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Accord pour une coalition CDU-SPD : ce parfum d’immobilisme et de déni de démocratie qui flotte sur l’Allemagne

Les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SDP) allemands sont tombés d'accord, ce mercredi, sur un "contrat de coalition". Mais les dirigeants qui ont conclu cet accord sont extrêmement affaiblis par leurs mauvais scores électoraux. Conséquences : la situation de déséquilibre politique et économique devrait perdurer, ouvrant la voie à l’ingouvernabilité et à l’extrémisme.

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Accord pour une coalition CDU-SPD : ce parfum d’immobilisme et de déni de démocratie qui flotte sur l’Allemagne

Atlantico : Selon Julian Reichelt, qui portera la ligne éditoriale du quotidien allemand Bild, l'accord de coalition conclu le 7 février entre la CDU/CSU et le SPD se résumerait par : "Le premier gouvernement SPD dirigé par une chancelière CDU". En quoi l'accord trouvé entre les partis de gouvernement du pays peut-il être à l'avantage du SPD ? Quelles sont les "victoires" obtenues par le parti social-démocrate allemand, et quelles en sont les conséquences, notamment au regard des ambitions européennes d'Emmanuel Macron ?

Rémi Bourgeot : L’accord est à l’avantage du SPD en ce qui concerne la cuisine de la répartition des portefeuilles ministériels. Le nombre et l’importance des ministères arrachés par le SPD sont déconnectés de sa désastreuse performance électorale, la pire depuis la création de la République fédérale après-guerre. La répartition des portefeuilles ressemble dans une certaine mesure à celle de 2005, avec la prise du ministère des Finances notamment, lorsque conservateurs et sociaux-démocrates étaient presque à égalité au parlement ; ce qui n’est plus du tout le cas, malgré la chute simultanée (mais moins importante) de l’Union. Au vu des dernières études, le SPD a chuté encore davantage et pèse désormais à peine plus que l’extrême droite, et il est même craint, en cas de nouvelles élections, que cette dernière ne passe devant.

En ce qui concerne l’accord programmatique, les sociaux-démocrates ont obtenu un certain nombre de mesures sociales d’ampleur toutefois limitées, en plus d’une reconnaissance relative de la nécessité d’investissements dans un certain nombre de domaines, notamment dans les infrastructures. La question européenne a été mise en avant, figurant en premier dans le document d’accord. Sur le fond néanmoins, le document reprend précisément l’accord préalable présenté récemment. Si on constate une volonté de s’afficher en faveur d’un nouvel élan intégrateur, les lignes rouges allemandes sont toutes clairement préservées et excluent l’idée d’un parachèvement de la zone euro. En particulier, aucune avancée substantielle ne semble possible sur la question de l’union bancaire.

Martin Schulz, en devenant Ministre des Affaires étrangères, jouera plus particulièrement le rôle de Monsieur Europe au sein du gouvernement et ne sera pas avare de déclarations ambitieuses qui trancheront néanmoins avec la modestie des concessions consenties autour de la notion d’un « Fonds monétaire européen », qui consiste à réorganiser le Mécanisme européen de stabilité ou d’une contribution allemande accrue au budget européen. Alors que cette coalition est présentée dans de nombreux médias comme tournant le dos à l’extrême intransigeance qu’incarnait Wolfgang Schäuble, ce dernier est en réalité la principale inspiration du modeste consensus présenté sur la question européenne. Cela est en en particulier visible en ce qui concerne la mise en avant d’un « Fonds monétaire européen », dont la caractéristique la plus ambitieuse réside précisément dans le choix de cette dénomination.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 08/02/2018 - 12:42 - Signaler un abus Merkel muss raus!

    Und Schultz eben so!

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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