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Le bouchon de liège, cette invention sans laquelle les vins français n'auraient jamais été aussi bons

Publié le 25 décembre 2013
Par leurs formes qui varient dans le temps et d’une région à l’autre, les bouteilles de vin racontent une histoire passionnante. Extrait de "La bouteille de vin" (Editions Tallandier - 1/2).
Président de la Société de géographie et de l’Académie du vin de France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Jean-Robert Pitte est l’auteur de nombreux ouvrages d’histoire et de géographie culturelles. Parmi ses dernières...
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Par leurs formes qui varient dans le temps et d’une région à l’autre, les bouteilles de vin racontent une histoire passionnante. Extrait de "La bouteille de vin" (Editions Tallandier - 1/2).

À la fin de l’Empire romain, l’usage du liège se perd pendant des siècles. Ce sont les Anglais qui redécouvrent ses vertus dans la première moitié du XVIIe siècle, d’ailleurs plutôt pour obturer des bouteilles de potions médicamenteuses, puis des alcools, avant qu’il ne serve aux bouteilles de champagne que l’on souhaite voir mousser.

En anglais, le mot cork qui désigne le liège, mais aussi le bouchon de liège, est plus précoce. Il apparaît au XIVe siècle, emprunté à l’espagnol alcorque, sans doute issu de l’arabe al-qurq, lui-même du latin quercus, au moment où il faut imaginer une solution pour boucher les bouteilles de verre. Sans doute celui-ci, très abondant en Espagne et au Portugal, où il est en particulier utilisé pour les flotteurs de filets de pêche, est-il arrivé par les mêmes navires que ceux qui transportaient le vin de Porto, de Jerez ou de Malaga. Dans son Dictionnaire, Furetière témoigne de cet usage anglais en 1690, sans savoir, semble-til, que le matériau vient de la péninsule Ibérique : « Il y a une espèce de liège d’Angleterre qui est un bois serré et moins poreux que le liège commun, qui est merveilleux pour faire des bouchons de bouteille, où l’on peut mettre du vin sans crainte qu’il s’évente. » L’usage des bouchons de liège apparaît en Champagne vers 1665. La cire, généralement mêlée de résine et de suif, est colorée au bleu de Prusse ou à l’ocre. Dès 1740, les premiers bouchonniers catalans s’installent en Champagne, afin de répondre à la demande croissante de vin mousseux, mais ils ne font probablement que vendre des bouchons fabriqués dans leur pays.

À partir de 1839, plusieurs bouchonniers espagnols ouvrent des ateliers à Épernay : Gaëtan Gallice, Josep Barris i Buixó, Pierre Ferrer, Étienne Peiro, etc. Néanmoins, le liège ne s’impose pas si facilement que cela. Il est critiqué dans divers écrits, par exemple sous la plume de Sir Kenelm Digby, pour défaut d’étanchéité, preuve que les goulots ne sont pas encore réguliers, mais aussi pour le goût qu’il communiquerait aux boissons, signe que l’on ne savait pas encore toujours choisir les parties de l’écorce propres à fournir un bon bouchon. Tant que les bouchons utilisés sont légèrement coniques ou de la taille approximative du goulot et qu’ils ne sont pas engagés en totalité, un simple poinçon enfoncé en biais suffit à les extraire. En témoignent sur certaines bouteilles anciennes une ou plusieurs brèches sur le rebord du goulot provoquées par la pression de la tige métallique. À partir du moment où les bouchons deviennent cylindriques et longs, à l’image des goulots qui sont de plus en plus réguliers à mesure des progrès de l’industrie verrière, un tire-bouchon à vis devient indispensable. Hugh Johnson cite l’une des premières mentions d’un tel instrument, dans un essai publié en 1700, le London Spy. Un passage du livre décrit un dîner : « Enfin, nous en arrivâmes à une belle […] bouteille de claret […], mais le bouchon était enfoncé si profondément qu’il n’était pas possible de l’ouvrir sans vis à bouteille. » On en cherche une et un prêtre présent parmi les convives en extrait une de sa poche où elle voisine avec un livre de prières, ce qu’il explique fort plaisamment aux autres convives qui s’en étonnent : « Étant donné que la dévotion conforte l’âme et que le vin consommé modérément préserve la santé du corps, pourquoi un livre qui instruit l’une et un instrument qui ouvre la voie à l’autre n’auraient-ils pas droit, aussi bien que l’âme et le corps, de se tenir respectivement compagnie ? » La vis à bouteille est donc connue, mais il faut attendre 1718 en France pour qu’elle reçoive son nom définitif de tire-bouchon38 et 1720 pour que, en Angleterre, soit consacré corkscrew (Photo 22).

Vers 1730, toutes les demeures de notables bordelais en possèdent un. En 1726, la corporation des bouchonniers reçoit ses statuts et des ateliers se développent dans le Var, le Roussillon, la Catalogne, plus tard au Portugal. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert décrit les techniques purement manuelles de la taille des bouchons au couteau. C’est devenu un métier et une activité économique majeure pour la filière du vin. Elle ne cessera de croître jusqu’à la fin du XXe siècle. Le Portugal est devenu le premier producteur mondial de liège et de bouchons dans le courant du XIXe et du XXe siècle, avec les conséquences paysagères qui en découlent. De 300 000 ha en 1893, les forêts de chênes-lièges – suberaies – sont passées en 2004 à 860 000 ha.

Le bouchage s’effectue au maillet jusqu’au milieu du XIXe siècle, puis selon la méthode brevetée par Charbonnier, dite « à mouton » ou « à la guillotine », beaucoup plus efficace et rapide44. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la pratique du brûlage dans les tonneaux d’une mèche de soufre, dite allumette hollandaise (Dutch match), parachève l’ensemble des progrès apportés par la bouteille et le bouchon à la conservation du vin. La première mention de celle-ci apparaît dans un texte de 1765, mais ce n’est sans doute pas une nouveauté toute récente. Il faut en brûler un peu plus dans les barriques destinées à contenir du blanc, surtout liquoreux, que dans celles que l’on remplira de rouge. Grâce à cette technique, les vins peuvent vieillir en beauté et les vertus des terroirs et des millésimes enfin se révéler dans toute leur personnalité unique. De nombreux vignobles d’Europe du Sud vont en profiter, la France en premier lieu, surtout sous l’impulsion des marchés de l’Europe du Nord, du Royaume-Uni au premier chef.

Extrait de "La bouteille de vin - Histoire d'une révolution", Jean-Robert Pitte, (Editions Tallandier), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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cbrunet
- 25/12/2013 - 18:23
Coucou
Pourquoi tant de haine en ces périodes de fêtes ? Buvez un gentil Médoc ou un joli Saint Emilion , la réconciliation sera proche !
mich2pains
- 25/12/2013 - 12:09
HISTORIQUEMENT PARLANT ,....
Les Romains de jadis ont eu raison de préférer le Liège au Polychlorure de Vynil pour fabriquer les bouchons des bouteilles de vin .....!
Ils avaient déjà tout compris .
coucou.cmoi35
- 25/12/2013 - 12:08
Tiens le lobby publie un article de vin "culturel"
Quand j'étais mome, ma mère allait fourguer ses consignes au Viniprix de la cité par la porte de l'entrepot, ça puait la vinasse. Heureusement elle a vite arrêté. Quelle saloperie ce truc.
Tu parles d'un vieillissement "en beauté". Une déchéance promise à la certitude plutôt. Et une fois le client pochetronné, le sale mec qui lui vend le poison sera le premier à lui mettre un coup dans le derrière.