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2017, l'année de la dernière chance pour l'Union européenne

Alors que l'année 2016 touche à sa fin, Atlantico propose à ses lecteurs une série de prévisions pour le millésime 2017. Selon Christophe Bouillaud, l'Union européenne doit se préparer à des changements urgents et radicaux si elle ne veut pas disparaître à l'occasion des 60 ans des traités de Rome.

Prévisions 2017

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2017, l'année de la dernière chance pour l'Union européenne

Au printemps 2017, il ne fait guère de doute que les dirigeants de l’Union européenne – responsables communautaires et dirigeants nationaux –  commémoreront les 60 ans des traités de Rome (Marché commun et Euratom) signés en 1957. Il y a fort à craindre toutefois que cette commémoration obligée ressemble plus à un éloge funèbre ou à un déni de réalité qu’à une célébration. On devrait, certes, entendre les habituelles rengaines selon lesquelles "l’Europe c’est la paix" ou selon lesquelles "les Européens doivent s'unir pour maintenir leur rang dans le monde". Et bien sûr, on se promettra, dans un élan feint d’optimisme, de "relancer l’intégration européenne", ou éventuellement de la repenser à nouveaux frais – tout comme on le fit en 2007 pour les 50 ans de ces mêmes traités par une Déclaration dont la vacuité ressort encore mieux dix ans plus tard que sur le moment.  Il restera toutefois que tout cela sonnera probablement horriblement faux.

En 2017, il vaudrait mieux s’abstenir de commémorer et s’empresser d’agir.  Et cela pour de multiples raisons.

Tout d’abord, il parait impossible, désormais, de nier la gravité de la crise que vit actuellement l’Union européenne. Cette crise a désormais tellement de dimensions entrelacées que le président de la Commission européenne depuis 2014, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a parlé à son sujet de "polycrise".  Ce néologisme désigne l’accumulation simultanée de déconvenues, largement liées entre elles par ailleurs : crise économique engagée en 2007-2008 renforçant l’asymétrie au sein du continent, avec une Allemagne qui prospère et une périphérie méditerranéenne qui souffre; crise des migrants de l’automne 2015, qui a montré que les termes "Europe de l’Ouest" et "Europe de l’Est" avaient encore tout leur sens vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin; crise géopolitique - ou géostratégique si l’on veut - avec une multiplication de crises régionales à ses frontières orientales et méditerranéennes (Ukraine, Syrie, Libye, etc.), avec la réapparition d’une puissance russe à l’Est, et, depuis le 8 novembre 2016, l’incertitude liée à la future présidence Trump aux Etats-Unis; crise démocratique avec la montée en puissance de partis dits populistes partout ou presque sur le continent, et l’affaiblissement parallèle des partis qui avaient porté le projet d’intégration européenne depuis les années 1950. Pour la première fois, la légitimité même du projet européen parait être remise en cause par les électorats: le vote du Brexit du printemps 2016 en témoigne.

La circonstance aggravante  de cette "polycrise" est, en plus, que tous les éléments de cette dernière étaient déjà bien présents dès le début des années 2000. Dès la "Déclaration de Laeken" en 2001, les Européens officialisent que l’Union européenne ne fonctionne pas aussi bien qu’elle le devrait, en particulier du point de vue démocratique. A l’orée de 2017, on ne peut qu’être saisi par l’incapacité à porter remède à des maux diagnostiqués de longue date. Le Brexit parait ainsi le premier épilogue d’un échec démocratique annoncé de longue date.

 
Commentaires

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  • Par MIMINE 95 - 01/01/2017 - 14:51 - Signaler un abus le dernière "dictature" au sens romain rappelé dans l'article

    date de Pétain, pas certain que l'exemple soit encourageant. Il est vrai cependant, que l'Europe sans ses peuples serait un bonne nouvelle pour les "puissants" de la sphère mondialo-staliniste..

  • Par Ganesha - 01/01/2017 - 18:32 - Signaler un abus Ce n'est que mon avis !

    Article réaliste et donc très sombre… Si j'écris que Marine Le Pen est, à mon avis, la seule personnalité politique en France qui soit porteuse d'un espoir de ''nous en sortir'', croyez bien que je suis sincère et … aucunement rémunéré pour cela ! Mais ce n'est que mon avis !

  • Par vangog - 01/01/2017 - 21:23 - Signaler un abus La crise démocratique viendrait de la "menace populiste"????

    Alors que vous affirmez, dans le même temps, que Mario Draghi a joué le rôle de dictateur pour preserver l'UE...vous ne comprenez plus très bien ce que vous écrivez, M. Bouillaud! c'est parce que la dictature de la BCE (exclusivement inféodée à l'Allemagne) et deslobbys immigrationnistes et droidelhommistes est là, que se rebelle le peuple, -qui réclame plus de représentation démocratique...ce fameux populisme!

  • Par fanchette - 02/01/2017 - 10:42 - Signaler un abus Contradictions Mister Bouillaud

    Vous dénoncez à juste titre la "polycrise" de l'UE, dont la crise démocratique...mais ce n'est pas avec une "dictature" à la romaine (et qui sera le Romain en question ?? encore un(e) Allemand(e) !) que l'on va solutionner l'affaire !! On subit déjà la "dictature" allemande sur la zone euro, la "dictature" bureaucratique de la Commission...il ne peut y avoir de légitimité démocratique que dans le cadre national...l'UE est une association de peuples européens (au pluriel) et il n'existe pas de peuple européen (au singulier), donc aucune légitimité possible pour un pseudo-dictateur européen...toujours l'éternelle erreur: comparer l'Empire romain et l'UE !!

  • Par ikaris - 02/01/2017 - 14:53 - Signaler un abus L'européisme envers et contre tout

    Je suis M. Bouillaud sur tous ses constats de crise ou de dysfonctionnement et tout esprit censé en viendrait à se dire qu'il faut "changer son fusil d'épaule" et donc redonner de la souveraineté aux états vu que ce merdier bruxellois n'est capable de rien produire de bon. Hé bien non ! M. Bouillaud remet ses couverts usés jusqu'à la corde : vu que l'UE s'est arrogé tous les droits il faut que se mette en place une "dictature au sens romain du terme" ... au moins les masques tomberaient définitivement ! En fait c'est plutôt un scénario à la guerre des étoiles qu'on nous propose ! Un prétexte vraiment douteux semble être de remettre en cause la légitimité des gouvernements (Merkel ne représenterait pas les allemands mais juste les "conservateurs allemands) ... en sous entendant qu'il existe un majorité silencieuse européiste. L'européisme, encore un fondamentalisme religieux ?

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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