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Alerte à la hausse : ce choc pétrolier que redoute l’Agence internationale de l’énergie

Outre les prix à la pompe, la baisse du cours du baril de pétrole a également un impact sur les investissements réalisés par les compagnies pétrolières. Avec un recul de près de 100 milliards de dollars, cette réduction des investissements influe directement sur le niveau de production mondiale de pétrole.

Trop va la cruche au puits (de brut)

Publié le - Mis à jour le 1 Avril 2016
Alerte à la hausse : ce choc pétrolier que redoute l’Agence internationale de l’énergie

Atlantico : Neil Atkinson, responsable de la section Industrie pétrolière et Marchés à l'AIEA, a affirmé ce mercredi que les compagnies pétrolières ont réduit leurs investissements de près de 100 milliards de dollars alors que le prix du baril de pétrole a atteint son niveau le plus bas depuis 12 ans. Quelles sont les conséquences directes et immédiates de ces réductions liées à l'investissement ? 

Stephan SilvestreLa chute des investissements des industries pétrolières est la conséquence directe de celle du prix du pétrole depuis juillet 2014. Ce mécanisme bien connu dans l’industrie minière a deux explications : d’une part, le niveau des investissements dépend directement des bénéfices engrangés par les compagnies pétrolières ; d’autre part, les investissements reflètent la confiance dans l’avenir des actionnaires et de leurs soutiens financiers : lorsqu’ils doutent de la rentabilité des investissements, ils lèvent le pied.

La première conséquence sera bien entendu une baisse de la production. Mais celle-ci n’est pas immédiate : on constate habituellement un décalage de deux à trois ans entre une variation du niveau des investissements et son effet sur la production. Ainsi, le niveau de la production américaine a connu un léger tassement en été 2015 (-5%), lorsque le nombre de plateformes de forage non-conventionnel a baissé. Les industriels avaient pu compenser cette baisse par une amélioration de la productivité par puits. Mais celle-ci va atteindre ses limites et le niveau de production devrait décliner dès cet été, ce qui entraînera une hausse des importations américaines à l’occasion de la driving season américaine. Le niveau des stocks a d’ailleurs d’ores et déjà commencé à se réduire. Ailleurs dans le monde (Iran, Irak, Venezuela, Russie, Nigeria…), des investissements sont nécessaires pour entretenir et rénover l’appareil de production, faute de quoi il ne sera plus en mesure de tourner, ce qui aggravera encore la situation économique de ces pays. 

300 milliards de dollars environ : c'est le montant minimum des investissements de l'industrie pétrolière pour maintenir la production au niveau actuel. Or, en réduisant leurs investissements, les compagnies pétrolières risquent de provoquer un effondrement de la production mondiale. Quel impact cela aura-t-il sur notre quotidien ? Cela accéléra-t-il le processus de transition énergétique ?

Un effondrement est peu probable. Beaucoup de pays parviennent à produire en investissant a minima. Le niveau de production mondial est actuellement excédentaire de près de 2 millions de barils par jour par rapport à la demande. Cet excédent va se réduire pour revenir à 1 million de barils par jour au 2ème semestre. À ce niveau, les tensions sur les prix vont les entraîner à la hausse, entraînant mécaniquement celle des carburants. Cette hausse pèsera sur la croissance occidentale, mais surtout en 2017.

 
Commentaires

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  • Par pierre de robion - 28/03/2016 - 22:36 - Signaler un abus Après le beau temps, la pluie!

    Excellent article qui a l'avantage d'enfoncer les portes ouvertes, justement celles que l'on ne voie pas et qui nous mènent dans le mur! Et c'est d'une logique absolue!

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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