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Rendez-nous Reagan ! Et si les baisses d'impôts drastiques étaient une solution pour l'Europe
Publié le 22 novembre 2013
L'idée de Reagan était de couper massivement les impôts pour relancer l'économie américaine (et de profiter de ce climat plus favorable pour entreprendre les réformes de structures et de dépenses sur le plus long terme). Et ça a marché.
Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.
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L'idée de Reagan était de couper massivement les impôts pour relancer l'économie américaine (et de profiter de ce climat plus favorable pour entreprendre les réformes de structures et de dépenses sur le plus long terme). Et ça a marché.

S'il y a une politique économique qui n'est plus au goût du jour aujourd'hui, c'est l'idée qu'il faut baisser très fortement et brutalement les impôts, connue des économistes sous le nom de "politique d'offre".

C'était la marque de fabrique de Reagan. Même aux Etats-Unis, les républicains ne proposent plus de baisses d'impôts à l'échelle de celles qu'a connues le pays dans les années 80. En Europe, la gauche promeut la sortie de crise par la hausse de la dépense dans le cadre d'une “politique de demande” et la droite promeut plutôt les “réformes structurelles” et l'austérité budgétaire. Si la droite veut baisser les impôts, elle veut le faire de manière mesurée et progressive, coordonnée avec une baisse de la dépense afin de maintenir les déficits faibles.

L'idée de Reagan est de couper massivement les impôts pour relancer l'économie (et de profiter de ce climat plus favorable pour entreprendre les réformes de structures et de dépenses sur le plus long terme).

Si cette politique de l'offre est souvent opposée au "keynésianisme", d'un point de vue macroéconomique, c'est faux. Qu'on augmente la dépense ou qu'on baisse les impôts, dans les deux cas l'Etat, en augmentant son déficit, contribue à augmenter la dépense totale, et donc le PIB. Une relance fiscale qui propulse l'économie à une “vitesse supérieure” est une des bases du keynésianisme.

Cette absence de politique d'offre de notre débat économique est surprenante pour une raison qui devrait faire réfléchir tout le monde : ça a marché. Après la terrible crise des années 1970, l'économie américaine sous Reagan a connu une propulsion vertigineuse et une période, connue sous le nom de “Grande Modération” de 30 ans de prospérité unique au monde. Il est illusoire de penser que la politique d'offre de Reagan a été le seul critère, mais il est aussi illusoire de penser qu'elle n'a pas eu d'impact. L'économie est un mécanisme décentralisé de transmission de l'information et de co-création, et les baisses d'impôts décentralisent les décisions de dépense en les mettant en les mains d'individus, et ainsi contribuent à plus de création économique. Les baisses d'impôts de Reagan ont non seulement eu un effet salutaire “keynésien” d'augmentation de la dépense totale, mais aussi un effet “hayékien” de libération de l'économie, créant une dynamique auto-renforçante de croissance.

La meilleure critique que j'aie vue de la politique de l'offre est offerte par l'économiste Mark Dow. Écrivant au sujet des Etats-Unis, Dow dit que, oui, la politique de l'offre a marché dans les années 1980, mais qu'elle ne pourrait plus marcher aujourd'hui. A la fin des années 1970, les Etats-Unis sortaient d'une période de crise énergétique et d'inflation galopante. Des tendances séculières - l'arrivée des baby boomers à leur période de consommation la plus importante, l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, le début de la révolution informatique - avaient créé une énorme demande de consommation et de création de la part du secteur privé, frustrée par l'appareillage fiscal et réglementaire datant du New Deal et de l'après-guerre. Les baisses d'impôts subites et drastiques ont, pour ainsi dire, brisé le barrage et permis à toute cette demande latente de créer un tsunami économique. La politique de l'offre était bonne pour les Etats-Unis dans les années 80, écrit Dow, mais à cause de circonstances particulières qui ne s'appliquent plus à l'Amérique d'aujourd'hui.

Que Dow ait raison ou tort à propos des Etats-Unis aujourd'hui, il me semble que, fondamentalement, la situation qu'il décrit - une frustration énorme des énergies créatrices du secteur privé - s'applique parfaitement à l'Europe aujourd'hui.

Aujourd'hui, l'Europe est dans une impasse. L'austérité budgétaire produit ses effets prévisibles : chômage de masse et récession. Les réformes structurelles difficiles sont vues à la fois par leurs promoteurs et par leurs détracteurs comme une punition céleste douloureuse à infliger. Et surtout, l'austérité monétaire est un démon qui nous tient par la gorge.

Etant donné le niveau des charges sociales en France - par exemple - il est vraiment difficile de penser qu'une baisse - pas une baisse partielle, pas un crédit d'impôt, pas une mesurette, pas une TVA sociale, mais une baisse drastique, globale, assumée- ne mènerait pas à de nouvelles créations d'emploi et, de là, à une relance. Pendant ce temps, l'impossibilité politique de passer des réformes structurelles au fouet est avérée, mettant en jeu la structure même de l'Europe et notre démocratie.

Nous avons à tout prix besoin d'une porte de sortie, et de sortie par le haut. Le Japon nous en offre une. Mais, depuis la tombe, Reagan aussi nous en offre une belle et grande.

 

 

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asterix42
- 23/11/2013 - 21:24
Ce qui faut supprimer
Les conseils genéraux, les 80 millards de dotations aux associations, la halde, la caf, hadopi, etc.

Ne garder que la secu et les retraites. Cad l'essentiel quand on est en faillite.

jean fume
- 23/11/2013 - 17:59
Au sujet de l'article,
voir dans Reagan du "keynésianisme" est à se tordre de rire.
"couper massivement les impôts pour relancer l'économie" n'a pas pour but de faire plus de déficit, pour relancer la consommation. Mais la réduction massive des impôts (et plus largement des prélèvements) doit s'accompagner d'une baisse équivalente des dépenses de fonctionnement de la sphère publique pour libérer l'économie de l'étau qui l'enserre.
Ce qui équivaut à ôter un boulet accroché à la cheville d'un coureur, pour qu'il aille plus vite.
Ensuite, le coureur en question peut se mesurer sans complexe, dans une compétition internationale !
Le fait de lui enlever un boulet, ne doit pas être interprété comme l'autorisation implicite qu'il aurait, de se gaver d'avantage.
L'économie ne se résume pas à la seule vue de la consommation intérieure, sinon elle ne va pas bien loin.
jean fume
- 23/11/2013 - 17:23
@ Imragen, tout à fait.
Mais, ""incapables de suivre une cure de désintox que d'ailleurs aucun politique n'ose prescrire"",... comment les politiques le pourraient ou le voudraient, puisque la dette est leur source de revenu ?
Comme le dit Vangog, le système est pourri de l'intérieur. Ce n'est pas lui qui va se suicider, en appuyant lui-même sur la gâchette. Il va falloir de l'assistance extérieure.