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Le terme arabe halal renvoie à ce qui est perçu comme « permis », « licite » sur le plan religieux, à l’inverse du haram, ce qui est interdit.
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De l'industrie alimentaire au street wear musulman, assiste-t-on à l’émergence d’un halal way of life ?

Publié le 30 juillet 2013
L'islam fait régulièrement parler de lui, mais la deuxième religion de France reste une grande inconnue pour la majeure partie de ce pays. "L'islam en France pour les nuls" nous éclaire. Extrait (1/2).
Mohamed-Ali Adraoui est chercheur et enseignant à Sciences Po et Fellow à l'Institut Universitaire Européen de Florence (Programme Max Weber). Il est l'auteur de l'ouvrage "Du Golfe aux banlieues. Le salafisme mondialisé", Presses...
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L'islam fait régulièrement parler de lui, mais la deuxième religion de France reste une grande inconnue pour la majeure partie de ce pays. "L'islam en France pour les nuls" nous éclaire. Extrait (1/2).

Quand on pense islam et habillement, on pense immédiatement au voile ou à la djellabah, par lesquels certains musulmans affirment plus qu’une identité, une pratique religieuse. Plusieurs types de voile sont portés en France :

✓✓Le hijab, ressemblant à une fine étole, est enroulé autour de la tête et fixé au moyen d’épingles ;

✓✓Le khimar, souvent assorti à une robe de même couleur, tombe jusqu’aux hanches en laissant découvert le visage ;

✓✓Le niqâb est encore assez rare, souvent noir, il se distingue du précédent par le fait qu’il ne laisse que les yeux apparents, son port est souvent accompagné de gants. Il est désormais interdit.

Les hommes portent barbes, qâmi, djellabah ou gandoura, accompagnée d’une taguilla (calotte sur la tête) pour les tablighis et les salafis, achetés dans les pays d’origine ou dans les boutiques islamiques.

Cependant, depuis quelques années, comme l’islam n’est pas qu’une appartenance confessionnelle, mais de plus en plus une identité, on assiste à l’apparition d’une nouvelle mode en relation avec l’islam : la marque Dawah wear, créée par trois jeunes musulmans californiens en 1994, dont le logo est constitué de signes qui ressemblent à des caractères arabes, les tenues et accessoires portant des noms comme sujud ou ruqu renvoyant à des étapes de la prière, respectivement la prosternation et l’inclinaison.

Pourtant, la mode islamique a peu pignon sur rue et reste cantonnée aux sites internet : plusieurs marques y sont créées, comme Unicitewear en 2007 dont le logo symbolise une main droite, vue de côté avec l’index dressé (que l’on tourne à la récitation de la chahada pendant la prière), elle propose pantacourts, T-shirts, polos, vestes et casquettes agrémentés de son logo. Médine, à l’instar de nombreux rappeurs, lance la marque « Le savoir est une arme », formule extraite d’une de ses chansons, vendant sur son site des T-shirts « I’m Muslim, don’t panic », « Everyday, I’m muslim », « Jihad, le plus grand des combats est contre soi-même », ou portant également les noms de Malcolm X, Massoud, Che Guevara. Cependant, comme le constate Patrick Haenni dans son livre L’Islam de marché : « L’islamité se réduit ici à un répertoire symbolique dans lequel puisent les marques et leurs pictogrammes (un logo représentant une position de prière, un chiffre symbolisant une date pertinente dans l’univers musulman ou tout simplement la référence à l’islam dans le nom), ce répertoire prenant pied dans une sous-culture jeune bien globale (street wear). »

Halal et industrie alimentaire : de forts enjeux Economiques

Par « industrie du halal », on entend l’offre et la demande de biens alimentaires, respectant les dispositions prévues par l’islam pour abattre une bête destinée à être consommée ou pour épurer certains aliments préparés à partir de produits interdits. Par extension, le terme halal en est venu à désigner tout aliment, et plus spécifiquement toute viande, permis par les dispositions légales islamiques. Ceci exclut notamment la viande porcine et toute viande dont la dabiha (« égorgement ») n’a pas répondu aux prescriptions islamiques. L’islam admet, par exemple, comme nourriture halal ce qui provient de la mer (poisson, fruits de mer…) et tout bovin ou ovin. Le cheval peut être mangé, sous certaines conditions très strictes, l’animal étant considéré comme noble et ne devant pas servir à la consommation. La dabiha est halal lorsque la bête a été égorgée, puis vidée de son sang, le tout en direction de La Mecque. L’opération doit être précédée de l’invocation divine. En outre, la bête ne doit pas avoir été étourdie avant l’opération (même si ce point est discuté), et son abattage doit avoir été réalisé dans un respect minimal de la condition animale (pas de caractère industriel, une bête ne doit pas être sacrifiée devant une autre…). Le principe du halal dans le domaine alimentaire renvoie au verset coranique 3 de la sourate « La table servie » :

« Voici ce qui vous est interdit :

La bête morte, le sang, la viande de porc ;

Ce qui a été immolé à un autre que Dieu ;

La bête étouffée,

Ou morte à la suite d’un coup,

Ou morte d’une chute

Ou morte d’un coup de corne,

Ou celle d’un fauve qui l’a dévorée

– Sauf si vous avez eu le temps de l’égorger –

Ou celle qui a été immolée sur des pierres43. »

En France, le halal s’est d’abord développé au travers d’un réseau de petites boucheries locales, au nombre de 5 000 aujourd’hui. Avant leur essor, les musulmans achetaient leur viande dans les boucheries casher. Cependant, les petits producteurs et artisans déclinent devant l’avènement d’une consommation et d’une distribution de masse halal, qui en outre se diversifie : aujourd’hui, pizzerias, traiteurs chinois, tex-mex, bonbons halals, etc. se multiplient, beaucoup plus que les couscousseries traditionnelles. Dans le domaine alimentaire, les modes de consommation ethnique ont moins le vent en poupe que ceux du halal. La consommation halal semble être davantage respectée aujourd’hui dans les familles qu’elle ne l’était auparavant, en raison notamment de l’explosion du nombre des boucheries halal, offrant en outre une viande souvent moins chère aux clients.

Exemple : non seulement le halal fait son entrée en grande surface, mais les Français musulmans ne se cantonnent plus au filet O’Fish du McDonald’s, puisque ouvrent des Beurger King Muslims, des pizzerias et des traiteurs chinois halals. Le Mecca-Cola devient le symbole de cette nouvelle consommation, remplaçant le laban (lait caillé) tout en halalisant le Cola, boisson symbole de la mondialisation.

Les principaux acteurs du marché sont Isla Délice et Isla Mondial. De grands groupes non musulmans cherchent à développer leur propre gamme. Fleury Michon tente ainsi d’obtenir un agrément halal auprès des grandes mosquées « institutionnelles » françaises, au premier rang desquelles la Grande Mosquée de Paris. La firme multinationale Nestlé, quant à elle, est en train d’étudier le rachat d’une des principales entreprises de produits halal à base de viande, Isla Délice.

Cette transformation induit mécaniquement l’émergence de circuits de distribution à grande échelle. Avant le halal, des enseignes comme Carrefour développaient lors du mois de Ramadan des gammes de produits orientaux. À ceux-ci viennent désormais se rajouter des produits halal. Que ce soit avec Yasmine, devenue Carrefour-Halal pour Carrefour, Wassila pour Champion, en attendant peut-être la mise en place de marques de distributeurs halal chez Auchan ou Leclerc, le marché de la charcuterie et des produits alimentaires islamiques passe de plus en plus par les circuits « traditionnels » de distribution.

En parallèle, des enseignes spécialisées en dehors des circuits de la grande distribution voient le jour. Le projet le plus célèbre est sans doute le magasin Hal’Shop, dont la première enseigne a vu le jour à Nanterre en 2010, et qui a vocation à essaimer dans toute la France, en commençant par la région parisienne. Ayant dû lutter contre la municipalité majoritairement communiste de la ville pour obtenir le droit d’ouvrir son premier magasin à Nanterre, l’ouverture d’une nouvelle enseigne à Paris dans le 20e arrondissement ainsi que le projet d’installer Hal’Shop dans le 93 témoignent d’un certain succès pour une société ayant vocation à devenir la première chaîne de magasin halal de France. Toutefois, depuis 2011, l’enseigne connaît des difficultés et le magasin de Nanterre a fermé ses portes, laissant planer des doutes sur la pérennité d’une chaîne commerciale 100 % halal.

Le halal : un concept religieux débattu

Le terme arabe halal renvoie à ce qui est perçu comme « permis », « licite » sur le plan religieux, à l’inverse du haram, ce qui est interdit. Est halal ce que la norme islamique prévoit comme autorisé sur le plan du rite et des relations sociales. La notion de halal ne renvoie, le plus souvent, à aucune définition précise. Le Coran évoque, à titre d’exemple, la prohibition des produits conduisant à enivrer et à distraire l’être humain (sourate 5, verset 90) ainsi que la viande porcine (sourate 2, verset 173 ; sourate 5, verset 3 ; sourate 6, verset 145 et sourate 16, verset 115), sans compter l’usure (sourate 2, verset 278), mais quel regard islamique porter sur l’ensemble des actions humaines en société ? Le halal recouvre donc des enjeux importants, dans la mesure où la définition du domaine des possibles, et par conséquent des interdits, est un champ de pouvoir entre les différentes tendances et groupes musulmans. Expliquer ce qui relève du halal a certes une dimension religieuse, mais également politique et économique, puisque, sur un plan alimentaire par exemple, cela permet de contrôler un marché estimé à plusieurs milliards d’euros et d’imposer une vision de la norme religieuse en se posant comme le garant d’un principe islamique fondamental.

La question du licite et de l’illicite dans une société majoritairement non musulmane comme la France se pose avec d’autant plus d’acuité que, pendant longtemps, la dimension purement religieuse des musulmans a été cantonnée à la sphère du domicile et de la « communauté ». Consistant en une simple reproduction des moeurs islamiques héritées des sociétés d’origine d’un grand nombre de musulmans établis en France, le rapport au halal était moins dense qu’aujourd’hui. Cependant, les personnes d’héritage musulman, depuis quelques d’années, semblent redéployer en France une référence islamique à portée plus grande, dont le désir de consommer halal est un des signes les plus visibles. La sédentarisation de l’immigration a contribué à une redéfinition de la norme islamique dans un espace à la fois libéral et séculier dont le fait islamique a pendant longtemps été marginal.

Extrait de "L'Islam en France pour les Nuls", Leyla Arslan et Mohamed-Ali Adraoui, (First éditions), 2013, 7,55 euros. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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jeanluc809
- 31/07/2013 - 09:47
Oubli rassurant sur
Oubli rassurant sur l’honnêteté intellectuelle de l'auteur de ce texte. Quid de la "participation financière" des entreprises labellisées hallal aux mosquées et autres institutions musulmanes...
Il serait intéressant par exemple de connaitre le détail de cette "participation", son montant, ce qu'elle représente a l’échelon national, son utilisation, les associations qu'elle finance, etc....et accessoirement comment les entreprises qui la payent, la déduisent de leur impôt sur les sociétés car s'agissant d 'un financement confessionnel, je doute que le Code des Impôts, dans sa grande mansuétude, autorise ce type de déduction.
Voila un sujet d'article intéressant pour les nuls dans mon genre qui ne supportent pas qu'on leur impose ce qu'ils doivent consommer et les obligent a financer une religion avec laquelle ils n'ont aucun lien. Que ceux qui raisonnent comme moi boycottent systématiquement les marques labellisées hallal et on verra ce qui se passera. Nous sommes pour l'instant et encore supérieurs en nombre aux tenants du hallal.
Nathalie m
- 31/07/2013 - 09:09
Se réveillent et moi aussi!
:)
Nathalie m
- 31/07/2013 - 09:07
@anemone
Logique imparable ! J'approuve...il serait temps que les français se réveille!
Refus de manger un viande halal à mon insu.