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Coffres-forts bancaires : le meilleur endroit pour blanchir de l'argent en toute tranquillité

Publié le 14 septembre 2013
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Face à des systèmes bancaires informatisés qui laissent trop de traces, les fraudeurs se sont remis à l'argent liquide. Extrait de "Cache cash, enquête sur l'argent liquide illégal qui circule en France" (1/2).
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Mathieu Delahousse est grand reporter à RTL et Thierry Lévêque est journaliste indépendant. Ils sont tous les deux spécialisés dans les affaires judiciaires.
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Face à des systèmes bancaires informatisés qui laissent trop de traces, les fraudeurs se sont remis à l'argent liquide. Extrait de "Cache cash, enquête sur l'argent liquide illégal qui circule en France" (1/2).
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Aussi étonnant que cela puisse paraître, les coffres-forts des agences bancaires sont, en France, un maillon faible de la surveillance anti-blanchiment : il n’existe aucun fichier national permettant de les recenser, comme on en connaît pour les comptes en banques, l’immatriculation des voitures, les numéros de téléphones mobiles, les empreintes génétiques… Nul moyen de savoir qui les loue sans entreprendre un travail de fourmi que les enquêteurs spécialisés connaissent bien, à savoir quasiment interroger les établissements bancaires un par un. Lesquels ont, en revanche, l’obligation de répondre à la justice comme au fisc.

« Dans ce genre d’histoires, témoigne un officier de police judiciaire rencontré lors de nos recherches, nous ne pouvons compter que sur le terrain. Évidemment, les truands louent rarement un coffre dans l’agence où ils ont leur compte courant, connaissant la façon dont cela se passe. On vérifie donc si la location n’a pas été faite par les copines, soeurs, frères, copains, mère ou même grand-mère. Ensuite, pour contrer les plus malins, il faut vérifier leurs déplacements, voir s’ils ne se rendent pas régulièrement à proximité d’une agence bancaire. Ce qui implique de les suivre durant des semaines. Or c’est la seule recette, à moins qu’un aveu spontané ou qu’un renseignement ne nous arrive… Mais c’est rare. Il nous est arrivé de tomber en perquisition sur des petites clés de coffre-fort posées sur la table de nuit. Mais jamais les suspects n’ont voulu nous dire à quelle banque elles conduisaient. Nous n’avons jamais trouvé. »

Curieusement, le problème est connu depuis longtemps. Dès juin 1980, le Conseil européen a émis des recommandations anti-blanchiment suggérant la limitation des locations de coffres-forts aux seuls clients « dignes de confiance ». Les banques, aujourd’hui, ont comme unique obligation de noter l’identité de leur interlocuteur, client ou pas, pour toute location de coffre, informations tenues à la disposition de la justice durant cinq ans. Dans la pratique, la plupart des grandes enseignes réservent ce service à leurs clients. Le ministère du Budget, de son côté, recommande aux banquiers de garder un oeil sur les entrepreneurs dont l’« activité économique ne justifie pas la location de coffres-forts3 ». Conclusion : dans les faits, il semble bien facile de se jouer du système en louant, par exemple, un coffre dans une agence assez loin de chez soi. Et, évidemment, à l’aide de faux papiers. Surveiller le contenu des coffres ? L’ancien responsable de la cellule anti-blanchiment d’une grande enseigne de la place de Paris n’y songe pas vraiment. Il soupire même un peu à ce propos : « Dans les grosses agences, les banques sont obligées de remplir un livre de coffre et un livre de blanchiment. Cela veut dire que, en accompagnant leur client et en le laissant à son coffre, les employés doivent poser la question des valeurs déposées, le client pouvant remplir une attestation sur l’honneur, averti des lois antiblanchiment et des questions d’assurance ! C’est en effet un bon argument que de dire : “Si la banque venait à prendre feu et les coffres à être détruits, de combien faudrait-il vous rembourser ?” »

Impossible, par définition, d’évaluer le magot endormi en cash dans des coffres-forts. La confidentialité domine toute autre interrogation. Il faut que la justice ou le fisc s’en mêle pour que ce secret bancaire soit levé. Un exemple : l’affaire de la caisse noire du patronat qui éclate en 2007. Après que l’organisme anti-blanchiment Tracfin eut donné l’alerte et qu’une enquête fut ouverte, les perquisitions se sont avérées fructueuses : à l’agence BNP Paribas de la place des Ternes, on trouve 2 millions d’euros tout ronds. Tiens, une précision : le coffre n’était pas loué au nom de l’UIMM, propriétaire du magot, mais d’une association de documentation et d’assistance aux entreprises, dénomination bien discrète. Quelle totalité de fonds en liquide pourrait-on additionner si tous les comptes loués dans des banques françaises livraient leurs secrets, avouables ou pas ? « On serait sans doute surpris », prophétise notre responsable anti-blanchiment qui lance une mise en garde supplémentaire et, pour tout dire, vertigineuse : « N’oubliez surtout pas que les banques n’ont pas tous les coffres de France ! »

Il faut, c’est vrai, prendre en considération l’existence de coffres dans des banques à l’étranger, par définition introuvables. Et réaliser que bien des entreprises ont conservé, même si cela ne sert plus depuis longtemps pour la paie, des coffres-forts chez elles. Ainsi l’UIMM, dans le scandale des caisses noires du patronat, avait le sien. Qui contenait 398 900 euros. Il ne faut pas négliger non plus d’autres établissements encore plus discrets, exemples d’un phénomène relativement récent : sur la Côte d’Azur, un comptoir d’achat et de vente d’or vient ainsi de proposer un nouveau service : des coffres sécurisés et « à l’abri du système bancaire », comme le vante le site Internet de la société. Il suffit pour en louer un de posséder une pièce d’identité et un justificatif de domicile, et d’une signature… Une opacité facile à organiser et relativement sûre en comparaison d’autres solutions, récentes elles aussi, mais plus risquées bien que se développant à vitesse grand V : les coffres à domicile. Qu’il s’agisse de coffres cachés dans des maisons ou des caves : « On a constaté une hausse de plus de 70 % de nos ventes », assurait, en septembre 2011 à l’AFP, un responsable de la société Hexacoffre. La méfiance envers les banques n’est pas pour rien dans ce phénomène, alors que celles-ci sont sûres. Les effractions de coffres bancaires, grand classique des monte-en-l’air, ne sont plus d’époque, avec trois cent soixante-dix faits en 2011 contre quatre cent cinquantehuit en 2010 (–19 %). Il faut dire que ces attaques sont le plus souvent vaines, les voleurs repartant bredouilles dans 80 % des cas.

Dès lors, même si certains sont tentés par des marchés marginaux, les coffres des grandes enseignes bancaires demeurent les refuges les plus évidents du cash. « Croyez bien qu’il y a là un énorme magot. Sans doute plus d’un milliard », conclut notre spécialiste. Impossible d’en trouver confirmation : il n’existe aucun chiffre officiel, aucune statistique, uniquement des histoires. Comme celle-ci, se déroulant en 2012 à Narbonne : la Caisse d’épargne locale décide de déménager une série de coffres-forts. Les clients sont avertis pour que, confidentialité oblige, ils viennent eux-mêmes transférer leurs trésors vers les nouveaux compartiments sécurisés. Curieusement, une certaine Fouzia, Catalane de 40 ans, marchande ambulante sur les marchés, ne donne aucune suite. Même les lettres recommandées n’y font rien. Faute de nouvelles, le coffre est donc ouvert en présence d’un huissier. Surprise : à l’intérieur se trouvent des billets en euros, en dollars et des bons au porteur pour une valeur de 214 000 euros. La police judiciaire est appelée. Des traces de cocaïne, détectées sur les billets. L’affaire, renvoyée au tribunal correctionnel avec soupçons de travail dissimulé et de fraude fiscale.

À la barre, la commerçante assure que cet argent a été patiemment économisé depuis vingt ans grâce à la vente de vêtements sur les marchés. Moue des juges qui calculent qu’à raison de 600 à 700 euros de revenu mensuel, il faudrait un peu plus de trente ans pour accumuler une telle somme. À la fin de l’audience, alors que la locataire du coffre n’a pas livré toute son histoire, l’affaire est mise en délibéré. Recettes des marchés dissimulées ? Magot d’un grand trafic dont on n’aurait trouvé nulle trace ? Il est toujours compliqué de prouver les opérations de blanchiment. Fouzia, au bout du compte, est condamnée à dix-huit mois de prison avec sursis et une amende de 7 500 euros et laissée aux bons soins des services fiscaux pour un redressement à venir. La punition est restée secrète, en tout état de cause plus pécuniaire que pénale.

Extrait de "Cache cash, enquête sur l'argent liquide illégal qui circule en France", Mathieu Delahousse et Thierry Lévêque, (Editions Flammarion), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez sur ce lien.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (5)
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sna-hyper
- 14/09/2013 - 23:22
intox
C'est donc la preuve que l'UIMM s'adonnait au trafic de drogue. c'est du n'importe quoi encore un journaliste avec son mur des cons.
sna-hyper
- 14/09/2013 - 23:18
l'état mafieu
L'objectif de l'état étant la spoliation des biens de la population, qu'un particulier detienne des
espèces et qu'il puisse en faire ce qu'il veut devient intolérable. Déja on ne peut transporter plus
de 10000Euros et je parie pour pientot une loi interdisant de détenir des espèces.
jean fume
- 14/09/2013 - 18:19
""blanchir de l'argent en toute tranquillité"" ?
Pourquoi s'agirait-il absolument de blanchir ? Les institutions, quelles qu'elles soient, n'inspirent plus confiance à personne, et le plus souvent, à juste titre (pour mémoire, entre autre, les déposant Chypriotes). Dans ces conditions, que des personnes prudentes, cherchent des solutions qui les mettent à l'abri de certaines dérives du système, n'a rien a voir avec du blanchiment, mais à une totale perte de confiance dans les institutions. Et ils ont bien raison.