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Afghanistan : 10 ans de guerre
pour rien ?

L'armée française a officiellement quitté ce mardi le district de Surobi, près de Kaboul. Une étape cruciale du retrait de ses troupes d'Afghanistan, qui doit s'achever à la fin 2013. Malgré des succès locaux, les Taliban contrôlent toujours une partie du pays et il est probable qu'une guerre civile se déclenche après la fin du retrait américain en 2014.

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Afghanistan : 10 ans de guerre
pour rien ?

82 soldats français ont été tués en 90 mois de présence en Afghanistan (entre août 2004 et janvier 2012). Crédit Reuters

Le retrait prématuré des forces françaises d’Afghanistan est l’occasion de souligner l’échec de la stratégie politique et opérationnelle américaine de contre-insurrection, adoptée « nolens volens » par tous les contingents occidentaux présents sur ce théâtre d’opérations.

L’échec de la stratégie politique

Il est probable qu’après la fin du retrait américain en 2014 le régime Karzaï ne pourra survivre bien longtemps et que s’installera dans ce pays une guerre civile opposant le Sud et le Sud-Est au Nord et au Nord-Ouest du pays.

En effet, c’est au Sud, peuplé majoritairement par des Pachtounes qui représentent environ 40% de la population qu’est né le mouvement taliban.

Les cadres Taliban ont été formés dans les madrasas, ces écoles coraniques supérieures installées dans zones rurales du Sud.

Les autres minorités ethniques n’accepteront pas sans combattre de se soumettre à leur domination. En premier lieu les Tadjiks (30 % environ de la population) qui vivent  autour d’Hérat et dans les montagnes du nord-est à proximité du Tadjikistan  et dont était issu le commandant Massoud, chef de l’Alliance du Nord, tué par les talibans en 2001. Mais aussi les Hazaras de religion chiite, les Ouzbeks, les Aïmaqs et les Turkmènes qui représentent à eux tous environ 30% de la population.

Les Américains, toujours accrochés à leur stratégie d’adversaire-partenaire avec la Russie et la Chine, conforme à leurs intérêts planétaires, ont été incapables de mettre sur pied une coalition impliquant toutes les parties prenantes dans le règlement de ce conflit [1]. Ils ont tenu à l’écart, outre ces acteurs mondiaux, un acteur  régional, l’Iran qui a pourtant des intérêts importants dans ce pays et n’ont pas réussi à impliquer suffisamment le Pakistan pour qui l’Afghanistan est stratégique par la profondeur qu’il leur apporte face à l’Inde.

Ces pays après le départ des Occidentaux seront forcés de prendre le relais car ils ne pourront accepter sans réagir la mise en place à leurs frontières ou dans leur zone d’intérêt d’un régime taliban surtout s’il est dominé par des extrémistes islamiques.

L’échec de la stratégie opérationnelle

Toute stratégie opérationnelle de contre-insurrection doit combiner des composantes militaire, économique et politique. Ces trois aspects de la stratégie opérationnelle mise en œuvre par les Américains sont des échecs plus ou moins complets.

Force est de constater que malgré des succès locaux, les Taliban n’ont pas été éliminés et contrôlent toujours une partie du pays. Cet échec est lié à la stratégie choisie par les Américains jusqu’en 2009. Impliqués en Irak, ils ont menés en Afghanistan une « guerre à distance » causant des dommages collatéraux à la population afghane. La stupidité de la stratégie opérationnelle américaine dans les 8 premières années de la guerre se résume à cette équation : « une mission moyenne de deux heures, sans tir, d’un chasseur-bombardier moderne équivaut presque à la solde mensuelle d’un bataillon afghan » [2].

 
Commentaires

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  • Par Kakou - 01/08/2012 - 15:16 - Signaler un abus Et si..!

    Les responssables politiques toujours non...coupables méme si ce sont des assassins par délégation.....mais quant và t'on juger les vrais coupables...?

  • Par DEL - 01/08/2012 - 15:28 - Signaler un abus Vieille tactique militaire

    Une guerre pour rien? Oui, et d'abord parce que les américains ont armé les talibans par simple haine du communisme russe: il suffisait d'éviter cette faute-là pour éviter des milliers de morts, car le général oublie les morts des autres pays et les morts afghans. Mais peut-on attendre autrechose d'un responsable militaire qui vainqueur, est vénéré, et vaincu, tire les enseignements pour gagner la prochaine fois: c'est une vieille tactique et à ce niveau on ne perd jamais. Sauf que la guerre en afghanistan est bel et bien perdue à tous points de vue: une poignée de guerriers aux pieds nus est venue à bout d'une coalition des plus puissants pays du monde! Qui avait dit qu'on passe en Afghanistan mais qu'on n'y reste pas? Alexandre le Grand, et lui était vraîment grand.

  • Par -gentoo- - 01/08/2012 - 15:37 - Signaler un abus "Ces pays après le départ des

    "Ces pays après le départ des Occidentaux seront forcés de prendre le relais car ils ne pourront accepter sans réagir la mise en place à leurs frontières ou dans leur zone d’intérêt d’un régime taliban surtout s’il est dominé par des extrémistes islamiques." Vous voulez dire le même régime qu'a connu l'Afghanistan de 1997 à 2001 (avant l'intervention US) ? Donc ces pays ont déjà connu et accepté par le passé un tel régime, pourquoi en serait il différent maintenant ?

  • Par HR - 01/08/2012 - 18:25 - Signaler un abus Victoire occidentale

    Evidemment, quelques nostalgiques qui ont mal vécu la chute du communisme largement due à l'aide massive de la CIA à la résistance afghane pensent prendre une sorte de revanche. Ils prennent leurs désirs pour des réalités. Les fanatiques musulmans en Afghanistan et au Pakistan ont été renvoyés dans leurs caves, sous leurs tentes et dans leurs trou à rat. Les Américains ont cette fois parfaitement compris qu'ils ne peuvent plus abandonner la région à son sort. Ils ont aussi compris qu'ils ne peuvent plus se permettre de laisser le Pakistan, où tout se joue en réalité, livré à lui-même. Les Américains, et donc les Occidentaux, ne quitteront plus la région. Pour les talibans, l'époque où ils étaient les maîtres à Kaboul où ils disposaient d'une véritable base militaire est terminée. Bien entendu, les orphelins du communisme, et plus généralement le front rouge-brun-vert va essayer de faire passer le retrait programmé des troupes américaines pour une victoire. Mais seuls les imbéciles et ceux qui espèrent encore dans le totalitarisme (c'est les mêmes, c'est vrai) refuseront de voir que l'Occident sort renforcé de la confrontation.

  • Par langue de pivert - 01/08/2012 - 19:28 - Signaler un abus Tora Bora...vroooom ! booom !

    Le retour à la guerre civile sera l'échec des seuls Afghans ! L'échec de la coalition serait que des bases de terroristes se reconstituent pour organiser des attaques contre l'occident. Si cela devait se produire il faudra y retourner ! Mais l'on sait que ce ne sera pas la peine de gaspiller de l'argent pour la "reconstruction" ni même de descendre des avions !

  • Par latiole - 02/08/2012 - 09:24 - Signaler un abus Pas si inutile et mauvaise stratégie

    Deux choses : - Les sols afghans sont riches. - En effet, la stratégie fut mauvaise. Il fallait ici appliquer la même stratégie que Bigeard en Indochine, à savoir mener de véritables actions offensives non stop partout en Afghanistan.

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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