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Aide soignante de Chambéry : comment le débat mal posé sur l'euthanasie amène à tuer "par pitié"

Une affaire d'empoisonnement de personnes vulnérables et âgées en maison de retraite relance – une fois encore – le débat sur l'euthanasie. Mais dans le cas présent, la situation semble plus floue et montre surtout le danger d'un emballement sur cette question sensible.

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Aide soignante de Chambéry : comment le débat mal posé sur l'euthanasie amène à tuer "par pitié"

"Le kit de suicide" présenté par le Dr. Philip Nitschke, militant pro-euthanasie.  Crédit Reuters

Atlantico : Une employée d’une maison de retraite de Chambéry a été mise en examen pour six empoisonnements et trois tentatives d'empoisonnement sur personnes vulnérables. Elle reconnait les faits et dit avoir voulu soulager leur souffrance mais dit n’avoir pas voulu les tuer. Que faut-il penser de tout cela ?

Damien Le Guay : Loin de moi l’idée d’interférer dans une procédure en cours ou de "juger" cette personne, alors même que la justice est saisie. Cette personne doit rendre des comptes.

Elle le fera. Nous en saurons plus. La loi s’appliquera. Laissez-moi seulement poser quelques questions, en l’état actuel de ce que nous savons et apporter des pistes de réflexion.

Nous ne sommes pas dans un hôpital mais dans une maison de retraite. L’aide-soignante, chargée de donner une prescription médicale définie par un médecin, aurait donné un "cocktail" médicamenteux qui serait à l’origine des décès. Cette personne aurait agi seule, sans concertation et de sa propre initiative – ce qui change tout et aggraverait sa responsabilité. Elle aurait été traumatisée par la mort de sa propre mère et vivrait seule, en marge des autres.

Un personnel soignant est bien entendu en position dominante vis-à-vis de ceux qu’il soigne, soulage, traite. Il y a là, tout à la fois, une infinie solitude, un face à face compliqué à gérer, et le risque de développer un sentiment de toute puissance. D’où, dans tous les cas, le besoin, prévu par les dispositions actuelles, de concertation, de partage, de mise en commun pour tout à la fois soulager cette immense responsabilité des soignants et empêcher que ce risque de toute puissance n’augmente jusqu’à "donner" la mort.

Cette soignante a agi par "compassion" pour "soulager les souffrances". Une question se pose : comment se comporter face à ces souffrances de corps, ces troubles psychologiques, ces inquiétudes spirituelles ? Jusqu’où sont-elles "acceptables" pour les soignants – confrontés si souvent à ces situations si lourdes à vivre ? D’où, là aussi, pour éviter des dérives, et le besoin de soulager sa propre souffrance en "abrégeant" les souffrances des patients, une "aide psychologique" des soignants, le besoin de "reprendre des forces", d’en parler.

Une autre question se pose : jusqu’où cette "compassion" peut-elle s’exercer au point (si c’est le cas) de « donner la mort » sans répondre à aucune demande particulière du patient ? Là aussi, un risque de « surinvestissement » affectif est toujours possible jusqu’à déroger aux règles médicales, se croire investi d’une mission d’aide par la mort. Un risque de surinvestissement mais aussi, sous couvert de "bons sentiments", de perversion dans la maîtrise de la vie et de la mort des patients.

Dernier problème : le procureur de Chambéry s’interroge sur "l’intention homicide " de l’aide-soignante. Le droit est une chose. La réflexion éthique en est une autre. D’une manière générale, qu’il y ait ou non "intention" de "donner" la mort ne change en rien à une mort donnée sans consentement ni concertation – si tel était le cas. Nous ne serions pas là dans l’un ou l’autre des protocoles prévus par la Loi Léonetti. Et que la mort ait été donnée par "amour" ou "haine", par "compassion" ou "désir de tuer" ne change rien – sauf à prouver qu’une personne soit "irresponsable". Des personnes fragiles, âgées, souffrantes, sont mortes en raison de l’action d’une seule personne.

 
Commentaires

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  • Par pierre325 - 13/12/2013 - 10:38 - Signaler un abus C'est assez simple

    Il n'y a pas a avoir de bat sur l'euthanasie autrement que sur la manière de la pratiquer. Que ceux qui son contre ne la pratique pas et que les autre fasse pareil. La la vrai question est surtout qui dans le debat bloque les discussion sur se sujet. Je rappelle pour mémoire que pour la dame de Dijon en phase terminal qui la demandait, on lui a refusé au nom de l'humanisme. Cherché l'erreur.

  • Par Anemone - 13/12/2013 - 10:50 - Signaler un abus Compassion, mon oeil!

    "Cette soignante a agit par "compassion" pour "soulager les souffrances" --> De qui les souffrances? Simple : des siennes! Cet acte, comme tout acte d’euthanasie demandé pour une personne par quelqu'un d'autre est un pur symptôme de névrose grave. . Posez vous la question : "il voulait la mort parce qu'il voulait mourir dans la dignité" (dixit l'ADMD, secte socialiste). . Sans blague? Cékiki estime qu'être vieux et /ou en fin de vie n'est pas digne? Le malade (qui selon un sondage sur 3000 personnes en fin de vie, hein, pas un sondage de Médiapart) qui demande la mort pour soulager...Sa famille? ...... Ou la famille qui n'en peut plus (on peut le comprendre, ceci dit) et les soignants (qui n'ont rien à faire dans la profession de soignants s'ils en sont là) qui considèrent le malade ou le vieux comme un objet qu'on peut mettre à la décharge? . Sur quel principe demanderait-on ce qu'elle en pense à la famille. . Je ne suis pas la propriété de ma famille! Et personne ne l'est! Je ne comprends donc pas pourquoi la famille aurait droit au chapitre! . Mais tuer tous les vieux, les malades de tous âges, sauverait le régime de retraite de nos zélites et zélus zélés!

  • Par Anemone - 13/12/2013 - 10:55 - Signaler un abus @Pierre

    Vous parlez de Chantal Sébire? . La dame qui refusait un simple comprimé de Doliprane pour ne pas souffrir, celle qui a refusé tout traitement de son cancer alors qu'au moment de sa découverte, il était curable, mais qui disait qu'elle voulait qu'on la tue -elle ne voulait pas le faire toute seule, alors que physiquement, elle pouvait se suicider- parce qu'elle ne voulait pas souffrir? . Magouille habituelle de l'ADMD qui ressort systématiquement ce genre d'histoire "émouvante" mais bidonnée, hélas pour ces pauvres gens malades et facilement manipulés parce que fragiles - tous ces malades demandant l'euthanasie font partie de cette secte socialiste- pour arriver à ses fins : tuer tous ceux qu'elle considère comme inutiles!

  • Par pierre325 - 13/12/2013 - 11:05 - Signaler un abus oui c'est bien elle

    Après je sais pas si elle a été manipulé, mais le fait est que chacun a le droit de décider si il veut mettre fin a ces jours ou non.

  • Par Kcendre - 13/12/2013 - 11:41 - Signaler un abus Aucun commentaire à faire sur

    Aucun commentaire à faire sur le fond de l'affaire, trop mal connue. En revanche ce qui pose visiblement problème, c'est l'attitude des médias qui recherchent systématiquement et même préventivement une excuse pour l'assassin.Ecoutez les parler d'une voix sucrée de " la jeune femme", pas si jeune d'ailleurs-à 30 ans on devrait commencer à savoir ce qu'on fait! ( sous entendu : petite chose fragile, émouvante, tellement démunie...) Ils nous avaient déjà servi la grande théorie de l'acte d'amour a propos de l'assassinat de la pauvre petite Adélaïde! Aucune émotion en revanche pour les proches qui peuvent bien souffrir tous seuls, ils n'interessent personne! Tiens, ils mériteraient même peut être de se retrouver affichés sur le mur des cons... L'inversion des valeurs est une constante dans cette Société complètement folle.

  • Par pierre325 - 13/12/2013 - 12:26 - Signaler un abus tout a fait d'accord

    @Kcendre Tout a fait d'accord, notre société préfère les violeur au violé.

  • Par Loupdessteppes - 13/12/2013 - 15:03 - Signaler un abus La compassion ou la passion des cons ?

    C'est la question... L'être humain post-freudien devient lâche devant la souffrance et les dures réalité de la vie-mort (Lao Tseu). Ne serait-ce pas les psy et les ex-jeunes (nouveaux adultes trouillards) qu'il faudrait euthanasier...

  • Par wolfgangamadp - 13/12/2013 - 18:09 - Signaler un abus Les EHPAD sont les nouveaux

    Les EHPAD sont les nouveaux produits d'investissement à forte rentabilité qui remplacent les cliniques privées. A la tête on trouve souvent des toubibs reconvertis en businessmann qui exploitent eux même ou des fonds d'investissement qui louent les murs à un exploitant (groupes spécialisés). Dedans on trouve des vieux (parfois même pas si vieux) soit sans famille, soit abandonnés de leur famille, mais toujours des riches car le mois coute dans les 3 000 à 4 500 € selon la dépendance. En gros vous voyez votre patron, lui il sera en Ehpad, vous, on vous donnera une piqûre pour soulager la sécu. Les biens sont souvent vendus pour payer l'EHPAD. Chacun a sa chambre aux normes handicapés. Dans la journée tout le monde est assis dans son fauteuil souvent à roulettes dans le hall de l'EHPAD, dans le réfectoire ou dans une salle TV. Espérance de vie de l'ordre d'un an ou 2 pour les plus coriaces. Un peu de personnel pour surveiller tout le monde, faire les soins. Il peut arriver que certains pensent disposer du droit de vie et de mort, mais l'intérêt de l'Ehpad n'est pas de faire mourir, pas bon pour les stats de l'établissement et pour attirer de la clientèle.

  • Par jean fume - 13/12/2013 - 18:45 - Signaler un abus "« donner la mort » sans répondre

    à aucune demande particulière du patient ?" C'est effectivement toute la question à trancher. S'il n'y a eu aucune demande exprimée des patients, il s'agit effectivement d'homicide. Si ça correspond à une réelle demande des patients, qui souhaitent en finir, on est dans un tout autre registre. On peut être pour ou contre à titre personnel. Mais le patient reste seul propriétaire et décisionnaire de son existence.

  • Par pierre325 - 13/12/2013 - 18:45 - Signaler un abus mouais

    Personnellement je vois pas ou est la lacheté dans l'euthanasie. J'ai déja vue pas mal de personne en fin de vie. Rester toute la journée assie sur son siège a même pas réagir quand quelqu'un rentre j'appelle pas ça une vie. Mais encore une fois que chacun face son choix, et surtout que chacun l'ai c'est ça le plus important.

  • Par Anemone - 13/12/2013 - 20:26 - Signaler un abus @ Pierre

    -- "Après je sais pas si elle a été manipulé" . --> Elle a été manipulée. (j'ai suivi l'affaire, faisant partie, à l'époque, à la fois d'un service de SP et d'un comité d'éthique). Au point de refuser tout soin au moment du diagnostic et tout traitement contre la douleur ensuite! . -- "mais le fait est que chacun a le droit de décider si il veut mettre fin a ces jours ou non." . --> En accord avec vous : mais qu'elle le fasse toute seule (puisqu’elle pouvait physiquement et qu'elle était consciente, donc totalement autonome - bien que manipulée) . Bien que j'ai un peu de mal avec le suicide, je peux comprendre et chacun est libre de se tuer s'il en a envie (on sait que dans 95% des cas, ce n'est qu'un appel au secours et pas un geste qui se veut final) . Mais je suis contre le fait d'obliger les autres à le faire pour eux! (ce qu'elle a demandé)

  • Par pierre325 - 13/12/2013 - 20:46 - Signaler un abus je peux comprendre que ça gêne

    @Anemone a d'accord,merci pour ces précisions, je pensais pas qu'elle avait été poussé a ne rien faire. C'est sadique de poussé quelqu'un a faire ça. Tout d'accord avec vous si on fait le choix d'en finir que se soit la personne qui le fasse et que personne d'autre en porte la charge. Il y a d'ailleurs des systèmes qui le permette ou la personne se délivrer la dose au besoin en appuyant sur un bouton.

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Damien Le Guay

Philosophe et critique littéraire, Damien Le Guay est l'auteur de plusieurs livres, notamment de La mort en cendres (Editions le Cerf) et La face cachée d'Halloween (Editions le Cerf).

Il est maître de conférences à l'École des hautes études commerciales (HEC), à l'IRCOM d'Angers, et président du Comité national d'éthique du funéraire.

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