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35 heures : comment une mesure prise pour lutter contre le chômage est finalement détricotée pour… lutter contre le chômage

Le nouveau projet de loi El Khomri, en augmentant le temps de travail sans augmenter les salaires, vise à faire baisser les salaires horaires. Une telle politique, censée augmenter la compétitivité des entreprises et donc se répercuter sur l'emploi, risque, du fait de l'inflation proche de zéro et d'une politique similaire axée sur la compétitivité menée en Europe, d'être inefficace et de provoquer des pertes bien supérieures aux gains.

D’une gauche l’autre

Publié le
35 heures : comment une mesure prise pour lutter contre le chômage est finalement détricotée pour… lutter contre le chômage

Atlantico : A travers le nouveau projet de loi El Khomri relatif à la négociation collective, le gouvernement s'apprête à revenir de fait sur les 35 heures, ceci, dans un objectif avoué de baisse du chômage. Pourtant, à l'origine même de la mise en place des 35 heures, l'objectif était déjà la lutte contre le chômage. Comment expliquer un tel paradoxe ?

Eric Heyer : Il s'agit en effet d'un paradoxe. On peut se demander si en réduisant le temps de travail, on crée des emplois ou pas. Pour répondre à cette question, il faut se référer à des travaux empiriques et théoriques qui montrent qu'à court terme, il y a bien une relation négative entre temps de travail et emploi, c’est-à-dire que lorsque l'on baisse le temps de travail, on crée bien des emplois.

A long terme, on peut avoir plus de doutes sur cette concurrence entre emploi et temps de travail.

Si on sort des travaux empiriques et que l'on regarde les choix en termes de politiques économiques  dans les autres pays, on s'aperçoit que les pays qui ont le plus réussi à faire baisser le chômage au cours de la crise économique et juste avant sont des pays qui ont baissé le temps de travail par l'encouragement du temps partiel.

Il y a donc bien aujourd'hui un lien négatif entre temps de travail et emploi et c'est plutôt dans cette logique là qu'il faut raisonner.

Pourquoi aujourd'hui la France s'apprête à faire l'inverse de cela ? C'est une question qu'il faudrait poser aux autorités. Le Gouvernement semble s'aligner sur la proposition du Medef. L'idée n'est pas d'augmenter le temps de travail mais de faire baisser les salaires. Comme il est impossible de toucher aux salaires sans faire une rupture du contrat de travail, en augmentant le temps travail sans toucher aux salaires, le salaire horaire baisse. Pour le Medef, une baisse des salaires horaires engendrerait une baisse du coût du travail qui serait profitable à l'économie.

Cette différence d'appréciation est-elle la conséquence d'une différence de conjoncture économique ?

Oui on pourrait dire cela comme ça. Il me semble que l'histoire récente des grands pays nous explique qu'il faudrait avoir une vision très pro cyclique du temps de travail. Le temps de travail doit être baissé en période de crise et augmenté en période de forte activité. On doit se poser la question suivante : où en sommes-nous dans le cycle économique ? Sommes-nous en bas de cycle ou en haut de cycle ? Si nous sommes en haut de cycle, alors effectivement l'augmentation du temps de travail a un sens économique. A l'inverse, si on considère que nous en sommes en bas de cycle, alors essayer de réduire le temps de travail serait profitable. De ce point de vue-là, l'Allemagne a agi de façon très pro cyclique, c’est-à-dire qu'elle n'a pas hésité à faire fortement baisser le temps de travail en période de crise économique, notamment en recourant au chômage partiel ou à des accords de compétitivité,  et a en revanche ré augmenté le temps de travail dès que la croissance économique est revenue.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 18/02/2016 - 11:17 - Signaler un abus L'idéologue Heyer, dans toute sa splendeur!

    "Des travaux théoriques qui expliquent que lorsqu'on baisse le temps de travail, on baisse le chômage" . Le pauvre Heyer, de la grande famille des idéologues gauchistes, ceux qui nous ont pondu ce programme économique de merdre, vient nous expliquer la théorie gauchiste, alors que la pratique gauchiste, vécue depuis trente ans, nous prouve le contraire. La France est le pays qui a baissé le plus severement son temps de travail et augmenté de façon drastique le chômage, depuis trente ans...Mais l'idéologue se soucie peu de pratique, car si les courbes non inversées de son ordinateur le disent, alors c'est que c'est parole d'évangile socialiste! Le mur de la honte socialiste n'est pas tombé pour tous...

  • Par Lafayette 68 - 18/02/2016 - 16:37 - Signaler un abus Du Heyer

    "Le Medef veut le beurre et l'argent du beurre".Pour moi ce sera le sourire de la crémière en lisant votre prose habituelle et un grand éclat de rire qui fait tant de bien.

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Eric Heyer

Éric Heyer est directeur du Département analyse et prévision depuis 2015 à l'OFCE.

Le département compte 17 économistes. Ils réalisent deux fois par an une prévision à court terme (6 trimestres) de l'économie mondiale ainsi que des prévisions à long terme (2010) pour le compte d'administrations ou des Assemblées.

Le département analyse également les questions de politique économique française et européennes (35 heures, fiscalité, politiques de l'emploi et politiques sociales, politique budgétaire et monétaire) et les questions structurelles (réformes fiscales, impact des nouvelles technologies). Les méthodes d'investigations sont les comparaisons internationales, les analyses économétriques et les modèles.

 

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