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Atlantico Lettres

Les lecteurs de romans ont-ils mauvais goût ?

Publié le 06 novembre 2013
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Pour cette rentrée littéraire, il faut bien le dire, entre la consternante Anna Gavalda et l’improbable Puertolas, c’est la dèche. Une critique, comme toutes les semaines, du journal mensuel Service Littéraire.
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Écrivain et journaliste pour le journal mensuel "Service littéraire". Dernier ouvrage paru : “Pourquoi tant d’E.N. ?” chez Gawsewitch.
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Pour cette rentrée littéraire, il faut bien le dire, entre la consternante Anna Gavalda et l’improbable Puertolas, c’est la dèche. Une critique, comme toutes les semaines, du journal mensuel Service Littéraire.
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Et si les lecteurs avaient mauvais goût ? Le destin commercial de trois livres récemment parus aux éditions Le Dilettante invite à se poser la question. À ma gauche, “Billie” d’Anna Gavalda. Ou les amours d’un couple de laissés pour compte narrées dans un idiome imaginaire, quelque chose comme une pseudo langue parlée chez les djeuns, ainsi qu’on la balbutierait au terme d’un stage pour grand débutant chez Berlitz. Pour situer la fausseté littéraire de ces deux cents et quelques pages, il faudrait se figurer “Zazie dans le métro” écrit par Nadine de Rotschild. Ou “L’Attrape-cœurs” par Jean-Marie Rouart. L’ânon de la couverture n’en trotte pas moins au sommet des listes de best-sellers.

À ma droite, “L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea”, premier roman de Romain Puértolas, livre aussi pratique que les meubles suédois dont il fait obliquement l’éloge, puisque son titre résume aussi son propos. Mais on se lasse très vite du périple claustrophobe d’Ajatashatru Lavash Patel à travers une bonne moitié d’Europe. D’autant que le style ne connaît ici guère d’autre registre que celui d’un écolier appliqué à réviser les règles d’usage des relatives et du gérondif. Au point que les clins d’œil adressés chemin faisant à Jules Verne donnent furieuse envie d’abandonner le fakir à son sort pour s’en aller relire “Le Tour du monde en quatre-vingts jours” ou “Les Tribulations d’un Chinois en Chine”. Le classement Datalib des meilleurs ventes de livres situait ces dernières semaines “L’Extraordinaire voyage…” entre la première et la troisième place.

Au centre, enfin, “Chandeleur l’artiste” d’Albert Vidalie (1913-1971). Afin que demeure une trace de son passage sur terre, cet ami de Blondin aurait pu se contenter de signer les paroles des “Loups” de Reggiani. Pour notre plus grand bonheur, il laisse également derrière lui une poignée de romans, dont l’admirable “Les Bijoutiers du clair de lune”. Celui qui nous occupe date de 1958 et s’apparente à une autobiographie banlieusarde où il faut reconnaître Châtillon derrière Sainte-Flore. Tendresse et férocité mêlées, Vidalie excelle dans l’évocation des foyers aux volets clos derrière lesquels cuisent et recuisent les vieilles haines en même temps que la soupe, dans la chronique d’un petit monde qui oscille entre folie des grandeurs et rêves brisés, entre médisances et envolées de bistro. Et en guise de leitmotiv, l’évocation d’un Eden immobile et toujours changeant, comme un long adieu à l’enfance : « Le soleil éclate en mille morceaux qui se mettent à tournoyer comme autant de toupies folles au-dessus du jardin Falentaine, effacent le visage de la grand-mère, les sourires, les feuillages, les oiseaux, l’azur et la maison. Un rayon tombe du Zénith, plante sa lame flamboyante sur le seuil du paradis perdu, tremble et s’éteint. Fanfan pleure. » En cet automne qui ne reviendra plus, Chandeleur l’artiste se hisse à la 565757e place des meilleures ventes d’Amazon.

Références : Billie, d’Anna Gavalda, Le Dilettante, 224 p. 15 € ; L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, de Romain Puértolas, Le Dilettante, 256 p. 19 € ; Chandeleur l’artiste, d’Albert Vidalie, Le Dilettante, 256 p. 18 €.

Source : Service Littéraire, le journal des écrivains fait par des écrivains. Le mensuel fondé par François Cérésa décortique sans langue de bois l'actualité romanesque avec de prestigieux collaborateurs comme Jean Tulard, Christian Millau, Philippe Bilger, Eric Neuhoff, Frédéric Vitoux, Serge Lentz, François Bott, Bernard Morlino, Annick Geille, Emmanuelle de Boysson, Alain Malraux, Philippe Lacoche, Arnaud Le Guern, Stéphanie des Horts, etc. Pour vous abonner, cliquez sur ce lien.

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un_lecteur
- 07/11/2013 - 07:03
Ouf
Heureusement qu'il y a SAS et les aventures bien ficelées et bien écrites du prince Malko.
Même - et surtout - si ce n'est pas politiquement correct, et déplaît à notre improbable ministresse de la culture.
Les romans du dilettante pourront remplacer les somnifères derembourses , et finir utilement comme papier cul.
jurgio
- 07/11/2013 - 00:03
Le roman est pourtant nécessaire
pour combler le vide actuel de la littérature moderne. Des ouvrages nombrilistes qui n'ont d'autre vocation que de passer le temps en attendant la fin de son espérance de vie.
gliocyte
- 06/11/2013 - 19:10
Pour qui se prend-il?
E Naulleau s'arroge le droit de discerner ce qu'est le bon goût en littérature, enfin celui du lecteur. Que de livres encensés par les médias qui se sont révélés des nullités, tant dans le fond que dans la forme! Dans ce domaine aussi, on n'échappe pas aux leçons de morale et bien sûr au politiquement correct! Ce diktat a assez duré! Les Français achètent ce qu'ils veulent. Ce qui est sur c'est que les sociopoliticophilosophes sont les auteurs que les français fuient en premier. Que voulez-vous, ils ont du bon sens et... le bon goût de l'assumer.