Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 27 Mai 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

MM. Hulot, Darmanin et les autres : à quelles boussoles éthiques et philosophiques se fier pour se forger un avis quand la justice ne donne pas de réponse ?

Nous visons en démocratie, que nous voyons sage, bonne, vertueuse, non tyrannique, non violente, non dictatoriale. Mais elle est aussi ce que Platon appelle "le gros animal" sous la forme de l’opinion publique passionnelle.

Un peu de sagesse

Publié le - Mis à jour le 10 Février 2018
 MM. Hulot, Darmanin et les autres : à quelles boussoles éthiques et philosophiques se fier pour se forger un avis quand la justice ne donne pas de réponse ?

Atlantico : Suite à la révélation de l’affaire Nicolas Hulot, qui a été démentie par ce dernier, la presse, les politiques ainsi que les citoyens sont pris entre la nécessité d’écouter la parole des victimes et le fait de devoir aussi respecter la présomption d’innocence. Dans le monde actuel, soumis à la logique de l’emballement médiatique qui semble inévitable, comment faire face philosophiquement à cette double injonction ?

Bertrand Vergely :  Nous avons affaire aujourd’hui à trois phénomènes nouveaux. 1) Premier phénomène nouveau : celui de la démocratie digitale. La démocratie ne s’exprime plus simplement par la parole à travers la radio, par l’image à travers la télévision. Elle s’exprime par le message à travers Internet, Twitter et Facebook. De ce fait, la caisse de résonance médiatique est démultipliée par les nouveaux outils de communication qui surajoutent de la résonance à la résonance déjà existante. 2) Deuxième phénomène nouveau : l’utilisation par le féminisme de la caisse de résonance donnée par la nouvelle communication à travers le fait de mettre sur la place publique les affaires de harcèlement et de viol que subissent un certain nombre de femmes.

La délation, la « balance » sont utilisées comme armes politiques de lutte, d’émancipation et de libération.  3) Troisième phénomène : le fait que,  ce que l’on appelle le secret de l’instruction est régulièrement violé par les medias qui empiètent aujourd’hui sur le domaine de la justice en devenant un tribunal populaire spontané et  permanent. Mettons bout à bout 1) La caisse de résonance médiatique, 2) l’utilisation par le féminisme de cette caisse de résonance, 3) enfin le plaisir qu’ont les medias à jouer le rôle de tribunal populaire spontané et permanent. On aboutit à ce à quoi nous assistons à savoir un déchaînement de l’opinion et une mise à mort sociale non pas d’un citoyen mais des grands de ce monde, les grands de ce monde étant les célébrités ou les hommes politiques. Notre monde veut la démocratie. On entend par démocratie le pouvoir donné au peuple qui est le souverain en dernière instance. Nous avons aujourd’hui la démocratie. Sauf qu’elle n’est pas ce que l’on croit. On la pense sage, bonne, vertueuse, non tyrannique, non violente, non dictatoriale. Erreur. La démocratie n’est pas simplement la volonté générale inspirée par le souci de l’humanité envers l’humanité. Elle est aussi ce que Platon appelle le gros animal sous la forme de l’opinion publique passionnelle. On se demande aujourd’hui quoi faire quand  on a affaire à des affaires comme celle concernant Nicolas Hulot : donner la parole aux victimes de harcèlement ou respecter la présomption d’innocence.  Tel quel le problème est indécidable le problème étant beaucoup plus profond. Dans L’esprit des lois Montesquieu explique qu’il n’y a pas de République sans vertu. La démocratie devrait être une sagesse  permanente. On en a fait non seulement un droit mais un dû. Résultat nous sommes confrontés à ce à quoi nous avons affaire aujourd’hui : la violence démocratique menée au nom de la démocratie par des esprits sans culture et sans morale se proclamant juges de l’humanité. La démocratie est en train de mourir, tuée par la démocratie elle-même. Après l’affaire Fillon, l’affaire Hulot en attendant toutes celles qui ne vont pas manquer de suivre,  en est le témoignage. La solution existe. Dans trois éléments. 1) L ‘éducation, éduquer voulant dire enseigner les règles de la politesse. 2) L’instruction, instruire voulant dire connaître les savoirs fondamentaux qui permettent de vivre l’harmonie corps-âme-esprit  permettant à l’être humain de vivre de façon juste avec lui-même et avec ses semblables. 3) L’enseignement, l’enseignement étant l’ouverture de nous-mêmes comme capacité de présence à l’existence en étant centré et aligné intérieurement. La démocratie est le gouvernement des dieux et non des hommes, rappelle Rousseau au début du Contrat social. Si nous voulons sauver la démocratie il va falloir apprendre à devenir des dieux.

Quels seraient les auteurs philosophiques à lire ou à relire afin d’aborder cette question Quelles sont leurs leçons ?

Il n’y en a qu’un seul : Platon. Au livre VIII de la République tout est dit à propos de la démocratie et de ses dangers et dans la République en général tout est dit pour y faire face. Platon a pensé que le monde devait être guidé par la philosophie la philosophie consistant à respecter l’ordre spirituel de la réalité en permettant d’aller du monde matériel au monde spirituel en passant par le monde humain et personnel. Tout ce qui a été fait depuis des décennies en philosophie a été fait contre Platon, l’individualisme absolu le libre choix absolu, le mixte libéral-libertaire étant la règle d’un monde sans règle. On en récolte les fruits. Le monde devient un monde explosé qui ne sait plus comment se rassembler. Les énergies qui sont en l’homme au lieu d’être créatrices sont chaotiques et deviennent des forces de mort se retournant contre leurs détenteurs. C’est Platon qu’il faut relire pour apprendre à remettre la cité dans son axe en harmonisant les forces matérielles, humaines et spirituelles qui sont en elle et qui font sa richesse quand elles sont vécues de façon juste.

Du citoyen au responsable politique en passant par les medias, de l’accusé à la victime, quel doit être le rôle de chacun ?

La chose la plus importante de la vie est d’être juste. Être juste cela veut dire mettre l’existence en place en ordonnant tous les éléments qui sont en elle. Ne pas prendre la réalité à brûle pourpoint comme on le fait, à partir de soi, sans aucune règle et sans aucune base.  Etre juste cela veut dire découvrir l’ordre juste par rapport à la sexualité, à la relation homme-femme, à la justice, à la citoyenneté. Cet ordre juste existe au fond de chacun de nous. Devenons présent à nous-mêmes en écoutant l’être qui vit en nous. L’homme juste se met à se révéler, à parler et à guider. Il devient alors possible de parler de tout et d’être enseigné et notamment de tirer profit des erreurs et des fautes que l’on fait au lieu de vivre les erreurs et les fautes dans un climat d’hystérie comme c’est actuellement le cas, dans la plus grande souffrance, la plus grande violence et le plus grand mal être qui soit.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par J'accuse - 09/02/2018 - 10:12 - Signaler un abus Nous ne sommes pas en démocratie !

    Quand les candidats aux élections mentent pour se faire élire, quand les élus trichent sur les résultats de leurs actions, quand les technocrates imposent leurs lois, quand les élites (les aristos d'aujourd'hui) se pensent plus légitimes que le peuple pour gouverner et sont au-dessus des lois (irresponsabilité, impunité), quand les volontés populaires sont traitées de populisme et rejetées, quand l'argent du peuple est gaspillé et que les services publics sont inefficaces malgré une pression fiscale monstrueuse, qu'est-ce qui peut faire penser que le peuple est souverain ? Un peuple qui est guidé (guide se dit führer en allemand !) vit en dictature, même si le guide est un philosophe (Marx en était un). On a le droit de ne pas aimer la démocratie, mais on n'a pas le droit de tromper le peuple en prétendant que nous vivons en démocratie.

  • Par Deudeuche - 09/02/2018 - 12:31 - Signaler un abus Société paumée et sans repaires

    Fêtons les 50 ans de mai 68, et puis dans 50 ans Inch Allah!

  • Par vangog - 09/02/2018 - 13:19 - Signaler un abus La démocratie a été kidnappée par les corps

    intermédiaires, médias, associations et syndicats, qui, eux-mêmes ont été colonisés par les neo-trotskystes qui en ont pris le contrôle. Il faut, tout simplement, cesser de les subventionner, afin que la democratie reprenne toute sa place...

  • Par Deudeuche - 09/02/2018 - 13:53 - Signaler un abus @vangog

    Il y a même des nationaux neo trotskistes!

  • Par Aldel - 09/02/2018 - 14:34 - Signaler un abus Diagnostique proche de celui de Natacha Polony

    Le diagnostique présenté ici est proche de celui fait par Natacha Polony dans son dernier livre. Je ne partage pas l'ensemble des analyses qui y sont présentées (en particulier la sorte de paranoïa vis à vis des multinationales et la diabolisation du "libéralisme"), mais c'est une lecture fort instructive, à l'image de cet article qui retourne aux fondamentaux que nous avons oublié.

  • Par Anouman - 09/02/2018 - 22:15 - Signaler un abus Démocratie

    La vraie question ce n'est pas la démocratie mais pourquoi les gens se passionnent pour ce genre d'affaires où il n'y a rien d'autre qu'une rumeur. Parce que les preuves, il y en a rarement. Et même quand ça va en justice c'est parfois limite en terme de démonstration de la faute. Mais pendant qu'on parle de ces conneries on ne parle pas des vrais problèmes.

  • Par Michel Baubet - 10/02/2018 - 09:39 - Signaler un abus Du bon sens !

    Dans toutes ces affaires où les choses se sont passées sans témoins et sans laisser de traces, il n'y a qu'une parole contre une autre, et il n'y a aucune raison d'accorder plus de poids à l'une plutôt qu'à l'autre. La chose est donc indécidable et il vaudrait mieux ne pas en parler !

  • Par cloette - 10/02/2018 - 18:05 - Signaler un abus oui

    relire Platon, c'est une bonne idée .

  • Par Piwai - 11/02/2018 - 08:51 - Signaler un abus parce que tabou hier et prescrit aujourd'hui

    Le harcellement les viols de Hullot et Darmarin devrait etre oublié? Seulsles ssaloperies non prescrites devraient etre publié? ?? Je ne suis pas un fan de Rachida Dati mais si ce ne sont que des calomines, elle a entieremenr raison de dire que nos deux ministre devrait porter plainte et faire appelle a la justice, bizarement il ne le fond pas: CE NE SONT PAS DES RUMEURS TOUT SIMPLEMENT...

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€