yavekapa - 13/11/2013 - 11:52 - Signaler un abus incroyable mais vrai

    la cigale ricaine qui a fait exploser le plafond de sa dette veut exterminer la fourmi qui n'est pas préteuse? on croit rêver. est-ce un ultimatum, prélude à la prochaine guerre ?

  • Par lsga - 13/11/2013 - 12:07 - Signaler un abus L'Europe protège les épargnants

    la politique déflationniste est défendu par JM Sylvestre ici même.   Ils veulent à tout prix préserver la valeur de l'épargne et du patrimoine.   c'est en effet parfaitement stupide. La fortune n'a pas être un acquis, mais doit toujours être la récompense d'un investissement.

  • Par gliocyte - 13/11/2013 - 12:31 - Signaler un abus Vos sur-titres!!!!!! (troisième rappel)

    Sont de plus en plus indignes. Aux "souvenirs pileux" pour évoquer nos courageux Poilus, "Aux rats qui quittent le navire" pour évoquer les français qui ne voient plus que l'issue de l'exil, vous traitez maintenant Merkel (qui d'autre en effet?) de Bertha dominatrix. Bertha allusion à la grosse Bertha de la dernière guerre qui a fait des ravages et dominatrix qui fait allusion à la personnalité dominante qui se livre à du bondage. C'est quoi ça, des raclures sorties tout droit des poubelles? Votre sur titreur bénéficerait-il d'une protection particulière ou d'une participation financière majoritaire dans votre journal? Si ce n'est pas le cas, renvoyez le! Il empuantit l'atmosphère. D'autant que vos sur- titres sont totalement inutiles.

  • Par lsga - 13/11/2013 - 13:26 - Signaler un abus @glyocite : zéro complexe

     

  • Par naejnaej - 13/11/2013 - 15:54 - Signaler un abus Déflation... je n'en sais rien...

    mais il est clair que le pouvoir allemand tire tous les allemands vers le bas, c'est le peuple le plus surexploiter des pays développés et le pire c'est qu'ils en sont fier, fier de leur réussite économique, fier de leur belle bagnole... Des fiertés qui ne leur rapporte que la misère. Il faut en plus que les allemands s'attendent au pire puisque tous les autres pays veulent suivre leur modèle, détruire le CDI, le SMIC et réduire les aides sociaux... Quand tous les pays auront fait cela, le pouvoir allemand n'aura d'autre choix que d'aller encore plus loin dans l'exploitation de leur population pour rester compétitif...

  • Par naejnaej - 13/11/2013 - 15:56 - Signaler un abus @lsga

    C'est exactement ça, toute les politiques misent en oeuvre en Europe visent a protéger les rentiers de la finance et leur patrimoine au détriment de tous.

  • Par Equilibre - 13/11/2013 - 16:25 - Signaler un abus Euh, comment dire

    -modération salariale: en gros, à la différence de tous les autres, ils n'ont pas redistribuer plus en salaire que l'inflation. -déflation salariale très douloureuse dans les pays de la périphérie Et inutile car toute montée du neuro détruit cette déflation. - L'allemagne peut ci, çà... L'Allemagne vieillit, les arguments appelant à augmenter les salaires pour augmenter la consommation sont nuls. . En fond, avec le neuro, nous nous posons des questions insolubles. Cette zone de merde sera notre cimetière. Avant cette UE, les choses étaient beaucoup plus simples, plus brutales et généraient plus d'équilibre à terme entre les pays. Maintenant, plus personne ne peut bouger. Les taux d’intérêts bas sont une catastrophe et une hérésie. Et un même taux pour tous une connerie aussi grande que le mariage pour tous. Nous ne sommes pas tous égaux et chacun a ses besoins. Mort à cette UE socialiste soviétique.

  • Par lsga - 13/11/2013 - 16:47 - Signaler un abus @Equilibre : qui propose de retourner au Franc ?

    personne, à part Chevènement peut-être. Pour rappel, Lepen a abandonné. Alors que c'était au coeur de son programme, elle l'a finalement retiré des tracts de campagne. Aujourd'hui, elle ne propose plus qu'un "éventuel référundum".  

  • Par naejnaej - 13/11/2013 - 17:28 - Signaler un abus @lsga

    C'est vrai ça, le FN est pour renégocier les traités européens... un peu comme Hollande nous l'avais promis.... Il n'y plus que François Asselineau et l'UPR qui ont la lucidité de vouloir quitter l'Euro et l'UE. Car il est vrai que l'Eu bloque en fait tous les pays européen, nous ne sommes même pas fichu de nous mettre d'accord pour créer une agence de notation européenne quand les indiens, les portugais, les sud africains, les brésiliens et autres ont réussi a se mettre d'accord pour en créer une... L'UE nous bride et comme le pense Asselineau, elle a été créée dans ce but.

  • Par Equilibre - 13/11/2013 - 18:23 - Signaler un abus @isagteux se félicite lui-meme en changeant de pseudo

    hein, naejnaej, dit jean jean. Et il se dit lui-meme troll haut de gamme. M'ouarf Bulot haut de gamme, 1 neurone, oui. Et encore, à partager entre chaque pseudo

  • Par ataud@voila.fr - 13/11/2013 - 18:24 - Signaler un abus Comme il a dit lui

    D'accord avec @naejnaej, l'UE s'est construite trop vite. Les systèmes économique de chaque pays ne sont pas suffisamment harmonisé et pas assez mûre pour s'unifier. La construction de l'UE s'est faite sur la base d'agendas anglo-saxon et surtout par des technocrates soumis à des intérêt particuliers, les cas des articles 104 de Mastrish et 123 de Lisbone, qui ne sont ni plus ni moins que les promotions de la loi Pompidou de 1973. Pompidou était directeur de la banque de Rothschild avant de devenir président et son ministre des finances de l'époque, Giscard, fut un des rédacteur des articles cités ... le conflit d'intérêt est patent. Le pouvoir de création monétaire n'est pas n'importe quel pouvoir, il fait de son détenteur un acteur incontournable ("systémique" pour reprendre le terme savant des économistes). On peu pas laisser un tel acteur faire ce qu'il veut sans le réglementer et le surveiller. Quand on confie une mission importante à quelqu'un et qu'il failli à plusieurs reprise, le bon sens voudrait qu'on ne renouvelle plus son mandat. Les banques privée ont suffisamment fait de dégâts comme ça avec le pouvoir de création monétaire, il est temps de le leur enlever.

  • Par ataud@voila.fr - 13/11/2013 - 18:31 - Signaler un abus Réponse à @lsga

    Pas besoin de revenir au Franc, on pourrait revoir les articles 104 de Mastrish et 123 de Lisbone pour basculer le pouvoir de création monétaire du coté où il est le plus contrôlable par les peuples. Les banques ont assez fait de dégât comme ça, il est temps de leur enlever ce pouvoir dont elles ont abusé sans vergogne. La porte reste ouverte à toute idée ou réflexion sur l'architecture politique qu'il faut pour ça.

  • Par Jaca10 - 13/11/2013 - 22:07 - Signaler un abus Quelle chance !

    L'Allemagne c'est la Chine en Europe. Et on est lié à eux par l'Euro ...

  • Par naejnaej - 14/11/2013 - 11:58 - Signaler un abus @lsga

    Pas d'accord sur ton analyse d'Asselineau... Il était effectivement haut fonctionnaire nommé par Sarkozy mais a démissionner quand il a compris ce qu'il se passait. Il n'est pas du tout d’extrême droite, d'ailleurs je ne pense pas que Pasqua soit d’extrême droite. Je parle d'Asselineau mais je ne le soutient pas. Par contre NDA est de droite et libérale... C'est caricaturale de nous dire qu'il veut retourner au année 50... Pour moi c'est plutôt un progressiste... Je t'invite a consulter ses conférences très intéressantes sur sur le site de l'UPR. Aujourd'hui, pour moi le moins pire serait Melenchon...

  • Par naejnaej - 14/11/2013 - 12:02 - Signaler un abus @ataud@voila.fr

    Tout a fait d'accord avec ton analyse, manque plus qu'essayer de convaincre les ahuris qui accusent les immigrés ou "la gauche" de tous les malheurs sans se rendre compte que nous avons affaire a une classe politique complètement compromis au service d’intérêts particulier...

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Francesco Saraceno - Isabelle Bourgeois

Francesco Saraceno est économiste senior au sein du département Innovation et concurrence de l'OFCE. Il est également signataire de la tribune : The economist warning. Vous pouvez le retrouver sur Twitter ou sur son blog.

Isabelle Bourgeois est maître de conférences à l'Université de Cergy-Pontoise et chargée de recherches au Centre d'Information et de Recherche sur l'Allemagne contemporaine (CIRAC). Elle est rédactrice en chef de Regards sur l'économie allemande. Bulletin économique du CIRAC.

Elle est également l'auteur de PME allemandes : les clés de la performance (Cirac, 2010).

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