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Dans son dernier livre, "Le combat du Made in France", le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg continue sa quête du redémarrage industriel du pays
© REUTERS/Stephane Mahe
Dans son dernier livre, "Le combat du Made in France", le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg continue sa quête du redémarrage industriel du pays
Made in France

Arnaud Montebourg : "La Commission européenne, c'est un peu la cavalerie américaine qui arrive trop tard quand tout le monde s'est fait scalper".

Publié le 29 septembre 2013
Dans son dernier livre, "Le combat du Made in France", le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg continue sa quête du redémarrage industriel du pays.
Arnaud Montebourg est, et a été, ministre du Redressement productif dans les gouvernements Jean-Marc Ayrault I et II.Il vient de publier La bataille du Made in France aux Éditions Flammarion.
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Arnaud Montebourg
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Arnaud Montebourg est, et a été, ministre du Redressement productif dans les gouvernements Jean-Marc Ayrault I et II.Il vient de publier La bataille du Made in France aux Éditions Flammarion.
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Dans son dernier livre, "Le combat du Made in France", le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg continue sa quête du redémarrage industriel du pays.

Atlantico : Votre dernier livre, La bataille du made in France, est un manifeste pour soutenir la réindustrialisation du pays que vous entendez mener. Cette arme, le made in France, a-t-elle du sens dans un cadre européen ?

Arnaud Montebourg : Alors que la balance commerciale était encore équilibrée sous le gouvernement Jospin, la lente chute de la compétitivité française a commencé il y a dix ans jusqu'à l'affaissement de notre appareil productif. Aujourd'hui nous sommes tombés à 70 milliards de déficit commercial. Des 5 grands pays européens (Allemagne, France, Angleterre, Espagne, Italie), nous sommes désormais les derniers dans le domaine industriel. La part industrielle de la richesse nationale est de 23% en Allemagne, 17% en Italie, 15% en Espagne et 12% en Angleterre qui, après le thatchérisme, était pourtant présentée comme un modèle de désindustrialisation. Elle est seulement de 11% en France. Nous sommes incontestablement passés après la crise les derniers de la classe.

Dans ce contexte, il est logique que nous ayons une stratégie de sursaut national, de mobilisation de tout le pays autour de l'appareil industriel. Le cadre européen n'est pas la dissolution des identités, des histoires, des géographies, ni des États qui doivent continuer à mener leur politique. Et même la Commission européenne a commencé à s'intéresser à l'industrie puisqu'elle a fixé comme objectif que les pays européens devraient avoir en 2020 20% de leur richesse nationale d'origine industrielle.

L'Allemagne a déjà dépassé cet objectif. Tandis que la France a le plus long chemin à parcourir pour rattraper son retard. Le sursaut ne viendra donc que d’une France qui s'entraide pour obtenir ce résultat. Pour moi, le Made in France est un acte de foi patriotique. C'est l'idée que chaque Français peut faire quelque chose pour son pays. Mon livre, volontairement à prix modique (que l’on peut même télécharger pour 2 euros sur internet), est un moyen pour chaque Français d'entrer dans la bataille, d'identifier nos problèmes et de prendre conscience des moyens d’action qu’ils ont à leur disposition pour porter le patriotisme économique.

Vous fustigez l'Europe coupable, selon vous, de laisser notre industrie sans protection. En quoi a-t-elle échoué ?

La Commission européenne, qui a des pouvoirs propres et est responsable de la politique commerciale extérieure, n’a pas protégé les industries qui étaient en difficulté. C’est un peu la cavalerie américaine qui arrive trop tard quand tout le monde s’est déjà fait scalper ! Quand il s’agit de mettre des taxes douanières sur l’importation de panneaux photovoltaïques chinois, la Commission européenne demande l’autorisation aux États-membres pour mieux laisser faire. Le cas du photovoltaïque est l’illustration parfaite de la politique libérale aveugle d’une Commission en fin de vie qui finira sans doute par être balayée par le suffrage des peuples. L’Europe est devenue synonyme de « contre-performance » mondiale. C’est le seul endroit dans le monde où la croissance a été négative en 2013, cinq années après la chute de Lehman brothers. Sur tous les autres continents, la croissance est repartie.

Le gouvernement français a-t-il réellement les moyens et la volonté d'imposer une nouvelle donne en Europe ?

Nous nous battons pour la réorientation de l’Europe, pour une mise à niveau de réciprocité des règles du jeu mondial. Ce jeudi, j’étais justement à Bruxelles pour défendre le projet d’une taxe carbone aux frontières, afin d'obliger les pays qui vendent aux Européens leurs produits de respecter les exigences en termes de CO2 que nous imposons aux Européens. Ce n’est pas une tâche facile car les libéraux dominent à Bruxelles…

Pourquoi l’Union européenne pourchasse-t-elle les États qui accordent des avantages énergétiques en terme tarifaire aux industries électron-intensives alors que c’est une manière de résister à la concurrence déloyale ? Lorsque la Commission européenne passe son temps à dénoncer comme aides d’États les contrats des opérateurs d’électricité qui font des offres intéressantes à leurs clients industriels gros consommateurs d’électricité, elle conduit à ce que l’Europe se désindustrialise. C’est exactement ce qui s’est passé dans le secteur de la production d’aluminium. L’Europe importe aujourd’hui 3 millions et demi de tonnes d’aluminium, soit 40% de la consommation européenne. A force de contraintes réglementaires, les usines de production d’aluminium ont en effet délocalisé. Pas dans les pays low-cost car ce n’est pas le coût du travail qui est en cause, mais le prix de l'énergie. Nos usines d’aluminium ont délocalisé dans des pays hight-cost (Canada, Russie, Australie) qui ont mis à la disposition des industriels des barrages hydro-électriques. Voilà l’œuvre destructrice de la Commission européenne !

Arrivé à l’Élysée en mai 2012, François Hollande voulait renégocier les conditions du pacte dit "de stabilité et de croissance" en imposant à l’Allemagne et à la Banque centrale européenne, l’émission d’eurobonds, en clair la mutualisation partielle des dettes. En échange d’investissement au montant très faible, il a finalement ratifié le traité budgétaire européen. Pourquoi le président a-t-il revu ses prétentions à la baisse ?

Il y a eu un certain nombre d’avancées, mais il faut reconnaître que la transformation de l’Union européenne reste à faire. On ne peut plus accepter une politique de la concurrence qui soit aussi aveugle et obsolète, une politique commerciale européenne qui soit aussi libre-échangiste et naïve, une politique de rétablissement des comptes publics jumelée avec une politique monétaire très dure.

Je note que tous les pays qui ont retrouvé le chemin de la croissance sont ceux qui ont été accommodant sur le plan monétaire et sur le plan budgétaire. Le Japon est souple avec sa monnaie et souple avec le budget alors même que les Japonais ont 250 % de dettes. Idem pour les États-Unis. L’Angleterre qui n’est pas membre de la zone euro est dure avec le budget, mais souple avec la monnaie. Nous sommes la seule région du monde qui soit dure avec la monnaie et dure avec le budget. Résultat, nous sommes en récession ! Il faut donc questionner inlassablement la Banque centrale européenne et la Commission sur leurs erreurs de choix politiques.

Il faut donc continuer à mener le combat. C’est un combat de longue haleine qui n’est pas institutionnel mais politique. La question de la responsabilité de l'Allemagne est posée, elle ne peut pas décider seule de l'orientation de l'Europe, défendre sa prospérité au dépend de celle des autres, c'est la question précisément que le SPD a portée dans la campagne.

Le général de Gaulle, que vous citez à plusieurs reprises, avait provoqué la crise de la chaise vide pour changer la donne en Europe. Pour mieux relancer l'Europe sur de nouvelles bases, la France aurait-elle dû prendre le risque de provoquer une crise ?

La réponse est simple. Si ce ne sont pas les gouvernements qui se fâchent, cela risque d'être les peuples qui le feront, et peut être d'une façon excessive et inconsidérée. Il faut donc choisir…


Cette semaine, Angela Merkel s’est vue décerner à la Une du "Monde" le titre de "chef de l’Europe" sans qu'aucun politique ne réagisse. La France est-elle en train de devenir une province de l'Europe et le chef de l'Etat Français un simple gouverneur régional ?

Le journal Le Monde ne fait pas encore la politique de la France et certainement pas l’opinion. La France a besoin de se redresser. Nous rétablissons les comptes publics, nous recréons un appareil productif. Nous avons choisi un chemin d’effort difficile. Mais tant que nous n’aurons pas redressé le pays, nous pourrons toujours faire des moulinets, ce n’est pas cela qui modifiera le rapport de force. Nous avons besoin de retrouver de la vigueur économique pour convaincre de la force de la France. La bataille du Made in France à laquelle j’invite tous les Français à participer est l’une des clefs des retrouvailles avec la puissance de notre pays.

Dans votre précédent livre vous défendiez le concept de "démondialisation", soit un changement complet de logiciel politique et idéologique. Or, le président de la République et le Premier ministre ont choisi un logiciel classique, résolument social-démocrate. Dans ce contexte, la bataille pour le made in France n'est-elle pas condamnée d'avance ?

La « démondialisation » c’est le Made in France. Il s’agit de consommer ce qu’on produit et de produire ce qu’on consomme, le plus possible. C’est ce que nous mettons en œuvre avec l’exécutif. Cependant, nous sommes pragmatiques. Nous défendons la protection de nos intérêts nationaux autant que possible sans nuire non plus à nos intérêts dans le commerce mondial. Nos positions ne sont pas idéologiques, elles sont combattives.

Votre livre s'achève par l'exposé des 34 "plans" lancés par votre ministère pour dynamiser différentes filières. Dans un contexte de restriction budgétaire, de quels moyens réels disposez-vous pour mettre en œuvre ses plans ?

Ces 34 plans sont issus de l’industrie elle-même, du terrain. Ils n’ont pas été imaginés en chambre par des technocrates éthérés. Nous ne concevons pas ces plans comme devant être exclusivement financés par l’État. Certains n’auront pas d’argent public. Il s’agit d’abord d’une mobilisation de toutes les ressources : humaines, technologiques, financières, publiques et privées. Sur les 6 et 7 milliards de crédit impôt-recherche alloués chaque année, une grande partie concernera ces plans. La BPI (la Banque publique d’investissement) accordera également son soutien sous forme de crédit ou de participation. Ces plans seront donc financés par l’alliance du public et du privé.

Est-ce vraiment le rôle de l’État de s'immiscer ainsi dans la stratégie des entreprises ?

L’État s’immisce, mais ne se substitue pas. L’État est actif, c’est un fédérateur, un combattant sur le front de la mondialisation qui prend des positions sur nos points forts. Comme l’écrivait le général de Gaulle dans "Vers l’armée de métier" : « Ne pas disperser ses forces sur les point faibles, concentrer ses moyens sur les points forts ».

Ne serait-il pas plus judicieux de faire tomber certaines barrières qui pèsent sur les entreprises pour mieux les laisser innover ?

C’est la politique que la droite au pouvoir a menée pendant 10 ans. Elle a voulue « libérer les énergies ». Il fallait « laisser faire » le marché. On a tellement laissé faire qu’il n’y a plus rien ! Le bilan est une catastrophe nationale : 750 000 emplois industriels détruits. On a désormais besoin d’un jardinier pour faire repousser l’herbe. Je veux bien endosser le bleu de travail !

Dans l'émission, On n'est pas couché, Natacha Polony vous a reproché de servir de caution au gouvernement. Y a-t-il une part de vérité dans cette affirmation ?

Je vais vous faire la même réponse qu’à Natacha Polony : « Je n’ai pas une tête de caution ! »

Jean-Pierre Chevènement que vous citez souvent comme modèle et qui a été également ministre de l'Industrie, a démissionné à plusieurs reprises. Après le désaveu de l'exécutif sur Florange, vous avez préférez rester. N'avez-vous pas perdu une part de votre crédit dans cette affaire ?

Je ne suis pas un déserteur …

Selon vous, Jean-Pierre Chevènement a donc été un déserteur…

Non, la configuration politique n’était pas la même. Je considère que mon rôle est de continuer à me battre pour reconstruire l’appareil productif. Nous l’avons fait avec nos 34 plans à mettre en œuvre. Les libéraux, qui tous les jours tapent sur notre pays, vont être surpris par la force de la France et retrouver un peu de goût pour le patriotisme.

François Hollande s'est justement rendu à Florange ce jeudi. Vous avez regretté de ne pas avoir été du voyage. Pourquoi ? Qu'en auriez-vous retiré ?

Le président choisit de s’entourer comme il le souhaite lorsqu’il se déplace en France. Ce voyage est un acte de solidarité nationale et de vigilance à l’égard des engagements pris par Mittal. La filière de l’acier sidérurgique a un avenir. Il n’y a pas de filière par avance condamnée. Il suffit d’innover comme tel est le cas à Florange. Je rappelle qu’on y fabrique un acier spécial qui est l’Usibor et qui a beaucoup de succès aujourd’hui sur le marché européen.

Avec le recul, regrettez-vous d'avoir donné, même involontairement, de faux espoirs aux ouvriers concernés ? 

J’ai mis en œuvre les engagements du président de la République…

Manuel Valls a tenu cette semaine des propos très durs concernant les Roms. A l'époque où Nicolas Sarkozy ou Claude Guéant étaient au ministère de l'Intérieur, la gauche s'indignait de tels propos. Quelle est la différence ?

J’ai dit que les propos de Manuel Valls étaient excessifs, mais je considère que son action est justifiée. La différence, c’est que celle-ci se place dans un cadre parfaitement républicain qui est défini par une circulaire qui n’est pas signée Nicolas Sarkozy ni Claude Guéant. Elle est signée par Jean-Marc Ayrault et cinq ministres du gouvernement dont Manuel Valls et Cécile Duflot.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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DavidDomTom
- 30/09/2013 - 21:21
Son livre ne coûte que 2 euros ????
Ca en dit long sur son contenu, et sur la pertinence de ses pensées. A partir du moment qu'on mène campagne en déclarant :
- Il n'y a pas vraiment de crise
- Le vrai ennemi c'est la finance
- le vrai problème de la France c'est la méthode Sakozy, qu'au passage, je ne défends pas.
- La priorité c'est le mariage homosexuel
On n'est pas surpris que ce ministre farfelu, nous sorte comme ennemi nouveau la comission européenne.
On sait très bien pourquoi on a perdu nos industries, en les privant de rentabilité, sans les protéger contre une concurence déloyale de certains pays émergents, dont le coût du travail est beaucoup plus faible. Le choc de compétitivité ne pourra bénéficier qu'aux entreprises qui s'en sortent déjà, c'est un choc d'enfumage. Il faut baisser le coût du travail, l'histoire de l'économie le montre et le démontre. On tourne autour du pot, parce qu'on a peur de perdre son électorat, et d'abandonner ses idéologies politiques. La France qui favorise les carrières politiques et de la fonction publique, ne pourra que s'endetter, car elle produit de moins en moins de richesses, et de plus en plus d'experts en parlotes et en écrivains à 2 sous.

vangog
- 30/09/2013 - 12:34
@Cook Ah non, pas directeur de Théâtre..
C'est sérieux, le Théâtre!
Lennart
- 30/09/2013 - 06:08
Et lui a quoi sert il ?
C'est un peu le chaudron qui appelle la marmite "cul noir".