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Le grand départ

41% des jeunes diplômés de master y pensent : mais quels sont ceux pour qui l’expatriation est objectivement une bonne affaire ?

Publié le 16 novembre 2013
De plus en plus de jeunes Français qualifiés se portent candidats à l'expatriation. Motivés en partie par les difficultés rencontrées en France sur le marché du travail, certains se lancent dans l'aventure sans se demander si leur profil correspond à leurs attentes. Bien qu'il s'agisse d'une expérience profitable à tous, certains jeunes pourraient y avoir un peu plus à gagner que d'autres...
Hervé Heyraud
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Hervé Heyraud est Président Fondateur du Petitjournal.com, média leader des Français et francophones à l'étranger.
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De plus en plus de jeunes Français qualifiés se portent candidats à l'expatriation. Motivés en partie par les difficultés rencontrées en France sur le marché du travail, certains se lancent dans l'aventure sans se demander si leur profil correspond à leurs attentes. Bien qu'il s'agisse d'une expérience profitable à tous, certains jeunes pourraient y avoir un peu plus à gagner que d'autres...

Atlantico : Selon la Maison des Français de l'Etranger (MFE), 41% des jeunesFrançais s'expatriant ont un niveau Master. Est-ce là un niveau d'étude suffisant pour qu'un jeune Français puisse réussir à l'étranger ? Y-a-t-il un niveau d'études minimum requis pour qu'un jeune Français puisse réussir son expatriation?

Hervé Heyraud : On constate qu’il y a beaucoup d’étudiants très diplômés qui partent tenter leur chance à l’étranger parce qu’ils sont mieux armés, mais aussi parce qu’ils ont déjà expérimenté un cursus à l’étranger. C’est particulièrement le cas pour les étudiants des grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, mais aussi d’universités. Ils sont donc nombreux à avoir gouté à l’aventure de l’expatriation au cours de leur formation, à avoir développé une certaine affection pour un pays en particulier, et exploité certaines opportunités. Ils ont donc pu découvrir tous les avantages et les attraits de l’expatriation. En France nous avons la chance d’avoir des niveaux d’études plutôt bons. Par conséquent, même avec un niveau d’études relativement faible, un jeune Français peut tenter sa chance dans un pays où le niveau d’éducation sera peut-être moins élevé. Il faut aussi prendre en compte tous les métiers français comme la pâtisserie, la coiffure, la restauration…qui sont peu valorisés en France, mais qui le sont plus largement à l’étranger. Par ailleurs, je connais de belles histoires de jeunes Français avec peu de qualifications qui ont très bien réussi à l’étranger.

Bien évidemment, plus vous êtes diplômé, plus vous pouvez potentiellement accroitre vos chances de réussir votre expatriation. Néanmoins, vous pourrez avoir plus de difficultés à décrocher un emploi pour un poste qualifié dans le marketing aux Etats-Unis par exemple, parce que les jeunes Américains sont déjà très bien formés dans ce domaine. Alors que de bons boulangers outre-Atlantique, cela se trouve moins facilement. La logique du marché y est différente de celle en France, fondée essentiellement sur le diplôme. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de la " culture du diplôme " dans notre pays, où la recherche d’un métier se fait en fonction du diplôme. Or, on se rend compte que beaucoup de pays, comme les pays anglo-saxons, ne fonctionnent pas ainsi. Au Mexique et en Thaïlande notamment, on vous demande davantage ce que vous savez faire, ce à quoi vous êtes bon, ce que vous savez faire…On n’est donc pas prisonnier de son cursus. Quand on s’expatrie, on développe de grandes facultés d’adaptation, on s’ouvre davantage aux différentes possibilités qui s’offrent à nous. De plus, les motivations de l’expatriation ne sont pas uniquement carriéristes : on peut partir à l’étranger pour des raisons familiales, sentimentales…

Précisons que notre système éducatif nous confère relativement une bonne réputation en matière de qualification : les Français passent ainsi pour être des gens plutôt travailleurs, créatifs, dotés d’une base éducative solide et en qui on peut avoir confiance.

 

Selon un récent sondage Harris Interactive, 79% des étudiants des neufs établissements français d'enseignement supérieur les plus prestigieux (Centrale, Polytechnique, Sciences Po, Essec...) envisagent de partir à l'étranger une fois leur diplôme obtenu. Ont-ils plus de chance de réussir à l'étranger que les autres jeunes Français n'étant passés par ces grandes écoles ?

Il est difficile de répondre à cette question. J’aurais tendance néanmoins à répondre que oui dans la mesure où les diplômes de ces écoles sont reconnus internationalement. Ces étudiants bénéficient déjà de réseaux importants, à l’instar de celui des anciens élèves qu’ils peuvent donc mettre à profit. Notons que près d’un étudiant sur quatre de ces écoles travaille déjà à l’étranger. Par leur parcours dans ces grandes écoles, ils ont déjà  passé une partie de leur scolarité à l’étranger, y ont également fait des stages…Familiers donc avec les langues, ils présentent un profil favorisé. Ce profil d’étudiant saura également mieux préparer leur départ par rapport aux autres. Ils sauront aussi très bien s’intégrer dans les grandes entreprises françaises qui créent majoritairement des emplois à l’étranger. Celles-ci recrutent des cadres en vue d’accompagner leur développement dans des pays en forte croissance.

Il convient également d’insister sur le fait que les grandes écoles se sont ouvertes à l’international, tout comme leurs étudiants, au regard notamment des difficultés qu’ils rencontrent également sur le marché du travail français qui est très difficile.

 

 

Il a souvent été montré que les jeunes Français issus de l'immigration avaient plus de difficultés à trouver un emploi en France que les autres. Auraient-ils donc plus intérêt que les autres à s'expatrier ? Avec quelles chances de réussite ?

On a effectivement pu noter des mouvements de ce type, notamment au Royaume-Uni au cours de ses périodes de forte croissance, au milieu des années 1990 et au début des années 2000. A ce moment-là, beaucoup de jeunes Français issus de l’immigration d’origine maghrébine, et notamment de la deuxième et troisième génération, ont traversé la Manche. Ceci s’explique par le fait que le marché du travail en France est beaucoup plus discriminant à leur égard qu’il ne l’est dans le monde anglo-saxon.

Il y a également une émigration de ce type à destination des pays du Moyen-Orient, et notamment de Dubaï. Peut-être que ces jeunes y ont trouvé leur place plus naturellement, grâce notamment à la maitrise initiale de la langue arabe. La Turquie connait aussi un assez fort boom économique et voit ainsi de jeunes Français d’origine turque y revenir car maîtrisant la langue et parce que dotés d’un bon niveau scolaire, ce qui facilite leur intégration sur ce marché du travail par rapport au marché français. Le fait qu’ils connaissent le pays, parce qu’ils ont pu y aller souvent en vacances ou parce qu’ils y ont de la famille, ce qui facilite la recherche d’un logement, constituent également des plus.

Ce phénomène n’est néanmoins pas un phénomène de masse. L’expatriation sous-entend de pouvoir prendre des risques, et donc d’avoir déjà des contacts, les moyens matériels nécessaires de le faire aussi. Les moins diplômés et les moins favorisés ne sont donc pas ceux pour lesquels l’expatriation est la plus facile, c’est certain.

 

La compétition internationale induite par la mondialisation n'épargne pas les jeunes candidats à l'expatriation. Quelles chances de réussir leur expatriation ont les jeunes Français par rapport à leurs concurrents internationaux ?

Tout dépend des marchés bien entendu. La France n’est pas une terre d’émigration. En revanche, avec la mondialisation, on constate que les jeunes Français sont mieux formés, mieux préparés à partir, meilleurs en langue…Cela change considérablement par rapport à avant. Ils sont donc mieux préparés à concurrencer les autres nationalités sur le marché du travail.

Il y a bien évidemment des différences suivant les secteurs d’activités, notamment parmi ceux où les Français sont à la pointe : la boulangerie, la coiffure, mais aussi le secteur bancaire, l’ingénierie civile, la santé…On en revient à la qualité de la formation initiale, des diplômes et des compétences dont bénéficient les Français.

Il convient également de prendre en compte un aspect plus administratif, à savoir, la possibilité d’obtenir des visas de travail. A ce titre, il existe des accords bilatéraux et binationaux qui peuvent interférer. Dans certains cas, ces derniers peuvent favoriser les jeunes Français candidats à l’expatriation. Pour d’autres en revanche, il faut faire face à un nombre limité de visas accordés.

 

 

Y-a-t-il des profils de jeunes pour lesquels l'expatriation est à éviter ?

Je ne pense pas. L’expatriation ne peut pas être une expérience négative : on peut partir dans un pays pendant un an, vivoter, ne pas trouver le boulot de ses rêves, mais sans pour autant que cela soit un échec car on aura forcément appris quelque chose, découvert une langue, une autre culture…Ce sont là des choses qui sont valorisées et valorisables, et enrichissantes personnellement. Pour certains bien-sûr, cela peut représenter une mauvaise expérience, surtout si l’on part en se disant que l’on va être le roi du monde. Tout dépend des attentes de chacun.

L’expatriation représente un risque comme je l’ai déjà rappelé. Néanmoins, il y en a un qu’il convient d’éviter : celui de foncer tête baissée dans l’expérience sans s’être renseigné au préalable sur ses capacités d’épargne, sur les conséquences de ce choix sur son avenir, sur les possibilités de réinsertion au retour, sur la politique de visas…S’expatrier, c’est anticiper. A cet effet, il est possible de réaliser un premier voyage d’observation afin de sonder son attrait pour la destination choisie. Et puis attention aux miroirs aux alouettes : des destinations peuvent paraître très attrayantes et se révéler finalement très décevantes.  Il convient donc vraiment de recueillir toutes les informations nécessaires au préalable.

 

Comment sont perçus les profils ayant une expérience à l'international par les employeurs français d'une manière générale ?

Tout d’abord, il s’agit d’une expérience très valorisante qui a offert la possibilité de découvrir d’autres cultures, d’autres langues au moment où les entreprises cherchent s’internationaliser. Il s’agit donc là d’un vrai plus qu’on peut difficilement contester.

En revanche, on constate qu’aujourd’hui, au sein des grands groupes, la mobilité est très difficile à gérer en ce qui concerne les ressources humaines. Vous pouvez revenir au bout de 10 ou 15 ans d’une expatriation en ayant appris pleins de choses sur de nouveaux marchés, de nouveaux produits…sans qu’on sache du coup où vous placer car vous ne rentrez plus dans les cases. Vos avantages deviennent alors des inconvénients: vous risquez d’être déclassé, déconsidéré, de vous voir confier des missions moins intéressantes…

Pendant ce temps-là également, d’autres ont fait de la politique à votre place au sein de la structure, s’étant ainsi rapprochés du bon Dieu comme on dit… Perdure également l’image de la vie au soleil de l’expatrié, qui est donc jalousé pour ce côté "cocotier" alors que les expatriés travaillent énormément, qu’ils doivent faire un grand effort d’adaptation… Les gens ont du mal à visualiser et à mesurer le niveau de difficultés et d’investissement fourni par l’expatrié.

 


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Commentaires (8)
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LILLBee
- 19/11/2013 - 09:30
Français or not, that's the question!
Si on veut rentrer en France, il vaut mieux en effet ne pas perdre de vue les gens et sa carrière surtout en matière de formation continue et de missions vers l'étranger (dont la France bien sûr !) sinon autant rester là bas, où la vie est souvent moins chère et la retraite peut-être plus assurée...
charlesingalls64
- 17/11/2013 - 09:58
@Théorème
Il va falloir accorder tes violons car tu es le parfait exemple de la schizophrénie française. Tu dis qu'il faut rendre attrayante l'initiative entrepreneuriale et tu veux, en même temps, que les diplômés soient obligés de servir la patrie.
.
Mais si tu atteins le premier objectif tu n'auras pas besoin du deuxième. Ton libéralisme sous contrôle étatique on en veut pas. C'est exactement cela qui a mené ma patrie là où elle en est aujourd'hui. Cela fait 50 ans que l'argent de l'éducation nationale et de la formation professionnelle est détourné au profit de castes de hauts fonctionnaires et de syndicalistes complices. 50 ans que nous avons 30% de profs en trop par rapport à nos voisins qui ont, en plus, de meilleurs résultats dans tous les domaines. 50 ans que le pognon de l'emploi et de la formation se perd dans les méandres des cabinets d'audit, de conseil et de recrutement. Un ami a fait 2 bilans de compétences sur un an et demi et son pôle emploi a engraissé 2 psychologues du travail et toute leur intendance pour s'entendre dire qu'il pouvait s'inscrire à pôle emploi ! (SIC)
.
Les vraies études diplômantes en France sont de moins en moins gratuites. Et je sais de quoi je parle !
ignace
- 16/11/2013 - 21:03
Merci pour cet eclairage ..objectif
@Théoreme , M Heyraud , ne fait pas l'apologie du départ des diplômés, il expose les raisons et les conséquences , de ce type d'acte.
Si un diplômé ne trouve pas de travail en France , il n'y a rien d'anormal, qu'il(elle)de tenter sa chance ailleurs , ou une solution est proposée
(si l’expérience échoue, ce n'est qu'une expérience qui peut servir malgré tout (principe assez courant chez less anglos saxons), si elle réussie, tant mieux, de plus rien n'empeche de revenir en France)
Il ne faut pas confondre avec l'exil fiscal, qui s'il est autorisé , est moralement déplorable)