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50 ans après le vote de la loi Neuwirth sur la contraception en France, la “magie” de la pilule s’est largement dissipée

Il y a une méfiance de plus en plus forte face à la pilule, de la même façon qu'on se méfie des traitements à la ménopause. A quoi est dû le désenchantement des femmes ?

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50 ans après le vote de la loi Neuwirth sur la contraception en France, la “magie” de la pilule s’est largement dissipée

Atlantico : 50 ans après la légalisation de la pilule contraceptive, où en est-on en France ?

 
Michelle Boiron :  Je précise que je ne suis pas gynécologue mais bien sexologue. Ce que j'entends beaucoup aujourd'hui c'est qu'il y a une méfiance de plus en plus forte sur la prise de la pilule, de la même façon qu'on se méfie des traitements hormonales substitutifs pour les Femmes à la ménopause. Aujourd'hui on se méfie des médicament en général  et donc de la pilule. C'est une régression. Bien sûr, il y a comme dans tous médicaments des effets secondaires qui sont inhérents à toute prise, mais si on fait un bilan entre risquer d'être enceinte et avoir recours à une IVG et être bien protégée, on peut se dire que la situation a bien changée depuis 1967.

 

Ne peut-on pas comprendre un rejet d'une médicalisation intensive ? Après tout, la pilule demande malgré tout un suivi médicamenteux quotidien : n'est-il pas normal de la trouver dangereuse car mauvaise pour les équilibres corporels ?

 
Les femmes peuvent mettre des patchs qui ont aussi une dose médicamenteuse. On peut leur poser un implant contraceptif. L'implant est moins risqué au niveau cardiovasculaire pour les femmes qui auraient des antécédents familiaux de phlébite. L'implant est équivalent à la micro-pilule. Ce qui est significatif, c'est que la pilule, hélas ne protège pas des maladies, et qu'après la crise du sida dans les années 90, l'usage du préservatif s'est imposé dans les couples progressivement, rendant la pilule indispensable pour la contraception de ceux qui n'utiliseraient pas le préservatif. 
 
Il existe le stérilet, mais il est souvent déconseillé aux femmes qui n'ont jamais eu d'enfant. Alors en dehors de toute attente on reviendrait à la méthode Ogino, la méthode naturelle, celle de nos grands-parents. En revanche , la pilule a été une telle libération pour les femmes des années 60 et les suivantes  qu'on ne peut pas l'exclure . 
 

La diversification des pratiques et la sortie du tout-pilule ne montre pas au contraire une responsabilisation de la société sur ces questions ?

 
La pilule a fait son effet pendant 30 ans, puis sont venus les méfaits de certaines molécules, qui provoquaient des migraines., perte de cheveux ... Aujourd'hui, on peut constater que la prise  d'IPDE5, traitement magique de l'érection, pour les hommes provoquent des risques comme des  maux de têtes...  Précisément on mesure le bénéfice que cette molécules procurent malgré quelques effets secondaires. C'est une vraie révolution .
 
Les femmes elles ont connu une vraie époque de tranquillité avec la pilule, il ne faut pas l'oublier. Cela a participé à leur libération sexuelle. Il faut peut-être trouver autre chose que la pilule aujourd'hui. 

 

Cela ne se justifie-t-il pas par la baisse généralisée de la fertilité masculine ?

 
Les hommes ne sont toujours pas prêts à utiliser une pilule qui annihilerait leur sperme. À juste titre aujourd'hui eu égard à leur fertilité aujourd'hui en baisse notamment à causes des perturbateurs endocriniens C'est une évidence, nous sommes dans une société où l'absence où risque zéro n'est plus accepté. La tendance est de diminuer les  prescriptions médicamenteuses au profit de traitement plus naturel. Aujourd'hui les femmes sont méfiantes, à cause des risques encourus sur médiatisés. Sont-ils nombreux ? Je ne suis pas médecin, je ne pourrais l'affirmer il faut être prudent. En gynécologie, on met souvent en avant les avantages libérateurs de la pilule pour les femmes en balance des  effets secondaires.
 
Nous sommes sortis d'une période qui a donné une réelle tranquillité d'esprit aux femmes. De nombreuses Femmes ont bénéficié  de la pilule contraceptive sans aucune inquiétude , mais il est vrai que les jeunes filles de  vingt ans aujourd'hui peuvent se poser la question après 50 ans de recul. 

 

Du coup, à risque zéro inexistant, on préfère donc revenir à des pratiques plus simples…

 
Les pratiques plus simples sont aléatoires. Elles  signifient aussi plus de risques de tomber enceinte ! Donc une augmentation de pilules du lendemain et aussi d'avortements contraceptifs. De nombreuses Femmes sont nées avec la méthode des températures dite Ogino, cela montre l'inefficacité de ces méthodes naturelles. Est-ce qu'aujourd'hui un homme serait prêt à se retirer avant l'émission de spermes? Il faut leur poser la question.  Je pense qu'il est difficile de revenir en arrière. Le contrôle de la jouissance reste une frustration . Dans la société en recherche permanente de mieux jouir cela ne me semble pas très approprié.  
 
Il y a peut-être un tournant puritain aujourd'hui, accompagné d'une baisse de la relation sexuelle liée en partie à l'augmentation du porno et du plaisir solitaire. Mais aussi de la fraternisation des couples. Il est vrai qu'on est loin de la libération sexuelle des années 60!
 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 20/12/2017 - 09:56 - Signaler un abus Pour restez poli

    Fuck the 60s ! Redécouverte des fondamentaux.

  • Par Deudeuche - 20/12/2017 - 18:22 - Signaler un abus Pour rester poli

    Et suivre les fondamentaux de l’orthographe sur le clavier. :)

  • Par Anguerrand - 21/12/2017 - 15:30 - Signaler un abus Pourquoi s’embeter avec la pilule

    Quand la SS rembourse l’integralite de l’avortement ? Certaines femmes immigrées pour la plupart utilise l’avortement comme moyen de contraception et multiplient les IVG. Le tout payé par nos cotisations bien sur

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Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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