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Atlantico chic

Le grand retour du foulard : un mythe hollywoodien

Publié le 14 septembre 2012
Hugo Jacomet, éditeur de Parisian Gentleman, continue son étude des fondamentaux de l’élégance masculine. Cette semaine, il revient sur le port du foulard qui fait son grand come-back cet hiver.
Hugo Jacomet
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Hugo Jacomet, éditeur de Parisian Gentleman, continue son étude des fondamentaux de l’élégance masculine. Cette semaine, il revient sur le port du foulard qui fait son grand come-back cet hiver.

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Gentlemen

Une fois n'est pas coutume, nous ouvrons aujourd'hui notre rubrique à notre ami et confrère James Sherwood (écrivain prolifique, éditorialiste pour de nombreux magazines de style masculin et pour la BBC) et vous proposons l'adaptation en français de son excellent article consacré au retour du foulard paru dans le dernier numéro du magazine The Rake sous le titre « Fringe Benefits » (que nous publions avec son aimable autorisation).

Selon lui, il va nous falloir rapidement ré-apprendre à apprécier le port des foulards (et autres mouchoirs de cols) et à en maîtriser les codes, car ces derniers seront de retour cet hiver. Wait and see…

FRINGE BENEFITS

par James Sherwood (©The Rake N°22)

« Pour la plupart des élégants, le grand retour du foulard est à peu près aussi bienvenu que le retour d’une MST. La simple évocation du mot, dont les origines remontent aux habitudes vestimentaires des mercenaires Croates du 17ème, suffit à instiller la peur dans l’esprit de tout homme sain de corps et d’esprit, sans doute encore meurtri par le port d’une de ces horreurs satinées, aussi épaisses que disgracieuses, plongeant dans un gilet en brocart, à l’occasion d’un mariage ou d’un autre événement officiel.

Car hormis lorsqu’il était noué au cou de l’un de ces flamboyant révolutionnaires de la fin des années 60 et du début des années 70, comme Mick Jagger, David Bowie, ou Tommy Nutter, le foulard en soie n’a pas connu d’état de grâce depuis les années 30, à l’époque où certaines grandes, quoiqu’un rien sinistres, figures d’Hollywood en avaient fait leurs marque de fabrique.

La plupart du temps, il était porté avec une robe de chambre en soie matelassée de chez Sulka, ou avec une veste de smoking. Là où se trouvait le foulard, le fume-cigarette disproportionné, le monocle, et les chaussons monogrammés n’étaient jamais très loin.

Le foulard était même devenu, dans le Hollywood des années 40, 50 et 60, un indice sartorial aussi maléfique que la moustache courbée ; il signifiait prédateur sexuel, homosexuel et/ou libertin enragé, comme par exemple Louis Mazzini (Denis Price) dans Noblesse oblige (1949), Addison Dewitt (George Sanders) dans Eve (1950), ou encore Jeffrey Cordova (Jack Buchanan) dans Tous en scène (1953).

Cependant, avant que vous ne vous résolviez définitivement à vous tenir à une distance raisonnablement éloignée du foulard, à la manière d’un dresseur de lion brandissant un fouet et une chaise de bois courbé, j’aimerai tenter de vous débarrasser de la certitude que vous préfèreriez vous tirer une balle dans le pied plutôt que de porter un truc pareil. En effet, l’infâme chose satinée et informe aux motifs écœurants n’est que la corruption de ce qui ne fut, autrefois, qu’une simple pièce de tissu portée autour du cou.

Et c’est précisément ce qui nous attend pour la saison automne/hiver 2012-2013 : une pièce de soie / laine / lin simplement nouée ou enroulée, dans l’esprit de ce que les soldats Croates portaient au 17ème siècle. A l’époque, le but premier du foulard était de faciliter l’identification de ses frères d’armes sur le champ de bataille, ce qui, d’ailleurs, constituait également un avantage certain pour l’ennemi comme vous pouvez l’imaginer, mais passons…

De la Croatie, le foulard a voyagé jusqu’en France pour être rapidement adopté à la cour du roi Louis XIV. En brodant le foulard à la française, les perfides gaulois sont resté fidèles à leur tradition de sur-complexifier les classiques. Un peu comme ce qu’ils font avec la cuisine (sans commentaires …)

Le foulard traversa la Manche quand Charles II fut rappelé de son exil en France, pour la restauration de la monarchie dans l’Angleterre de 1660, où il resta populaire jusqu’à ce que George ‘Beau’ Brummel en élève le nouage au rang d’Art durant la Régence anglaise. Le foulard anglais était fait en lin ou en batiste, plutôt qu’en soie ou en dentelle. Cependant, le nouage d’une pièce pourtant si simple fit l’objet d’un tel quasi-fétichisme de la part de Brummel et consorts que le foulard devint progressivement une cible de choix pour les grands satiristes de l’époque, comme George Cruikshank et James Gillray.

Le foulard tel que le nouait Beau était enroulé à plusieurs reprises autour du cou, afin de fournir un support au col montant dont les pointes se devaient de toucher les pomettes du dandy. Typiquement, le foulard était tellement serré que le dandy ne pouvait ni tourner ni baisser la tête, forçant le fanfaron à arborer des poses d’une extrême hauteur. Le Neckclothitania, publié en 1818, propose des tutoriaux illustrés pour nouer son foulard à l’Oriental, à la Napoléon, à la Mathematical, et autres Mail Coach, Irish, Barrel, Ballroom… Le simple fait de regarder les illustrations est terriblement fatiguant, sans même parler de tenter de les réaliser.

Alors repos soldats ! The Rake ne cherche pas à vous inciter à mimer Brummel, pas plus que nous ne vous incitons à échanger votre smartphone pour une plume et un encrier, ou votre Romeo y Julieta pour une pincée de tabac à priser. Le foulard du 21ème siècle se doit d’être désinvolte, et non maniéré. Il est à porter avec un chemise à col déboutonné, et dans l’idéal son nouage ne doit pas prendre plus de 30 secondes; la vie est de toute façon bien trop courte pour y passer plus de temps.

 © The Rake

Le volume est ennemi du foulard élégant. Il n’y a rien de plus féminin qu’un épais nuage de soie s’envolant d’une chemise à col ouvert, surtout si l’on souhaite ressembler à un gangster des années 20.  Le foulard ne doit en aucun cas être plus long ou plus large qu’une écharpe de soirée classique, et ce, quelle que soit la finesse de la soie, du lin, ou du coton. Il ne faut pas se retrouver avec tout simplement trop de tissu à tenter de caser sous la chemise. Les franges d’un foulard en soie sont, par ailleurs, particulièrement pernicieuses. Laissez les libres en dehors de la chemise, elles s’emmêleront irrémédiablement autour des boutons. Rentrez les dans une chemise blanche, et elles auront la mauvaise habitude de gigoter de manière alarmante, comme les caches-têtons d’une danseuse burlesque sous une nappe.

Un foulard uni sera bien évidement plus discret, mais il convient de garder à l’esprit que cet accessoire se marie particulièrement bien avec des motifs plus extravagants, comme du paisley, des carreaux ou des pois. Les rayures s’y prêtent un peu moins, selon l’épaisseur du cou de chacun, quoiqu’il soit possible de minimiser les risques en choisissant des rayures fines et discrètes. Avec ceci en tête, vous pouvez vous lancer dans le nouage.

Le nœud le plus simple vient directement de la technique utilisée par les pères fondateurs Croates : un simple nœud sur la pomme d’adam, en laissant les extrémités pendre. Pour plus de couverture, faites passer deux fois le foulard autour du cou avant de le nouer. Pour une version plus « 21ème siècle » du nœud de Brummel, enroulez le foulard autour de votre cou jusqu’à ce que les extrémités soient suffisamment courtes pour être double-nouées ensemble proprement et sans pendre. Ce nœud se porte avec une chemise plus ou moins déboutonnée, en fonction de la surface de peau nue que vous souhaitez montrer.

La version plus old-school adoptée par Fred  »Dancing Man » Astaire s’effectue en nouant le foulard en son centre, nœud que l’on place ensuite sur la pomme d’adam, avant d’enrouler les deux pans du foulard autour du cou jusqu’à ce qu’ils reviennent sous le nœud. L’on fait ensuite passer les pans sous le nœud, puis par dessus. Cette version est tout aussi élégante portée avec une chemise ou un sweater, comme le faisaient Gary Cooper et Cary Grant.

Cary Grant avait, par ailleurs, pour habitude de porter des « mouchoirs de cols » (que la maison Simonnot Godard propose toujours en France ndt),  qu’il obtenait en roulant un mouchoir de soie ou de coton en biais avant de le nouer proprement autour de son cou. Voir à ce sujet le film d’Alfred Hitchcock de 1955 La Main au collet, où le personnage de Cary, John Robie, porte un mouchoir de col à pois rouges et blancs, porté sous une veste bleu navy et blanche à fine rayures. De la poésie à l’état pur.

S’il est vrai que le Hollywood de l’âge d’or du noir et blanc reste la principale source d’inspiration sartoriale pour The Rake, nombre d’acteurs, sportifs, et musiciens Anglais et Américains contemporains ont fait découvrir le foulard à toute une génération qui n’avait jamais entendu parler de Cary, Fred, Gary ou Noël : des figures telles que Benedict Cumberbatch, Rufus Wainwright, Eddie Redmayne, Rupert Penry-Jones, David Beckham et Brad Pitt ont ainsi contribué à populariser l’image du foulard en tant qu’alternative « cool et sexy » à la cravate, quand porté avec un costume pourtant typiquement black-tie. Et quand ces chaps sont là, la mode n’est jamais loin.

La mauvaise image de l’objet, endommagée par des années de mauvais goût, mise à part, porter le foulard est simplement une affaire d’inclination et d’expression personnelle.   Et pour ceux qui se demandent encore si le foulard peut réellement être considéré comme cool, je leur répondrai par cette vieille citation, attribuable à Woody Allen ou à Bette Midler selon à qui vous demandez,  »Le sexe n’est sale que si vous vous y prenez correctement. »

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Patman
- 15/09/2012 - 13:48
Je vous lis
Mr Jacomet en fait trop, quand Mr Jacomet arrive dans une pièce il est bien trop "remarquable" parce que monsieur Jacomet est overlooké, mr Jacomet n'a rien de spontané, mr Jacomet a les cheveux trop longs et la bague trop voyante, mr Jacomet est bien trop "tacky" pour être crédible. Mr Jacomet a l'élégance des nouveaux riches. Monsieur Jacomet ignore le faux négligé, que les femmes adorent et que les initiés pratiquent. Mr Jacomet en fait bien trop, Mr Jacomet semble ignorer que l'esprit, l'attitude et le non-doute de ses choix font bien plus pour une élégance, que sa sordide shopping-list pour se dégotter le kit du "toi aussi accumule les signes de luxe et d'élégance". Mr Jacomet ignore la spontanéité (Mr Jacomet fait-il un pli à ses caleçons ?).
Salvatore Migondis
- 15/09/2012 - 13:17
@ghisfla...
Quoi de plus naturel... alors que ce weekend se déroule sous nos regards attendris la fête du Goulag..?
ghislfa
- 14/09/2012 - 17:56
Tiens la cagoule
continue de faire rêver certains?