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La reconnaissance faciale mobile à la portée de tous et de la police

Publié le 25 juillet 2011
En septembre, une douzaine d’Etats américains équiperont leurs policiers d’appareils mobiles de reconnaissance faciale qui, reliés à un iPhone, pourront se connecter à une base de données gérée par une firme privée. Après Facebook, Google attend l’issue des polémiques pour lancer son service de recherche par les visages.
Nathalie Joannes
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Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des...
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En septembre, une douzaine d’Etats américains équiperont leurs policiers d’appareils mobiles de reconnaissance faciale qui, reliés à un iPhone, pourront se connecter à une base de données gérée par une firme privée. Après Facebook, Google attend l’issue des polémiques pour lancer son service de recherche par les visages.

L’essor des technologies de détection biométriques remonte aux lendemains des attentats du 11 septembre 2001. Leurs performances ont été longtemps décevantes : 53 % de réussites lors d’un test effectué à l’aéroport de Tampa (Floride). Créés il y a trois ans à l’Université Carnegie Mellon, de nouveaux algorithmes remettent la reconnaissance faciale au premier plan des solutions sécuritaires. Des versions itinérantes de ces technologies sont réservées pour l’instant à l’Armée des Etats-Unis qui traque les insurgés en Afghanistan. Elle dispose de 7000 appareils fabriqués par L-1 Solutions et Cross Match technologies. Ces engins analysent aussi bien les visages que l’iris de l’œil et les empreintes digitales. Leur exploitation est supervisée par l’Agence de l’Identité Biométrique du Pentagone.

Du contre-terrorisme à la suspicion raisonnable

Avec le MORIS, de la société BI2 Technologies, la détection de personnes potentiellement dangereuses passe de la pratique militaire anti-terroriste dans des pays en guerre à la suspicion policière dans le monde civil. MORIS est l’acronyme,  en marque déposée, de Mobile Offender Recognition and Identification System : système mobile de reconnaissance et d’identification des délinquants. Les esprits pointilleux ne manqueront pas de souligner que, dans la dénomination même de l’appareil, son usage fait de tout individu examiné non pas un suspect mais un délinquant. Normalement, il ne devrait servir qu’à retrouver des prisonniers évadés qui sont, en général et sauf erreur judiciaire, des délinquants avérés.

Or, quand un policier braquera son MORIS sur quelqu’un quelque part en Arizona, cette personne ne sera pas à priori un criminel. La mise en œuvre du système mobile d’identification constitue en effet une recherche puisque les captations biométriques sont confrontées à des données déjà stockées.  Le représentant de la loi ne peut donc pas, en principe, activer son MORIS sans un mandat. Il lui faudrait même un mandat pour obliger un quidam à ouvrir l’œil…

Car il ne s’agit pas d’une simple photographie comme la police peut en prendre dans l’espace public (sauf lors de protestations politiques) à cause, justement, de la connexion avec des fichiers informatiques distants. Dans l’état actuel du droit américain, les policiers ne peuvent enregistrer les empreintes digitales d’une personne que s’ils nourrissent à l’égard de cette personne une « suspicion raisonnable ». Rien dans les textes sur l’analyse du visage et de l’iris…

Les policiers qui ont testé l’ustensile assurent qu’il renforcera non seulement la lutte contre les criminels mais aussi la détection de personnes ayant de faux papiers. Reste la question de la base de données criminelles. Elle est alimentée par les polices locales et gérée par le constructeur du MORIS, firme privée. Ce qui annonce de rudes polémiques sur le fichage informatique, en plus des contentieux sur les excès de zèle ou les imprudences de certains policiers.

Google a les adresses et les photos

Les recherches de visages par comparaisons existent depuis plusieurs années sur iPhoto d’Apple et sur Picasa de Google. En 2009,  Facebook a proposé à ses utilisateurs une fonctionnalité qui permet quand le curseur passe sur des photos de voir apparaître le nom des personnes figurant sur l’image si ces personnes utilisent aussi ce réseau social. Avec  Picasa et Gmail, Google peut croiser les tags (identités) apposées sur les images par les internautes avec les adresses de courriers électroniques pour construire un immense répertoire d’individus photographiés et classés sur des serveurs distants. L’existence de ce fichier géant ne viole pas les règles de confidentialité tant qu’il ne sert qu’à « améliorer la qualité du service ». Mais Google insiste quand même beaucoup pour que les internautes écrivent les noms de « ceux qui sont sur la photo ».

En mai dernier, Eric Schmidt, président de Google Inc., a suspendu un projet qui permettra aux utilisateurs de téléphones mobiles de photographier quelqu’un, dans la rue ou ailleurs, puis de faire une recherche sur cette personne grâce à l’algorithme de reconnaissance faciale qui ira fouiller dans la base de données de Google. Le projet n’est pas abandonné. Google attend simplement, pour le lancer, que la Justice américaine intervienne dans les inévitables contentieux qui naîtront de l’exploitation policière des nouveaux outils. Car ce que prépare le moteur de recherche n’est rien d’autre que la curiosité policière à la portée de tous. Suspicion ? Souriez, vous êtes recherchés.

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