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Le futurologue en chef de Google annonce la fin de la vie privée
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Le futurologue en chef de Google annonce la fin de la vie privée : faut-il s'y résoudre ?
Publié le 25 novembre 2013
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Vinton Cerf, considéré comme l'un des pères fondateurs d'Internet et futurologue chez Google, a annoncé que conserver une vie privée sur Internet ne sera plus la norme, et que cela sera à l'avenir un objectif quasiment inatteignable. Les réseaux semblent bien avoir jeté l'idée de vie privée aux oubliettes.
Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et entrepreneur. Frédéric Jutant est un spécialiste du référencement sur le moteurs de recherche pour le compte de l'agence web Kelcible.   
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Vinton Cerf, considéré comme l'un des pères fondateurs d'Internet et futurologue chez Google, a annoncé que conserver une vie privée sur Internet ne sera plus la norme, et que cela sera à l'avenir un objectif quasiment inatteignable. Les réseaux semblent bien avoir jeté l'idée de vie privée aux oubliettes.
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Vinton Cerf, l'un des précurseurs d'Internet et qui occupe le poste de Chief Internet Evangelist (sic) chez Google a récemment déclaré que sur le web "la vie privé sera anormale" et qu'il y aura "une difficulté croissante pour y parvenir". L'imbrication de plus en plus importante d'Internet dans notre existence a-t-elle détruit notre vie privée ?

Fabrice Epelboin : Oui, incontestablement. Et par "internet", il faut entendre "systèmes d'informations" en général, c'est-à-dire que votre téléphone portable - fut-il de première génération - ou votre carte bancaire, par exemple, sont tout autant coupables que votre connexion internet.
 
Nous essaimons en permanence des informations personnelles, et ce à un rythme sans cesse plus important, c'est l'un des éléments de la vie moderne qu'il faut saisir pour comprendre l'ampleur du phénomène et la situation 'numérique' de la vie privée.
 
Si je sors de chez moi pour aller faire des courses au supermarché, mon opérateur téléphonique retiendra dans ses infrastructures informatique mon déplacement, par l'intermédiaire des antennes 3G qui 'accrocheront' mon portable tout au long du trajet qui me mène à Monoprix. Puis, une fois mes courses effectuées, le GIE Carte Bleu ainsi que ma banque, retiendront cet élément de ma vie privée, Monoprix - dont je possède une carte de fidélité - aura de son coté un inventaire complet de mes emplettes, lui permettant de savoir une multitude de choses à mon sujet : suis-je en couple ? (un "Mr" qui achète régulièrement des tampax ? C'est vraisemblable), quel est mon alimentation (bio ? équilibrée ? Trop de sucres ?), la taille de mon foyer (des enfants ? combien ? Quels âges ?) ma consommation d'alcool, etc, etc. Ces informations, co-détenues par Monoprix et le groupement d'intérêt économique "S'Miles", sont ensuite partagées avec une multitude d'acteurs, une pratique courante avec les cookies sur internet, mais qui n'a pas attendu internet pour exister. Voilà comment en à peine vingt minutes - le temps de faire mes courses - je disperse à travers une multitude de systèmes d'informations dont le grand public n'a pas vraiment conscience un nombre effrayant de données concernant directement ma vie privée. Vous noterez qu'à ce stade, je n'ai pas encore utilisé internet.
 
Une fois connecté (en rentrant du supermarché, donc), l'historique complet de mes navigations est conservé dans les datacenters de mon opérateur internet, et un nombre important de mes documents situés dans 'le cloud', c'est à dire dans d'autres datacenters, sont visibles de tout un tas d'entreprises, et ceci n'est qu'un tout petit aperçu des données 'intimes' que je disperse en utilisant internet. Si vous êtes chez un opérateur internet "partenaire" de la DGSE - comme l'a révélé récemment le Guardian - alors c'est la totalité des informations non chiffrées qui transitent entre votre machine et internet qui est analysée et qui alimente un "super profil" contenant une quantité astronomique de données vous concernant, vous, ainsi que vos relations. Du coup, en vertu des accords "Lustre" signés par la France en 2010 - comme la révélé le mois dernier la presse allemande - sur la base de documents fournis par Edward Snowden - ce sont aussi bien les services secrets anglais que la NSA qui peuvent potentiellement avoir accès à tout cela. 
 
Il faut comprendre que votre vie privée interesse plusieurs type d'acteurs. Si on exclue la cybercriminalité, qui est assez insignifiante au final, ont peu les réduire à deux ordres : les entreprises, qui cherchent à affiner leur marketing à travers l'analyse de ces données personnelles, et les Etats, qui cherchent à anticiper et comprendre les changements au sein du social afin de maintenir une certaine forme de stabilité sociale et lutter contre tout ce qui peut y porter atteinte, ainsi qu'à faire de l'intelligence économique, et, accessoirement, à lutter contre le terrorisme, ce qui est en général la raison invoquée pour justifier cette surveillance. 
 
Demain, ces systèmes de surveillance pourraient tout aussi bien servir à anticiper des mouvement sociaux et les désamorcer avant qu'ils ne prennent trop d'importance, ou bien encore à lutter contre la fraude fiscale, ou réaliser des sondages d'opinion en temps réel infiniment plus précis que ceux que nous connaissons aujourd'hui. Le champs des possibles est très vaste et changera de façon radicale les gouvernances que nous verront apparaitre dans les années qui viennent. D'ici très peu de temps, l'Etat pourra ainsi accéder, en toute légalité, et sans autorisation préalable d'une autorité judiciaire, à la totalité des informations concernant les citoyens disponibles sous forme numérique, c'est-à-dire à tout sauf ce que vous n'avez consigné que par écrit. C'est ce que prévoit la loi de programmation militaire qui sera votée la semaine prochaine a l'Assemblée. En l'état, cette loi, qui affectera en profondeur l'avenir de la République française, aussi sûrement que le Patriot Act aux USA, devrait être largement adoptée par l'Assemblée nationale.
 
Si on devait pointer du doigt deux entités qui symbolisent à merveille ces logiques, je serais tenté de désigner Google et Bull. Google, tout le monde les connait, et ils excellent à transformer des données personnelles en actions marketing extrêmement rentables. Bull/Amesys est moins connu. C'est un acteur historique de l'informatique, dont l'Etat Français est lourdement actionnaire, notamment à travers Orange et la Banque Publique d'Investissement mais également de façon directe. Bull, c'est le champion du monde de la surveillance dite "de masse", qui est derrière la surveillance globale de nombreuses nations telles que le Maroc, le Qatar, ou bien encore la France. C'est l'un des pionniers de l'informatique mondiale, et - cocorico - c'est un acteur français. Contrairement aux géants américains, il se montre très discret, mais c'est Bull qui fabrique les ordinateurs parmi les plus puissant de la planète, qui n'ont rien à envier à ceux fabriqués au Japon ou aux USA, et qui sont indispensable pour brasser de telles quantités de données personnelles. 
 
Bull a une longue tradition d'informatique au service de l'Etat, notamment en ce qui concerne le traitement des données personnelles. En 1941, l'administration de Vichy lui a ainsi confié l'informatisation du fichier Juif. Un projet qui fût heureusement saboté par un haut fonctionnaire, René Carmille, qui fût pour cela déporté à Dachau où il termina sa vie. Plus récemment, vous avez peut être entendu parler de Bull sous le nom d'une de ses marque, Amesys, dans l'Affaire Takiedinne : l'une des toutes premières ventes d'armes faites par l'intermédiaire de Ziad Takiedinne auprès du colonel Kadhafi consistait à fournir au régime Libyen un vaste système de surveillance de la population, fabriqué par Amesys/Bull. La marque Amesys a depuis été délocalisée aux Émirat arabe unis, mais Bull continue de fournir de tels systèmes à de nombreux pays, et pas uniquement des dictatures sanguinaires comme celle de Muhamar Kadhafi. 
 
Vous l'avez compris, la vie privée est aujourd'hui un privilège qui n'est accessible qu'aux seuls technophiles, et encore, à ceux qui maîtrisent et comprennent intimement la surveillance des réseaux. C'est peut être le premier symptôme visible de l'avènement d'une Netocratie, qui dispose de droits auxquels la population n'a pas accès. Ce qui est nouveau, c'est que la population commence tout doucement à réaliser cet état de fait. 
 

La perte de vie privée déjà constatée par l'importance croissance d'Internet est-elle irréversible ? Peut-on revenir sur ce qui a déjà été concédé ? 

Frédéric Jutant : La notion de vie privée est en cours de disparition sur Internet. Aujourd'hui,  vous devez communiquer sur vous sur Internet.

Quand on est à la recherche d'un emploi par exemple, la société exige de vous d'avoir au minimum un CV en ligne, ou un compte Viadéo / Linkedin. Si vous n'en possédez pas, vous vous fermez des portes, car beaucoup vont vous "googler" pour en savoir plus sur vous, vos expériences, votre personnalité, avant même de vous proposer un entretien.

Dans un cercle plus privé, vous devez avoir un compte Facebook (et/ou Twitter) car tout le monde est dessus et c'est la mode. Les réseaux sociaux sont un moyen de communication aujourd'hui aussi répandu que les sms et le téléphone, pour partager sa vie, ses humeurs, et discuter avec d'autres (proches ou non). Est-ce que c'est irréversible ? Non. Mais êtes-vous prêt à fermer votre compte Facebook ? A ne plus envoyer de mails et revenir au courrier papier ?

Fabrice Epelboin : Encore une fois il s'agit de faire attention à ne pas mettre cela sur le dos d'internet. Votre carte de crédit donne accès, en recoupant ces informations avec d'autres fichiers, à votre consommation, ce qui constitue une masse de données personnelles potentiellement sensibles. La police française dispose de son coté, souvent dans un flou juridique savamment entretenu, de centaines de fichiers regroupant jusqu'à plusieurs dizaines de millions d'individus, et détaillant une multitudes de données relevant de leur vie privée, et cela ne concerne pas, loin de là, les seules personnes ayant eu à faire un jour aux services de polices ou à la justice. Cela va bien au delà d'internet, le problème est lié à l'omniprésence des systèmes informatiques dans notre vie quotidienne, dans la gestion de la vie publique et dans le monde du commerce en général. Une présence souvent discrète, si discrète que la plupart d'entre nous n'en sommes pas conscients. Internet a considérablement accéléré ce phénomène, mais il l'a rendu plus visible, et a permis a beaucoup de monde d'en prendre conscience. Rendons lui cette grâce. Il convient également de saluer Edward Snowden, qui a su donner un nom à la surveillance globale et qui a rendu crédible, du jour au lendemain, des personnes telles que moi, même si des institutions comme Sciences Po avaient, bien avant Prism, reconnu le sérieux du travail d'investigation de l'équipe de Reflets.info dont je fais partie et m'avait permis d'enseigner la surveillance et ses impacts sur la gouvernance.

Revenir en arrière est invraisemblable. On pourrait rêver d'une loi européenne qui pose des gardes fous sur la surveillance mise en place à des fins marketing par les entreprises, mais il y a peu d'espoir et les lobbies viendront vraisemblablement à bout de cette loi actuellement en cours de négociation à Bruxelles. Des négociations qui par ailleurs sont faites dans le plus grand secret, ce qui n'augure rien de bon.

Pour ce qui est de la surveillance des Etats, c'est clairement trop tard pour bon nombre d'entre eux, dont la France. Le Guardian révélait il y a déjà trois semaines que l'avance française, jugée considérable en matière de technologies de surveillance de masse, et qui fait visiblement l'admiration des services de renseignement Anglais, était due à la collaboration étroite entre la  DGSE et "un grand opérateur internet Français". Si le Guardian ne nomme pas cet opérateur, son identité fait peu de doute au sein des spécialistes du sujet. 

Ce qui étonne, en revanche, c'est qu'aucun média français n'ai repris cette information du Guardian, et qu'aucun politique n'ai abordé le sujet. De son coté, Jean-Jacques Urvoas, député socialiste à la tête de la commission de contrôle des activités de renseignements, n'a pas jugé bon de demander le moindre éclaircissement. 

En pratique, la mise sous surveillance de la totalité de la population française est entérinée par les grands partis politiques dit "de gouvernement", et du coté du Front de Gauche, qui a été alerté de cela a plusieurs reprises, on laisse les militants de base s'agiter en se gardant bien de réagir officiellement. Je n'ai par contre aucune idée de la réaction du Front national sur ce sujet, n'ayant pas la moindre entrée ni la moindre relation au sein de ce parti. Ils disposent d'un boulevard s'ils se saisissent de ce sujet, tant il résonne avec les thématiques de défiance vis-à-vis des grands partis politiques qu'ils instillent régulièrement dans leur communication.

Une société comme Google offre une multiplicité de services aujourd'hui (mail, système d'exploitation pour mobile...) Quelles sont - outre nos recherches web - les informations dont cette société peut disposer sur nous ? Quelles sont notamment celles dont nous n'avons pas conscience ? 

Frédéric Jutant : Beaucoup de personnes aujourd'hui n'ont pas conscience qu'Internet, et plus particulièrement, l'entreprise Google est absolument partout.

Concernant la recherche, Google est incontestablement leader en France, en Europe, aux USA, et dans beaucoup de pays. Microsoft a d'ailleurs récemment annoncé qu'il souhaitait stopper son moteur Bing (et Xbox). Hormis, le géant chinois Baidu, encore inconnu du grand public en Europe, il est aujourd'hui difficile d'imaginer un concurrent à Google pour rivaliser sur le secteur de la recherche. 

Mais si l'on regarde globalement, Google c'est aussi vos mails, votre GPS, votre navigateur internet, votre agenda, votre "cloud" votre système d'exploitation sur votre smartphone / tablette (où vous téléchargez/achetez des applications sur le "Google Play Store"), vos blogs, votre outil d'analyse de statistiques de blog, votre alternative au réseau social Facebook, et votre plateforme de streaming vidéo préférée YouTube ... et j'en passe ! Et ça sera bientôt également vos lunettes intelligentes, votre système de paiement NFC !

Il est très fort probable qu'aujourd'hui Google connaisse déjà votre prénom, nom de famille, date de naissance, adresse postale, vos habitudes, vos horaires, vos déplacements, votre lieu de travail, vos habitudes de consommation, et votre visage... 

Grâce à la fiche contact de Gmail, remplie par vous-même ou vos contacts de façon plus ou moins détaillée. Et votre smartphone Android équipé d'un GPS et de toutes les appli Google (Google Play Store, Gmail, Google Agenda, Google +, YouTube, Hangouts, Chrome, Maps ... et aussi toutes les fonctions natives Android).

Mais ce dont nous n'avons pas forcément conscience, c'est qu'une seule et même société privée a la possibilité d'utiliser toutes ces données de façon recoupée.Le recoupement des données récoltées à travers tous ces différents services est très dangereux. Google est une société privée encore une fois ! Cette entreprise a certainement plus d'informations que certains Etats. Il est illusoire d'avoir une vie privée sur Internet.

Et le pire, c'est que Google est une firme qui n'a soufflé QUE sa 15ème bougie cette année, ce qui fait d'elle encore une entreprise très récente. Imaginez l'espace d'un instant toutes les données privées que cette seule société aura dans 5, 10, 15 ans ?

Fabrice EpelboinGoogle dispose d'une quantité invraisemblable d'informations, à commencer par nos recherches, qui en disent long sur nous. Ce sont ces informations qui leur ont permis de devenir le premier acteur mondial dans la publicité, ou qui leur permettent de prévoir le déploiement d'une épidémie avec plus de précision que tous les systèmes de suivi épidémiologique imaginés jusqu'ici. J'aime beaucoup cette anecdote sur la capacité prédictive en matière d'épidémiologie de Google, tant elle illustre l'immense diversité de savoirs et de connaissances sur une population que l'on peut extraire d'un vaste amas de données personnelles. Il faut comprendre que Google est avant tout une immense machine a calculer spécialisée dans la statistique - une spécialité mathématique assez austère que Google maitrise à la perfection -, mais Google investit des sommes considérables dans l'intelligence artificielle, l'algorithmie prédictive, et dans tout un tas de domaines susceptibles de tirer de la valeur ou de l'intelligence de cette immense masse de données que nous mettons à leur disposition.

Mais les données récoltées par Google pour alimenter cette énorme machine a calculer ne se limitent pas, loin de là, à nos recherches. En rachetant ce qui est devenu Google Analytics, le leader incontesté de l'analytics web (une technologie permettant à un gestionnaire de site web de mesurer tout un tas de choses concernant le trafic sur son site), Google peut ainsi traquer les internautes sur tous les sites utilisant Analytics (plus de la moitié des sites web aujourd'hui). A travers ses offres Cloud (Gmail, Drive, etc), Google dispose d'encore plus d'informations nous concernant. Le challenge pour Google n'est plus tant de récolter encore plus de données, mais d'en faire sens. Au vu de la performance de leurs moteurs de ciblage publicitaire, force est de constater qu'ils excellent à ce jeu. 

Existe-t-il encore des espaces de liberté et d'anonymat sur le web aujourd'hui ? Le "dark net" par exemple est-il réellement aussi anonyme que l'on prétend, où les géants du web parviennent-ils aussi à s'y insérer ?

Frédéric Jutant : Une chose qu'il faut savoir à propos d'Internet, c'est que le web n'oublie rien. Tout est conservé, et dans quasiment tous les cas, tout peut être retrouvé. Le "Dark net" est en perdition, même s'il existe toujours

Seuls les initiés connaissent aujourd'hui les sites / réseaux où nous pouvons être anonymes. 

Il est difficile à l'heure actuelle d'affirmer qu'aucune société travaillant dans le web ne peut infiltrer ces plateformes. Surtout quand on possède un navigateur tel que Chrome...

Fabrice Epelboin : La capacité à être anonyme dans un réseau informatique quel qu'il soit dépend exclusivement de votre compréhension de toutes les dimensions de la surveillance et de leurs aspects technologiques, celle des entreprises comme celle des Etats. Si vous en comprenez les rouages, vous pouvez alors envisager d'utiliser des outils vous permettant d'être anonyme, mais il n'existe pas d'outil magique vous permettant, d'un simple clic, de devenir anonyme. Il est dangereux de croire que de tels outils existent, et il convient de dénoncer vivement ces articles écris à la va-vite par des journalistes parfaitement ignorants du sujet qui préconisent tout et n'importe quoi à la suite de l'affaire Prism. Le seul et unique moyen d'échapper à la surveillance c'est de comprendre comment elle est réalisée, par qui, et ensuite d'adopter des outils, mais surtout des usages vous permettant d'y échapper.

Même s'il est plus à l'abri que le web, le "Dark Net" ne fait pas exception : de nombreux pédophiles s'y croyant anonymes se sont fait piéger récemment par le FBI qui a profité d'une faille javascript dans un navigateur. Un expert n'aurait, de son coté, jamais activé javascript et ne se serait certainement pas fait prendre ainsi. Dans ce cas, c'est plutôt une bonne chose, et personne - ou presque - n'ira pleurer sur le sort de ces pédophiles, mais s'il s'agit d'un résistant syrien tentant de communiquer avec l'extérieur du pays et d'échapper aux systèmes de surveillance mis en place par Bachar El Assad, ce serait une autre histoire. Encore une fois, on ne le répétera jamais assez : si vous ne comprenez pas ce que vous faites, vous avez peu de chances d'être réellement anonyme. Au mieux, vous pouvez espérer passer inaperçu aux yeux de Google, mais pour ce qui est de passer inaperçu au yeux d'un système de surveillance de masse tel que celui qui est en place en Syrie, au Maroc ou en France, c'est bien plus délicat. 

A ce stade, les géants du web n'ont que faire du Dark web, et se moquent d'y récolter la moindre données personnelle, elles y sont rares, le Dark web ne représente pas grand chose et son potentiel commercial est pour le moment inexistant (en dehors des marchés illégaux du type Silk Road). Ils s'en foutent. Ce sont plutôt les Etats qui cherchent à surveiller cet espace, ce qui va s'avérer difficile, tant qu'il n'est fréquenté que par des gens assez au fait des technologies de surveillance. Mais si des Etats comme la France venaient à censurer des pans entiers d'internet, cela pourrait changer radicalement. 

En l'état, la proposition de loi portant sur la prostitution qui vise à pénaliser le client comporte dans son article premier la possibilité de censurer tout site relatif à la prostitution sans intervention d'un juge et sur simple demande administrative. Outre les dérives inévitables d'un tel système, et en dehors du fait que l'on voit mal en quoi cela pénalise le client, la mise en application d'une telle loi pousserait cette univers - la "cyber-prostitution" - aujourd'hui sur le web vers le Dark web où il serait à l'abri de la censure, et y entraînerait en masse les consommateurs. Un tel afflux de novices dans un espace tel que le Dark web pourrait avoir des conséquences sociales assez dramatiques, et ne pourrait que renforcer la fracture que l'on constate chaque jour entre les élites politiques et la population. Cela ne ferait qu'aggraver la crise de la confiance que traverse la France. Accessoirement, cela s’avérerait vite parfaitement inefficace pour ce qui est d'abolir la prostitution en France.

Si on doublait cela d'une censure des sites qualifiés de "piratage", on pourrait vite voir une large partie des internautes français débarquer dans le Dark web, et nous aurions du coup, un vrai web grand public totalement (ou presque) à l'abri de la loi. On a tendance à l'oublier tant la démagogie des politiques est courante vis-à-vis d'internet, mais le web est tout sauf une zone de non droit, et il serait souhaitable qu'il reste ainsi. Si on rompait cet équilibre, le Dark web cesserait d'être une anecdote journalistique pour être la destination de choix pour trouver de la prostitution, de la culture, du porno... Je vous laisse imaginer le succès. Les conséquences seraient dramatiques.

Google a annoncé le lancement de nouveaux outils pour mieux suivre nos recherches sur son moteur, en principe pour mieux lutter contre les recherches à caractère pédophile. N'est-ce pas un pas de plus vers moins de vie privée au nom de plus de sécurité ? Quels outils Google va utiliser et en quoi notre vie privée va être encore rognée ? 

Frédéric Jutant : Google communique sur l'amélioration de la pertinence des résultats de recherche (développement de nouvelles fonctions, mises à jour algorithmiques, filtres...), sur la sécurité de la navigation (mise en place et généralisation du HTTPS entre autres). 

Mais si Google fait tout ça, c'est avant tout pour lui ! Ces améliorations au nom de la pertinence et de la sécurité ne sont que des prétextes pour développer son chiffre d'affaires.

Les mises à jour et filtres Google pour la recherche sont destinés à lutter contre le référencement naturel (SEO), en plein développement depuis quelques années. Cet ensemble de techniques visant à manipuler les résultats de Google pour développer la visibilité d'un site internet et le faire apparaître en première page des résultats nuit directement à la régie publicitaire Adwords / Adsense. C'est une perte de CA pour la firme de Mountain View.

La généralisation du HTTPS est aussi pour limiter les actions de référencement naturel. Le cryptage des données a provoqué un séisme dans le milieu du webanalytics. Nous n'avons plus aucune donnée sur les mots-clés qui sont tapés. Les e-commerçants ne connaissent plus LE mot-clé qui leur rapporte le plus de visites sur leurs boutiques en ligne. Mais il existe une solution pour le connaître : Adwords

Avec Google, comme avec tout ce qui est gratuit sur Internet, vous êtes le produit ! Vos données personnelles sont la rémunération.

Fabrice EpelboinRassurez vous, il existe des alternatives à Google, et le web n'est pas Google. Il existe par ailleurs des moteurs de recherche qui ne traquent pas leurs utilisateurs, ne déposent pas de cookies sur leur machine, ne les profilent pas. Essayez Qwant qui est plutôt efficace et qui a - qui plus est - le mérite d'être français.

Pour Google, identifier les contenus pédophiles est assez aisé : les autorités disposent de bases de données mises à jour en permanence d'images et de contenus pédophiles, et il est facile de les identifier. Si vous avez déjà utilisé Google Image, vous avez réalisé que Google peut aisément retrouver toutes les instances d'une image sur le web, il peut dès lors en interdire l'accès. Couplé à certains mots clé à bannir, certaines url ainsi que certains usages propres à ces utilisateurs, ont peut en effet envisager de rendre Google parfaitement inutile pour ceux qui cherchent des contenus pédophiles sur internet. Mais il reste un soucis. 

Tout d'abord, les pédophiles ont fait migrer leur business ailleurs depuis longtemps, sur le Dark net que Google n'indexe pas, en l'occurrence. J'ai rédigé un rapport à l'occasion du vote de la loi Loppsi2 à ce sujet qui démontrait de façon assez implacable que le filtrage de l'internet ne changerait strictement rien - en 2010, il était déjà trop tard, la plupart des contenus pédophiles avait migré sur le Darkweb.

L'autre problème, c'est la définition même de la pédophilie, et nous allons à cette occasion découvrir l'immensité du "cultural gap" qui sépare les continent européen et américain. Quand j'étais adolescent - je suis né en 1970 - David Hamilton était incroyablement populaire. Vous aurez le plus grand mal à mettre en ligne ses photos aujourd'hui sur un service en ligne américain, vous y serez immédiatement censuré pour pédophilie. Au début des années 90, "Seventeen", une boite de production de porno Néerlandaise - encore en activité aujourd'hui - avait pour spécialité de faire tourner des mineurs ; une pratique qu'elle a amendé sous la pression des américains qui ont réalisé un lobbying intensif destiné à interdire ce genre de chose un peu partout sur le continent européen. 

En France, nous vivons dans une relative tolérance vis à vis de la pédophilie que les Américains trouvent particulièrement choquante, nous disposons ainsi d'un vaste vocabulaire destiné à distinguer pédophilie, phébophilie ou bien encore pédérastie, là où les Américains ne voient que de la pédophilie. Le prix Renaudot vient par exemple d'être attribué à Gabriel Matzneff, un auteur certes brillant mais ouvertement pédophile, et qui publie régulièrement dans une grand hebdomadaire Français, sans que cela ne choque qui que ce soit ou presque. On se souvient de l'épisode où Frédéric Mitterrand venait défendre devant les caméras des journaux télévisés son ami Roman Polansky, inquiété par la justice américaine suite au viol d'une adolescente de 14 ans. On put y entrevoir un ministre de la République dénonçant une justice américaine "aveugle", et trouvant choquant que l'on puisse ainsi s'en prendre ainsi à "un grand artiste", affichant - sans doute sous le coup de l'émotion - l'impunité due aux élites quant à ce type de pratiques. Ce même ministre fût par la suite contraint de se justifier face aux écrits pour le moins équivoques de son dernier roman, "La Mauvaise Vie", sans que quiconque n'aille enquêter sur la réalité des accusations portées à son encontre. Une enquête pourtant facile à réaliser aux lendemains du printemps arabe mais que personne en France n'oserait réaliser.  Il est dans la tradition française de respecter la vie privée des élites, c'est sans doute une bonne chose, mais c'est totalement opposée à ce qu'il se passe de l'autre coté de l'Atlantique.

Dans un tout autre ordre d'idée, mais qui montre là aussi à quel point ces pratiques sont parfaitement tolérées en France pour peu que l'on soit puissant, Arnaud Montebourg se félicite encore aujourd'hui d'avoir fait ses armes chez l'avocat Thierry Lévy, qui lui aussi a tenu des propos que des Américains trouveraient inadmissibles.

Marrakech, haut lieu de villégiature de nombreux français, est connu comme étant une lieu privilégié pour la prostitution pédophile, et certains intellectuels marocains vont jusqu'à écrire des lettres ouvertes menaçant d'ouvrir la boite de pandore, qui contient de nombreux noms de personnalités Françaises, sans que personne ne relaient ces messages en France. 

Mais rien n'y fait, et l'influence de la culture américaine a ses limites : la France conserve vis à vis de la pédophilie une tradition de tolérance, du moins pour ses élites, et si le discours a évolué, les mœurs et les pratiques n'ont guère changé depuis André Gide - autre grand écrivain Français pédophile. La France et les Etats-Unis ont des approches extrêmement différentes, et derrière une condamnation de façade, c'est encore la tolérance qui prédomine en France. Dans d'autres culture, cela va bien plus loin : le Japon par exemple n'a pas le moindre problème à mettre en scène dans ses mangas des enfants dans des situations pornographique que, même en France, on jugerait inadmissible.

J'attends de voir la façon dont Google censurera - ou pas - l'œuvre de David Hamilton, ainsi que les lolicons japonais - des mangas pornographiques très populaires mettant en scène des enfants. Cela devrait s'avérer intéressant.

Enfin, la nature de la production d'images pédophiles a radicalement changé ces dernières années. On est passé d'une imagerie produite à destination d'un public pédophile, mettant clairement en images des abus faits à l'encontre de mineurs, a une masse considérable d'auto-production pornographique réalisée par les adolescents et partagé entre eux, pour finir par sortir du cadre restreint dans lequel ces contenus étaient initialement partagés et se retrouver dans les mains des pédophiles. Ce qui pose un problème juridique de taille, car on voit mal comment sanctionner les producteurs tant cette pratique est courante. Interférer dans ces échanges peut par ailleurs s'avérer délicat, tant d'un point de vue juridique que pédagogique. A titre d'indication, ces activités de "sexting" sont pratiquées, selon une étude réalisée par le MIT, par un tiers des adolescents américains. Aucune étude n'existe à ce jour en France, mais il n'y a aucune raison de penser qu'il en soit autrement chez nous.

 

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esurlo
- 25/11/2013 - 15:59
RISQUE..?
....
Trop tard , c'est déjà fait .....
.....
eheime
- 25/11/2013 - 15:05
Mais il est vrai que certains éléments sont devenus
publics à jamais.
Votre visage (on a tous une photo de soi qu'un ami a mis sur facebook ..) , votre numéro de telephone et adresse (Google n'a pas lire les carnets d'adresses de vos amis), et vos centres d'intérêts principaux.

Clairement en cas de dictature, cela pourrait être utilisé afin de nous discriminer ... Imaginez qu'un certain Adolf ait eu ce type d'informations dans les mains :
Toc, toc, toc. Monsieur Truc ? Oui, c'est bien vous , nous connaissons votre visage. Vu vos amis et vos centres d'interêts sur internet, nous avons déterminé que vous etes de telle religion. Non, non, nous avons déjà toutes les informations nécessaires, n'essayez pas de nous faire perdre du temps. Suivez nous, c'est un ordre !
eheime
- 25/11/2013 - 14:46
C'est vrai que c'est un risque
.. mais c'est facile de déjouer une telle surveillance.
On reprend :
J'échange ce matin mon téléphone avec celui d'un bon ami.
Je suis un célibataire et j'utilise volontairement ma carte plutot que du liquide et j'achete 10 tampax, tout comme la semaine dernière.
J'allume Google et bien que je sois communiste, j'ouvre le site de Minute, Atlantico et le Figaro.. Puis pour m'informer à ma convenance, je vais directement sur mes sites favoris en me déconnectant de Google au préalable (ou en utilisant un autre browser configuré à cet effet), le tout de façon chiffrée en passant par un proxi, comme je le fais habituellement, sauf quand je veux etre tracé délibéremment pour tromper mon monde... et rendre inutile tous ces traçages.

S'il y a trop d'abus, vous verrez la reaction populaire sera violente et rapide.
Si Google prend tant de soins à bien vous informer sur les infos qu'il vous prend, c'est pour éviter ce type de reaction dans le futur, je pense.
Et dans le fond si mon gouvernement me comprend mieux et réagit avant que je ne m'énerve vraiment, en épiant mes comportements, je ne vais pas m'en plaindre. S'il ne fait rien et m'impose ses choix, comme aujourd'hui, statu quo