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61% d’électeurs de droite opposés au projet de loi El Khomri : mais où sont passés les libéraux ?

Ce jeudi, un sondage Odoxa pour BFM Business, Challenges et Aviva, révélait que 2 Français sur 3 sont opposés au projet de loi El Khomri. Un phénomène aussi bien observable à gauche qu'à droite. Pourtant, il y a un an, 58% des Français avaient une image positive du libéralisme, selon un sondage iTélé et L'Opinion.

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61% d’électeurs de droite opposés au projet de loi El Khomri : mais où sont passés les libéraux ?

Atlantico : Que révèle ce sondage (voir ici) du rapport entre une offre politique de droite de plus en plus tournée vers le libéralisme et un électorat qui semble encore méfiant, comme il est possible de le voir au travers du sondage relatif à la loi El Khomri, indiquant l'opposition de 61% des électeurs de droite ?

Guillaume Sarlat : D’abord, il faut souligner que l’attitude du gouvernement Valls est très difficile à lire. D’un côté, il se prétend ouvertement libéral, au moins pour une partie de ses membres, ce qui est rare en France. Mais dans le même temps, il adopte des mesures hostiles aux libertés publiques. Et il propose des textes de lois économiques et sociaux présentés comme libéraux qui, soit manquent terriblement de contenu (les lois Macron, dont la deuxième a même disparu discrètement), soit sont très mal préparés (la loi El Khomri).

Ce n’est donc pas l’action du gouvernement Valls qui va permettre de clarifier la relation des électeurs de droite, et des Français en général, avec le libéralisme. Cette relation va rester ambivalente, comme le reflètent les récents sondages sur la loi El Khomri.

C’est d’abord la relation des Français avec les libertés publiques qui est ambivalente. D’un côté, les libertés publiques font partie du récit national : la France serait la patrie des Droits de l’Homme, et donc notamment des libertés, premier terme de la devise nationale. Mais de l’autre,  les Français sont beaucoup moins attachés aux libertés publiques que, par exemple, les Anglais. La loi renseignement, le renforcement des pouvoirs de la police et de la justice, ou la prolongation de l’état d’urgence n’ont ainsi provoqué pratiquement aucune réaction dans l’opinion publique.

La relation des Français avec le libéralisme économique est également ambivalente. La France est souvent présentée comme un pays très peu libéral économiquement, au vu notamment du poids des dépenses publiques et de l’épaisseur du Code du travail. C’est oublier que depuis plus de 30 ans, tous les gouvernements, unanimement, ont libéralisé l’économie, abaissé les charges sociales sur les bas salaires, et largement réduit la portée pratique du Code du travail (renouvellement de CDD, multiplication des stagiaires, assouplissement des 35 heures…).

Au final, je comprends les motivations, tactiques, des candidats aux primaires à droite de se positionner sur le libéralisme économique, car ils souhaitent se différencier du Front national. Mais au vu de l’ambivalence des Français, et notamment des électeurs de droite, sur ce sujet, je pense que cette tactique sera un échec.

Jean Petaux : Sans vouloir faire acte de provocation gratuite, il est nécessaire de poser préalablement ici une question simple : comment les Français peuvent-ils se prononcer sur un texte de loi dont le projet n’est même pas encore passé en Conseil des ministres ? En imaginant que ce texte ait été lu (ce qui serait une première du genre) et compris (ce qui constituerait une véritable révolution), on pourrait concevoir que la position des Français transcrite par le sondage Odoxa-BFM Business serait pertinente… Mais, en politique, ce qui compte ce n’est pas la " réalité " (encore moins la " vérité ") mais bien plus la " perception ", ou encore la " reconstruction ". En ce qui concerne la loi El-Khomri, une majorité de Français apparaît très clairement comme hostile à toute forme de dérégulation ou si l’on préfère de " déprotection ". Toute mesure (réelle ou supposée) visant à assouplir les conditions de licenciement est refusée. Depuis plusieurs années (et le phénomène s’est amplifié avec la crise de 2008) l’opinion publique française demande davantage de protection pour celles et ceux qui travaillent. On le voit très clairement, la société française n’est pas du tout " libérale " au sens économique ou monétariste du mot. L’heure n’est pas au " néo-thatchérisme " et sans doute même pas aux " lois Hartz " adoptées en Allemagne en 2004 à l’époque du chancelier Schröder, et dont certains tirent matière à modèle pour la France d’aujourd’hui

Que les choses soient bien claires : la question n’est pas de savoir si cette posture de la société française est bonne ou mauvaise, dangereuse pour l’avenir, ou au contraire très raisonnable et responsable ; cette appréciation relève du choix et de la lecture propre à chaque citoyen-électeur. L’importance ici est de noter qu’il existe un vrai décalage (on pourrait presque parler de " rupture ") entre des propositions politiques (à droite ou, pour partie, à gauche) qui ne vont pas dans le sens des attentes du plus grand nombre. Cette coupure entre l’offre programmatique et la demande sociale contient une potentialité de blocages considérables qui peuvent, à court terme, faire exploser la société française.

 
Commentaires

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  • Par HdH - 04/03/2016 - 09:34 - Signaler un abus Electeurs de droite !?

    Quémandeurs de droite, plutot, n'osant pas avouer leur solidarité avec les ...quémandeurs de "goche" ! Frileux, peureux, ... Pour leur défense il faut rappeler la perversité de la formation à l'économie telle que pratiquée par le système scolaire... jusqu'à l'ENA.

  • Par Deneziere - 04/03/2016 - 10:44 - Signaler un abus G. Sarlat... quelle tarte à la crème

    On cite cette perle de l'auteur : "D’abord, sur le constat, cette offre politique devrait sortir du déni et reconnaître le caractère fortement libéralisé de l’économie française aujourd’hui. L’Etat a déserté le champ économique depuis plus de 30 ans, il faut le reconnaître. Et si en apparence il peut paraître omniprésent avec ses participations dans les entreprises, son code du travail volumineux ou ses aides sociales innombrables, c’est parce qu’il tente ainsi de pallier les effets de cette libéralisation économique." Allez on traduit en une seule phrase : L'état fait un pas en avant libéral et deux pas en arrière pour pallier les effets du pas en avant. Et pour un inspecteur des finances, cela donne une économie "fortement libérale". Faillite des élites.

  • Par Anguerrand - 04/03/2016 - 11:47 - Signaler un abus Ça c'est la France !

    Tout le monde sait qu'il faut faire des réformes mais avant meme qu'un projet soit définitif, il le condamne. Àlors que les francais restent dans la m.... Et que la France continue à s'appauvrir. Nos dirigeants continuent à déclarer que nous sommes la 5 eme puissance ce qui est faux, nous sommes 7 eme, et la première puissance agricole, faux également nous sommes 3 eme apres l'Allemagne et la NL

  • Par superliberal - 04/03/2016 - 13:14 - Signaler un abus Qui disait déjà que les Français étaient des veaux ?

    Ils ne faut pas trop les bousculer...ca va voter Juppé pour être sûr que rien ne change ou Marine pour se protéger derrière ses petites frontières... C'est quoi cette mentalité d'assisté ?

  • Par clint - 04/03/2016 - 15:59 - Signaler un abus Ils se moquaient tous de Sarkozy dans cette droite de discours !

    Ces grands penseurs de droite "forte sur le papier" qui ont tous dans leurs discours une liste de propositions de "vraie droite libérale se moquaient de Sarkozy quand ils disaient que l'on ne gagnent pas en France une élection avec des propositions pires que celle de cette loi ! Eh bien maintenant ils ont la réponse. Quant au FN qui colle à la vieille gauche n'en parlons pas : il faut aider les petites entreprises, ne pas revenir sur les acquis (la CGT gouvernerait elle maintenant avec le socialiste Philippot ?) !!!

  • Par Benvoyons - 04/03/2016 - 17:44 - Signaler un abus La question est globale alors que la réponse n'est pas sur le

    global de la loi. Ainsi il y a une majorité contre l'article 1 qui oblige l'entreprise a accepter le débat Politique au lieu du débat syndicale et l'obligation de l'expression religieuse qui n'a rien à faire dans les entreprises.( Cette article ouvre la voie de guerre interne dans les entreprises) Ceci est parfaitement scandaleux et prouve que le gouvernement la Ministre sont complètement déphasés avec la Nation.Maintenant concernant que l'ensemble des salariés puissent par référendum décider pour l'avenir de l'entreprise et bien une majorité est d'accord. Donc le résultat du sondage est parfaitement faux et trompeur,.

  • Par Deudeuche - 04/03/2016 - 20:23 - Signaler un abus Etre libertaire ou libéral on s'en fout

    Il faut émigrer, partir quoi! Ce pays est déprimant.

  • Par vangog - 04/03/2016 - 21:47 - Signaler un abus Non! Il faut rester et se battre...

    comme faisaient les résistants de la première heure contre les socialistes allemands. On risque moins que ces braves, non? Alors, bougez-vous, l'armée des ombres!

  • Par toupoilu - 05/03/2016 - 07:22 - Signaler un abus Personnellement, je ne vois pas l'interet economique

    de la possibilité de réduction de taux des heures supplémentaires. S'il y a surcharge temporaire de travail, il y a aussi de quoi le payer dignement. Surtout qu'il y aura la possibilité (que j’approuve) de négocier le temps de travail dans l'entreprise. Quand a la conjonction de la possibilité de licencier un salarié qui refuse une modification de son contrat de travail avec la possibilité de lui infliger le forfait jour dans les moins de 50 (il parait qu'ils reculent la dessus), je vous souhaite de le vivre. Le dernier point, s'il faut faire des efforts, et il faut en faire, alors il faut que tout le monde en fasse, les fonctionnaires (pas touchés par la reforme) en par exemple supprimant le statut de la fonction publique, et vous les retraités (non touchés non plus par la reforme), en réduisant par exemple les retraites de plus de 2000 euros de 30%, ce qui commencera a mettre la France dans les mêmes dispositions que l’Allemagne en ce qui concerne les dépenses (les gouffres) sociales. En résumé, pas toujours et uniquement les mêmes.

  • Par toupoilu - 05/03/2016 - 07:51 - Signaler un abus Autre chose,

    Si la loi passe, elle vide de son contenu les propositions de la droite. Si elle est fortement contestée dans la rue au point d’être obligé de la retirer, elle ruine le potentiel électoral des propositions de la droite. Beau piège à con.

  • Par Septentrionale - 06/03/2016 - 19:55 - Signaler un abus Je suis curieuse de voir ce qui restera in fine de cette loi

    Beaucoup de cris d'orfraie, par principe égoïstes et mal intentionnés, avec une masse qui se laisse manipulée. Une loi avec synthèse soustractive et de l'embrouille comme tout ce qu'aura fait finalement Merlinpinpin. Pourquoi cette loi amorçant quand même un petit début de bon sens pour une fin de règne?

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Guillaume Sarlat

Polytechnicien et Inspecteur des Finances, Guillaume Sarlat, a fondé et dirige à Londres une société de conseil en stratégie aux entreprises.

 

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ». Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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