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"3 ans de sacrifices" à venir… ou le curieux décalage entre l’annonce de Manuel Valls, ce qu’en dit François Hollande et (surtout) la réalité

Lors d'une interview accordée au quotidien El Mundo, Manuel Valls a voulu se poser comme l'homme réformateur de la France, adoptant un discours à mi-chemin entre ceux de Gerhard Schröder et de Tony Blair. Une position largement contredite par le bilan de son action comme Premier ministre, et avec pour exemple récent la manière dont la loi Macron a perdu de sa substance devant les corporatismes et les pressions divers.

Bas les masques

Publié le - Mis à jour le 2 Janvier 2015
"3 ans de sacrifices" à venir… ou le curieux décalage entre l’annonce de Manuel Valls, ce qu’en dit François Hollande et (surtout) la réalité

Manuel Valls a été élu "homme de l'année" par El Mundo Crédit Reuters

Atlantico : Interviewé par le quotidien espagnol El Mundo, qui l’a élu "homme de l’année", le Premier ministre français a déclaré ne pas vouloir "dire aux Français que d'ici deux à trois ans nous en aurons fini avec les sacrifices", et a ajouté qu’en aucun cas une éventuelle reprise économique ne devait dispenser le pays d’efforts en matière de réduction de la dépense publique. Faut-il voir dans le discours de "vérité" de Manuel Valls une volonté d'apparaître comme un homme politique courageux, n'ayant pas peur d'annoncer aux Français les difficultés par lesquelles ils vont devoir passer ?

Philippe Crevel : Il y a du Churchill, du Raymond Barre, du Felipe Gonzales, du Tony Blair et du Gerhard Schröder dans les paroles du Premier Ministre français, Manuel Valls. Certes, nous pouvons regretter que le Premier Ministre ait préféré délivrer sa parole socio-libérale à un journal conservateur espagnol en lieu et place d’un journal français. En outre, protégé par les Pyrénées, il s’est senti plus libre de ses propos. Peut-être est-ce la maxime de Blaise Pascal, "vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà" qui l’a incité à faire preuve de témérité en pleine période de trêve des confiseurs et à quelques jours des vœux présidentiels. Le Premier Ministre entend apparaître comme un réformateur, comme celui qui a voulu s’affranchir des clivages et des corporatismes. Si courage il a, il se situe dans son positionnement. Il est entre l’enclume et le marteau. Il doit faire face à une majorité dont l’épicentre est très à gauche et à un Président de la République qui a fait de la synthèse un art. Manuel Valls risque de périr écartelé entre sa majorité, son Président et les corporatismes de tout poil qui rejettent toute idée de réforme. Si le sort lui est défavorable, le Premier Ministre entend tomber du bon côté afin de préserver son avenir. Il sait qu’en 2015, son poste tiendra à un fil avec en perspective deux défaites électorales aux cantonales et aux régionales. Il devra faire face aux mécontentements internes au PS de tous ceux qui auront perdu leurs postes. La majorité à l’Assemblée pourrait s’effilocher, voire ne plus être au rendez-vous sur un texte donnant le prétexte au Premier Ministre de démissionner ou d’être démissionné. Manuel Valls prépare l’après 2017 voire 2022. La France peut, comme d’autres pays, à un moment ou un autre, être contraint face à la menace de l’extrême droite de s’essayer à la grande coalition, d’autant plus si une dose de proportionnelle est instituée pour les prochaines élections législatives. Manuel Valls pourrait être ainsi l’homme de la fusion. S’il y a indéniablement du courage dans ces propos, il y a aussi du calcul politique.

Christophe de Voogd : Je considère qu'il s'agit d'une déclaration importante, d'autant plus qu'elle a été donnée d'une part à un média étranger et d'autre part en pleine "trêve des confiseurs" et offre donc plus de liberté (relative) à Manuel Valls pour dire sa vraie pensée. On sait à quel point nos hommes politiques "se lâchent plus" hors de l'hexagone... Le premier ministre se marque une fois de plus comme un "social-libéral", sur le plan économique du moins. Ce que n'est pas le Président, au mieux social-démocrate, au pire "homme de la synthèse", c'est à dire du maintien au pouvoir, en grand machiavélien qu'il est. Et c'est là que se trouve le point crucial de l'interview: la question du timing politique, notion essentielle pour Machiavel (avec d'autres mots à l'époque!). Pour Manuel Valls, tout le quinquennat doit être placé sous le signe de l'effort et des sacrifices, y compris, et c'est essentiel, en cas de retour de la croissance. François Hollande pense exactement l'inverse. Il l'a dit dès la campagne de 2012: le deuxième temps du quinquennat sera celui de la redistribution... programme retardé par la conjoncture mais qu'il compte bien appliquer dès que la croissance reviendra, même mollement. A temps en tout cas pour la prochaine élection!

Il suffit de voir la manière dont le projet de loi Macron sur la compétitivité a été vidé de sa substance (voir ici) pour mettre en doute le volontarisme et le courage du Premier ministre. Alors que Manuel Valls annonce du "sang et des larmes", les réformes qui ont été entreprises par le gouvernement, et notamment la loi Macron s'annoncent-elles aussi difficiles que le Premier ministre le laisse entendre ? En creux, ces réformes représentent-elles les efforts décrits par Manuel Valls supposés ramener le pays sur le chemin de la croissance ?

Christophe de Voogd : Je ne suis pas du tout d'accord avec l'idée courante d'un gouvernement qui "n'a rien fait": Il y a eu des réformes considérables... et catastrophiques, de la loi Duflot à la Loi Touraine en passant par le compte pénibilité, pour ne rien dire du matraquage fiscal. Les réformes utiles ont été, elles, handicapées, par le goût de la complexité (cf le CICE) et surtout par l'idéologie et/ou l'inculture économique de la majorité parlementaire. C'est là que réside le problème central: Manuel Valls n'a pas la majorité de ses idées et, quoi qu'il déclare à  EL Mundo, il n'a pu faire que des réformettes. La loi Macron, déjà bien édulcorée, sera étrillée en janvier prochain. Comme il ne s'agit pas d'une loi de finances, les frondeurs vont s'en donner à coeur joie. Ils l'ont d'ailleurs déclaré sans ambages. Tout le monde semble l'avoir oublié...

Philippe Crevel : La France avance à la manière du crabe. Les gouvernements n’aiment pas les lignes droites. Du rapport Camdessus à celui de Jacques Attali, nous savons tous qu’il faut déréglementer, simplifier, alléger les dépenses publiques, limiter les embauches de la fonction publique. Mais devant les corporatismes, les gouvernements de droite comme de gauche refusent les obstacles. Manuel Valls s’est affranchi de la langue de bois, tente de bousculer les lignes mais restent très prudent au niveau de l’action. Il y a un parallélisme évident avec le Pape François qui entend secouer la Curie sans pour autant imposer les réformes.

 
Commentaires

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  • Par ELLENEUQ - 30/12/2014 - 07:49 - Signaler un abus Valls homme de l'année en... Espagne !

    S'ils l'aiment tant cet incapable, il n'ont qu'à le reprendre, personne ne le regrettera ! Nous ne somme pas la poubelle de l'Ibérie !

  • Par Philippine - 30/12/2014 - 07:52 - Signaler un abus Rigueur ?

    Les réformes ne sont que des réformettes , la preuve : le code du travail s'est encore alourdi, de nouveaux fonctionnaires ont été embauchés et s'il fallait une nouvelle preuve des non réformes, LA DETTE PUBLIQUE EXPLOSE ! Quand au pacte de responsabilité, il faudrait plutôt l'appeler le pacte de RESTITUTION PARTIELLE parce que on ne fait que rendre en partie seulement l'augmentation des charges prélevées aux entreprises entre mai 2012 et 2014 ( je crois 30 MILLIARDS d'euros ), ce qui a contribué largement à la disparition en 2013 DE 63000 PME ou autres . Une véritable catastrophe ! Alors, arrêtons, de grâce, de nous émerveiller sur " les réformes qui vont dans le bon sens !", les Français ne sont plus dupes, messieurs les économistes ! . Mais il faut tout de même reconnaître que les Français qui, soi-disant , sont prêts pour les réformes, préfèrent et de loin, qu'elles se fassent chez le voisin .

  • Par Deudeuche - 30/12/2014 - 08:55 - Signaler un abus 3 ans de rigueur

    pourquoi pas notre dette fait deux fois l'arc de triomphe en billets de 100 euros... mais pas avec le parti sociétal. La rigueur en France c'est l'arlésienne on en parle beaucoup mais on ne la voit pas, c'est pas de chez nous, un peu comme....l'austérité prussienne! Quoi réduire le nombre de fonctionnaires et d'élus? Nooooooooooon!

  • Par vangog - 30/12/2014 - 09:50 - Signaler un abus Un déficit budgétaire de 4,4%! Où est le sacrifice pour le

    gouvernement? Leurs prébendes, leurs postes doubles et triples, leur subventionnement des syndicats mafieux, associations gauchistes et pro-immigrationnistes, médias serviles n'a pas cessé. Qu'il commence par faire le sacrifice de ces voix volées par sa social-démagogie, et on croira à ses sacrifices au Vallsito d'opérette et aux yeux-de-velour-pour-midinette-en-chaleur!...

  • Par kiki08 - 30/12/2014 - 10:05 - Signaler un abus que du baratin pourri

    et pendant ce temps, des artisans , des commerçants, des pme , plient boutique , certains vont jusqu'au suicide . mais pour la gauche et surtout pour le tordu incapable que des idiots ont mis a la tête du pays,c'est pas grave , ce qui compte c'est les prochaines élections.

  • Par kiki08 - 30/12/2014 - 10:13 - Signaler un abus vangog

    vous dites la vérité , vous écrivez bien ( mieux que moi) ; je me régale de vous lire . il faut continuer de taper sur cette bande d'incapables , pour les faire dégager . merci .

  • Par myc11 - 30/12/2014 - 10:30 - Signaler un abus Le corporatisme fait partie du système,à la différence

    que l'Etat choisit de s'attaquer aux professions libérales, le plus gros corporatisme c'est l'Etat et son fonctionnariat. Le système se meurt, on prélève le sang sur les mourants de son choix, pour sauver ceux qui vivotent parce qu'on en a décidé ainsi. mais pour changer pour de bon, c'est à chacun aussi de faire son deuil. moi j'ai fait le deuil du système colonial et son mille feuille administratif, de la sécurité sociale gratuite, du rayonnement en 2 D de la puissance coloniale française. Je retrousse mes manches et je me prends en charge le plus possible.

  • Par vangog - 30/12/2014 - 10:33 - Signaler un abus @kiki08 merci kiki

    Merci d'être indulgente avec mes fautes d'orthographe. Bonne fin d'Année!

  • Par ISABLEUE - 30/12/2014 - 11:42 - Signaler un abus lE CATALAN EN CATALOGNE !!!

    Incroyable que ce type donne des leçons à la France en allant faire le beau dans son pays... On n'avait jamais vu cela... Décidement, les socialos....

  • Par phegp - 30/12/2014 - 12:54 - Signaler un abus PlayMobile devrait écrire sa lettre à...

    Sa Normalité pour obtenir un de ces fameux rendez-vous en tête à tête à l'Elysée. Ainsi, il disposerait de trente minutes (ce n'est pas rien) pour lui présenter sa démission.

  • Par brennec - 30/12/2014 - 15:14 - Signaler un abus Et hop par dessus la présidentielle.

    En parlant de rtéformes sur trois ans, valls saute au dela de la présidentielle, ce qui peut indiquer qu'il y pense sérieusement.

  • Par Anguerrand - 30/12/2014 - 17:58 - Signaler un abus 2017 et après nous le deluge

    Deux ans et demi qu'il nous annonce que l'an prochain ça ira mieux, maintenant c'est dans 2 ou 3 ans. L'histoire retiendra comme avec Mitterrand, que malgré des hausses d'impôts historiques ils laisseront le pays en jachères et faillite. Je plains la prochaine majorité issue des urnes de 2017, et les socialistes ne se gêneront pas pour critiquer cette nouvelle majorité. Aucune réforme génératrice d'économie, et une dette qui augmente d'un milliard tous les 2 jours, prions que les taux restent toujours aussi bas sinon la faillite du pays n'est pas loin.

  • Par Maredesbobos - 30/12/2014 - 19:59 - Signaler un abus Ouvrez les yeux

    C'est à se taper la tête contre les murs. C'est qui qui doit faire des efforts? Les fonctionnaires qui ne voient pas leur salaires diminués, qui ne risquent à aucun moment de perdre leurs emplois. qui bossent 35 h et certainement moins dans la réalité, qui partent à la retraite trop tôt. Non non c'est pas eux. Se sont les salariés, les employés, les ouvriers, les maîtrise, les cadre ou encore les chef d'entreprise et las artisans qui trinquent. Ils perdent leur emplois ils sont encore plus taxés. Maintenant ils s'en prennent aux professions libérales et ces veaux de français qui voient dans la gauche et ces putains de syndicats les solutions à leurs problèmes. Se sont ceux-là mêmes qui sont responsables de leurs maux. Et cela dure depuis trente ans.

  • Par D'AMATO - 30/12/2014 - 21:00 - Signaler un abus Que de Verité connues

    que d'erreurs electorale faite. que de promesses électorales gobées, mais qui n'étaient que des promesses pendant des campagnes ????DEMOCRATIQUES....... ET AVEC DES D2PENSES INOUIES; TOUT CA POU CA ;;;;ET MAINTENANT???? qu'allons nous faire ? dans ce desert?......

  • Par bjorn borg - 31/12/2014 - 10:29 - Signaler un abus D'AMATO

    dans le désert, on attend la république islamique!

  • Par moineau - 31/12/2014 - 10:38 - Signaler un abus fonctionnaires encore

    À ceux pour qui les fonctionnaires sont un des mots de notre société.Ces bon à rien qui partent tot à la retraite etc etc...JE suis fonctionnaire (infirmier anesthesiste)travail jour et nuit les week ends.les malades obèses à déplacés .le vomit.la merde.les patients infectés dangereux pour nous même...Ha oui c'est vrai je suis un feignant.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

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