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1ere journée des solitudes : être seul n’est pas simplement un enjeu individuel, c’est un défi pressant de santé publique

Ce mardi se tient la première journée de la Solitude, une initiative lancée par l'association Astrée et soutenue par le ministère des Solidarités et de la Santé. En France, la solitude touche cinq millions de personnes.

Alone in the dark

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1ere journée des solitudes : être seul n’est pas simplement un enjeu individuel, c’est un défi pressant de santé publique

Atlantico : Mère Teresa disait : "La plus grande maladie actuelle n'est pas la lèpre ou la tuberculose mais le sentiment d'être indésirable, mal-aimé et abandonné de tous". La solitude peut-elle être considérée comme une maladie ? Quels en sont les symptômes ?

Jean-Baptiste Stuchlik : La solitude est une épreuve, pas une maladie. A l’inverse, c’est vrai que la maladie peut conduire les individus à s’isoler : problèmes de peau, dépression, cancer sont autant de cas où les gens, par honte, par stigmatisation vont se mettre à part de leurs semblables.

D’ailleurs, il ne faut pas confondre isolement et sentiment de solitude. Certaines personnes vivent seules mais ne souffrent pas d’un sentiment de solitude. A contrario, on peut être très entouré et se sentir atrocement seul : c’est le cas souvent cité des mères de famille qui ne se sentent plus aimées ni comprises par leur conjoint ni par leurs enfants, cela peut arriver aussi dans le burn out. L’adolescence est également un âge où l’on peut souffrir de la solitude, car on ne peut communiquer ce qu’on ressent dans cette période où tout change.

Selon John Cacioppo, professeur de psychologie de l'université de Chicago, les personnes seules sont presque deux fois plus susceptibles de décéder prématurément que celles qui ne souffrent pas d'un sentiment d'isolement. Quelles sont les conséquences de la solitude sur la santé ?

Il y a une multitude d’effets induits, le premier effet étant que l’on bouge moins, et qu’on finit par perdre en motricité, les études sur les seniors l’ont prouvé. Or l’activité physique joue sur le sommeil, la glycémie, le stress. Souvent on s’alimente aussi moins bien, ce qui cause des déséquilibres physiologiques. Les gens en couples vont plus souvent chez le médecin, car mine de rien chacun veille sur la santé de l’autre, qui est bénéfique pour la prévention. Enfin en cas d’accident domestique, cela a tout de suite des conséquences plus grave quand on est seul. Bref, vivre seul c’est dangereux ! 

Et sur le moral ?

Pouvoir verbaliser, échanger, est un bienfait de la vie à deux ou à plusieurs, cela a un effet apaisant sur les émotions et dynamisant sur l’humeur. Généralement, on a tendance à déprimer quand on est seul, et souvent cela conduit à un cercle vicieux : plus je suis seul, plus je me sens nul, et plus je me sens nul, moins j’ai envie de voir les autres. Comme disait Valery, un homme seul est toujours en mauvaise compagnie !

De plus, vivre avec quelqu’un constitue un exercice cognitif non négligeable : on doit écouter, interpréter les expressions faciales de l’autre, comprendre ses émotions, verbaliser, et cela entretient les méninges ! Des études ont montré que cela retardait l’apparition de la maladie d’Alzeihmer.

Comment une personne se retrouve-t-elle à souffrir de solitude ? Peut-on imputer la faute à la société moderne ?

En règle générale, la solitude est liée à l’insertion sociale de l’individu, plus qu’à ses traits psychologiques. Les retraités, les chômeurs sont plus seuls que les autres, de fait. Mais on observe aussi un désinvestissement croissant avec l’âge. En vieillissant, les gens ont tendance à s’isoler. Ce phénomène de « déprise » a été largement étudié par les sociologues.
En revanche, il est indéniable que certaines tendances sociétales sont à l’œuvre : la mise à l’écart des seniors, le développement de la vie en solo, la stigmatisation de certaines populations (homosexuels, personnes en surpoids, handicapés), etc. 

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 23/01/2018 - 22:16 - Signaler un abus Solidarité

    Bientôt on n'aura même plus le droit d'être misanthrope. Quand vont-ils s'occuper de leur propre nombril, à plein temps?

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Jean-Baptiste Stuchlik

Jean-Baptiste Stuchlik est psychosociologue, il a dirigé le secteur Santé/Secteur Public de plusieurs cabinets de conseil internationaux. Il est le co-auteur de "Petit traité du bonheur 2.0: Comment prendre soin de soi et des autres grâce aux technologies numériques" avec Christophe Deshayes, chez Armand Colin, 2013.

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