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Les affrontements au Yémen sont-ils le prélude d’une véritable guerre entre l’Iran et l’Arabie saoudite ?

Il suffirait de peu de choses pour que le conflit qui ensanglante actuellement le Yémen ne devienne une guerre ouverte entre l'Arabie saoudite et l'Iran.

La poudrière yéménite

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Les affrontements au Yémen sont-ils le prélude d’une véritable guerre entre l’Iran et l’Arabie saoudite ?

Les medias français parlent peu d’un foyer de tensions qui est entré en éruption au Proche-Orient et qui peut conduire à une déstabilisation généralisée de la région. Cette dernière affecterait alors considérablement l’économie des pays européens. La guerre qui est lancée par neuf pays sunnites contre des rebelles yéménites. Pour tenter de comprendre cet imbroglio dramatique, il convient de reprendre le fil des évènements.

La situation au Yémen depuis 2014

Les al-Houthi sont à l’offensive depuis l’été de l’année dernière. Ces tribus de religion zaydite proche du chiisme, mais aux pratiques s’apparentant aussi à celles du sunnisme, sont soutenues discrètement par l’Iran qui a trouvé là le moyen de s’opposer à l’influence de l’Arabie saoudite en prenant le royaume à revers, l’autre front étant constitué par la zone syro-irakienne sans compter la menace plus sourde que fait peser la majorité chiite au Bahreïn.

Partis de leur fief de Saada situé dans le Nord-Est du pays, les al-Houthi emmenés par leur chef Abdel Malek ont conquis la capitale Sanaa en septembre puis les provinces de la côte ouest avec l’appui des forces restées fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh. Ce dernier qui est un chiite zaïdite, s’est opposé durant de longues années aux al-Houthi en raison de leurs aspirations autonomistes. Mais aujourd’hui, il est un farouche adversaire des Frères musulmans représentés au Yémen par le parti al-Islah qui soutient le pouvoir légal. Il s’oppose aussi aux salafistes-jihadistes d’Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA). Il a été contraint de quitter son poste après la « révolte yéménite » de 2011 qui entrait dans la suite des « printemps arabes ».

En janvier 2015, son successeur, Abd-Rabbo Mansour Hadi a été obligé de quitter à son tour ses fonctions sous la pression exercée par les al-Houthi et les militaires fidèles à Saleh. Il a été placé en résidence surveillée mais il est parvenu à s’enfuir et à rejoindre la ville sudiste d’Aden où sont stationnées des troupes loyalistes et des Comités de résistance populaires qui rassemblent des milices sunnites qui lui sont favorables. Il est alors revenu sur sa démission et a appelé la communauté internationale à son secours. Il est aujourd’hui en Arabie saoudite.

Le 20 mars, des forces d’AQPA s’emparent brièvement de la ville d’al-Houta, chef-lieu de la province de Lahj situé au nord d’Aden. Les Américains qui maintenaient une mission militaire de cent membres des forces spéciales sur la base aérienne d’Al-Anad implantée à une trentaine de kilomètres au nord d’al-Houta, l’évacuent alors en catastrophe. Cela fait suite à l’abandon de l’ambassade américaine de Sanaa à la mi-février. Les Marines qui assuraient la protection de la mission diplomatique avaient été contraints d’abandonner leurs armes après les avoir neutralisées(1). Et pourtant, il y a six mois, le président Obama déclarait péremptoirement en parlant de la stratégie américaine de coopération avec le Yémen contre le terrorisme d’origine salafiste-jihadiste : « l’une que nous poursuivrons avec succès… pendant des années ». Les al-Houthi auraient saisi des documents détaillant les opérations secrètes menées par les services américains au Yémen avec, en particulier, l’identité d’une partie de leurs sources humaines (2).

Dans la foulée, les al-Houthi et leurs alliés s’emparent de l’aéroport de Taiz, la troisième ville du pays qui commande la route reliant Sanaa à Aden. De là, ils progressent vers le port de Mocha à l’ouest. Ce dernier donne directement sur le détroit de Bab el-Mandeb qui commande l’entrée de la Mer Rouge.

Le 25 mars, les al-Houthi se saisissent de la base d’Al-Anad (citée précédemment) dans leur marche vers Aden. Là, Le palais présidentiel est bombardé à plusieurs reprises par des avions « non identifiés ». Le président Hadi est alors exfiltré par la mer vers l’Arabie saoudite dans l’après-midi. En fin de soirée du même jour, les forces putschiste prennent l’aéroport d’Aden. Le chaos s’étend à toute la ville qui est sujette aux pillages de groupes armés.

La riposte de l’Arabie saoudite

Les rebelles yéménites sont allés trop loin. Le Conseil de coopération du Golfe arabique (CCG) emmené par Riyad décide de réagir face à ce qu’il considère comme une agression directe qu’il attribue ouvertement à Téhéran. L’Arabie saoudite amasse quelque 150 000 hommes le long des 1 800 kilomètres de frontière commune avec le Yémen et accuse les rebelles de déployer des missiles Scud qui menaceraient le royaume et Aden. Bien sûr, cette information est fausse mais il faut bien justifier la suite. Dans la nuit du 25 au 26 mars, des appareils saoudiens, des Emirats arabes unis (EAU), du Bahreïn, du Koweït, du Qatar (qui pour la première fois se retrouve aux côtés de Riyad), de Jordanie, du Maroc et du Soudan se lancent dans l’opération Decisive storm . Les installations militaires, la défense aérienne, les aéroports, les dépôts dans toute la profondeur du pays sont visés. La majorité des 300 missiles Scud tombés aux mains des rebelles auraient été neutralisés, particulièrement dans un camp situé au sud de Sanaa, mais la source saoudienne qui annonce cette nouvelle est sujette à caution.

Plusieurs pays se portent volontaires pour dépêcher des troupes au sol dont l’Egypte, la Jordanie, le Soudan et même le Pakistan. Pour ce pays, il n’est pas question d’intervenir au Yémen mais de « défendre l’Arabie saoudite » contre toute agression extérieure. L’Egypte envoie en catastrophe des navires de guerre en Mer Rouge à la rencontre de vaisseaux iraniens qui croisent déjà en Mer d’Oman dans le cadre de la lutte anti-piraterie.

L’Arabie saoudite impose un blocus de tous les ports yéménites et décrète l’espace aérien de ce pays comme no fly zone. Les Américains apportent une aide logistique et en renseignements. Pour sa part, la Turquie conteste l’omniprésence de Téhéran au Moyen-Orient. La France, la Grande-Bretagne, l’Espagne et la Belgique applaudissent l’opération saoudienne. Moscou, Damas, Téhéran et le Hezbollah libanais protestent contre l’« intervention de forces étrangères » au Yémen.

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 30/03/2015 - 10:40 - Signaler un abus Oui certainement!! mais indispensable à la destruction des

    zombis Islamistes entretenues par les uns et les autres.

  • Par chrisbord - 30/03/2015 - 14:21 - Signaler un abus Oups

    Que voila la réponse de Poutine ! En baissant les cours du pétrole afin d’asphyxier la Russie, L'IRAN soutenu par les USA et l"Arabie Saoudite également vont en découdre en semant une panique pas possible dans ces endroits stratégiques ce qui aura pour effet de multiplier les cours du pétrole ! Bien vu les Ricains. Encore une de vos "conneries" ! Vous êtes vraiment des rapaces ! En déstabilisant l'un et l'autre, quel magnifique coup de poker. Le vaincu n'aura plus qu'a se soumettre a l'impérator" !,

  • Par Ex abrupto - 30/03/2015 - 16:14 - Signaler un abus J'ai du mal à suivre...

    Les saoudiens ont une armée pour attaquer des pro chites/iraniens, mais pas pour attaquer DAESH..Ca alors! :-)

  • Par Texas - 31/03/2015 - 07:44 - Signaler un abus Excellent article

    A conserver , dans lequel sont décrits admirablement les " jeux d' influence " pour parvenir à l' équilibre entre Iran et Arabie Saoudite . On regrettera seulement que ne soit souligné l' enjeu majeur , qui semble échapper à Chrisbord : le Nucleaire militaire Iranien et le Traité de Non-Proliferation . @ Ex abrupto : 30000 militaires Saoudiens étaient déployés en Juillet 2014 sur les 900 kms de frontières cloturées entre l' Irak et l' Arabie Saoudite . Les frappes aeriennes sur Daesch inclut des escadrilles Emiratis et Saoudiennes .

  • Par Texas - 31/03/2015 - 07:55 - Signaler un abus Correction

    " les frappes aeriennes ....incluent .." . Par Traité de Non-Proliferation , pour Chrisbord , on entend l' accès au nucleaire militaire pour les Saoudiens ( avec l' aide des Coréens et pourquoi pas ulterieurement des Pakistanais ) avec son prolongement vers l' Egypte . Un vrai rêve dans cette region combustible pour votre " Imperator " ! .

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr (uniquement en version électronique); en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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